Le 9 août 2026, le Guide suprême du régime iranien, Mojtaba Khamenei, a nommé Mohsen Rezaei comme son représentant au Conseil suprême de sécurité nationale. Quelques heures plus tard, le président du régime, Masoud Pezeshkian, l’a nommé secrétaire de ce même conseil.
Âgé de 71 ans, Mohsen Rezaei a été l’un des fondateurs du service de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) avant de devenir commandant durant la guerre Iran-Irak. En 1981, à l’âge de 27 ans, il a pris le commandement du CGRI, poste qu’il a occupé pendant 16 ans — soit la plus longue période de commandement à la tête de cette force.
Sous son commandement, les forces terrestres, navales et aériennes du CGRI ont été mises en place, le quartier général Khatam al-Anbiya a été fondé et le CGRI a évolué, passant d’une force paramilitaire à une puissance militaire, sécuritaire et économique. Toutefois, le nom de Rezaei reste avant tout associé à la guerre Iran-Irak, qu’il s’agisse d’opérations majeures ou de décisions dont le coût humain fait encore l’objet de débats.
Karbala-4 : une défaite sous couvert de diversion
L’exemple le plus marquant est l’opération Karbala-4, compromise en janvier 1987 et interrompue après avoir causé de lourdes pertes côté iranien. Selon les chiffres cités par Hossein Alaei, ancien commandant de la marine du CGRI, un total de 17 000 membres des forces iraniennes ont été tués ou portés disparus et 26 000 ont été blessés lors des opérations Karbala-4 et Karbala-5. Des années plus tard, Rezaei a écrit : « L’opération Karbala-4 a été menée pour tromper l’ennemi. »
De l’uniforme aux urnes
En 1997, Rezaei a quitté son uniforme militaire pour occuper, durant 24 ans, le poste de secrétaire du Conseil de discernement de l’intérêt du régime. Il s’est également présenté à quatre reprises à l’élection présidentielle.
En 2015, Rezaei a déclaré qu’en cas d’attaque américaine, l’Iran capturerait « au moins 1 000 Américains » dès la première semaine et obtiendrait « plusieurs milliards de dollars » pour la libération de chacun d’eux : « Notre problème économique serait ainsi résolu. » L’idée selon laquelle l’Iran pourrait résoudre ses problèmes économiques en prenant des soldats américains en otages a longtemps suscité moqueries et critiques.
Des vantardises redevenues d’actualité
Toutefois, ces derniers mois, la rhétorique de Rezaei ne s’est pas contentée de rappeler ses anciennes fanfaronnades ; elle s’est trouvée étroitement liée au différend en cours concernant la guerre et les négociations. À la suite de la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël en 2025, il a affirmé que l’Iran n’avait mobilisé que « 30 % » de ses capacités et qu’il était prêt pour un conflit de deux mois : « Si la guerre avait duré plus de deux mois, Israël n’existerait plus aujourd’hui. » Il a ensuite averti qu’en cas de nouvelle attaque israélienne, l’Iran répliquerait « de toutes ses forces » et modifierait ses « lignes rouges ».
Le détroit d’Ormuz occupe également une place centrale dans ses récentes prises de position. Il a déclaré que Donald Trump souhaitait jouer les « gendarmes du détroit d’Ormuz » et que les coûts liés à la sécurité, aux assurances et aux conséquences environnementales de cette voie maritime devraient être répercutés sur ses usagers. Dans les jours précédant sa nomination au poste de secrétaire du Conseil, il a également mis en garde : « Si le blocus perdure, les navires et les forces américains s’exposeront à de graves dangers et à des pertes humaines », ajoutant : « Nous ne permettrons jamais l’ouverture d’un second couloir dans le détroit d’Ormuz. » À ses yeux, le détroit est « sous la gestion de l’Iran », et la patience des forces armées a, elle aussi, ses limites.
Mohammad Bagher Zolghadr a lui aussi déclaré, la veille même de son départ, que le détroit d’Ormuz ne serait pas rouvert tant que les États-Unis n’auraient pas changé d’attitude. Par conséquent, le désaccord ne saurait se résumer à la simple dichotomie entre « Zolghadr le modéré » et « Rezaei le belliciste ».
La direction du régime après Ali Khamenei
Ce remaniement intervient dans un contexte de vide politique plus large laissé par la mort d’Ali Khamenei. Le régime iranien est toujours en guerre, et la configuration politique et sécuritaire de la nouvelle direction n’a pas encore été arrêtée. À ce jour, aucune nouvelle image de Mojtaba Khamenei n’a été diffusée, et sa voix n’a pas été entendue. Si la guerre venait à prendre fin, il est difficile de prédire l’évolution des luttes de pouvoir internes ni la manière dont s’équilibreront les rapports de force entre le nouveau Guide suprême, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), le gouvernement et le Parlement. Dans ce contexte, le choix de Mohsen Rezaei par le régime est compréhensible. Commandant chevronné disposant d’un réseau au sein du CGRI, il maîtrise le langage de la guerre et est capable de faire le lien entre le Guide suprême, le gouvernement et les diverses factions de la ligne dure.
À la suite de la mort d’Ali Khamenei, le régime iranien s’est retrouvé pris dans un cycle interminable de conflits internes et de luttes intestines, dont l’issue demeure incertaine. Une chose est toutefois incontestable : la faiblesse du régime iranien dans la gestion des crises et de la guerre. Il semble que le régime n’ait d’autre choix que de poursuivre le conflit et d’afficher une posture de force, tout en étant incapable de résoudre ses problèmes internes ; par ailleurs, les difficultés économiques ont entamé la capacité de résistance et la résilience du peuple iranien.

