Iran and its NeighboursIrak• Le président iranien tisse sa toile dans les pays...

• Le président iranien tisse sa toile dans les pays arabes

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Le Figaro, 29 février – Par Delphine Minoui – La visite historique de Mahmoud Ahmadinejad dimanche à Bagdad participe de cette volonté de consolider le rôle régional de l’Iran.

L’événement est historique. Aucun président iranien n’avait foulé le sol irakien depuis la guerre que se livrèrent, de 1980 à 1989, le régime de Saddam et la République islamique. En se rendant dimanche en Irak, Mahmoud Ahmadinejad s’apprête à consolider les liens qui se tissent entre les deux pays depuis la chute de Bagdad, en 2003. Mais sa visite relève aussi du symbolique. Il s’agit pour celui qui affirme que l’Iran «est la première puissance du monde», de renforcer le rôle régional de l’Iran.

Les temps ont changé. Brandissant le spectre de la révolution chiite de 1979 lors du conflit Iran-Irak, le sunnite Saddam Hussein était parvenu à rassembler contre l’Iran les puissances occidentales et les pays arabes, à l’exception de la Syrie. Aujourd’hui, Téhéran dispose d’alliés de taille au sein de la nouvelle classe dirigeante irakienne. Jalal Talabani, l’actuel président d’origine kurde, passa plusieurs années d’exil en Iran, tout comme une grande partie des dirigeants des principales factions politiques qui représentent la majorité chiite irakienne. Les échanges religieux reprennent. Les pèlerins irakiens sont de plus en plus nombreux à traverser la frontière pour se rendre dans les cités saintes de Qom et Machhad, tandis que leurs homologues iraniens se pressent autour des mausolées de Nadjaf et de Karbala. Cette semaine, le renforcement des relations économiques a été marqué par la signature d’un accord de coopération pour développer les infrastructures et les services à Bagdad.

Les Américains, eux, mettent l’accent sur l’influence négative de l’Iran, qui aiderait certaines milices chiites. Les ambitions d’Ahmadinejad dépassent, en fait, le monde chiite. En 2007, il s’est lancé dans une série de visites inédites dans les pays arabes voisins à majorité sunnite. À peine venait-il de créer la surprise, l’année dernière, en se déplaçant aux Émirats arabes unis qu’il s’envolait, quelques mois plus tard, en Arabie saoudite pour un pèlerinage à La Mecque. Mahmoud Ahmadinejad est également le premier président de l’Iran chiite à s’être rendu au sommet du conseil de coopération du Golfe, à Doha. Plus récemment, un contact téléphonique a eu lieu entre le président iranien et son homologue égyptien Hosni Moubarak. Il pourrait déboucher, dit-on, sur une rencontre entre les deux hommes dans les mois à venir.

INQUIETUDES SUNNITES

«Aujourd’hui, Téhéran cherche à dire aux Américains que leur volonté d’isoler l’Iran ne peut aboutir», analyse Karim Sadjadpour, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. À ce titre, l’échec de la politique américaine dans la région et l’embourbement des GI en Irak facilitent grandement la tâche des Iraniens. «Les pays arabes réalisent qu’ils ne peuvent plus compter sur l’Amérique pour surveiller les ambitions régionales iraniennes», précise-t-il. Du coup, ils n’ont d’autres choix que de dialoguer avec Téhéran. D’autant plus qu’ils doivent aussi compter avec l’engouement de la rue arabe pour les diatribes anti-américaines et anti-israéliennes d’Ahmadinejad. Car si ses paroles provocatrices en agacent plus d’un dans son pays, il est perçu, dans les rues du Caire et certains quartiers d’Amman, comme un héros qui tient tête à l’Occident. Au bazar de Damas, le président iranien apparaît même en photo aux côtés de Bachar el-Assad et de Nasrallah, le leader du Hezbollah chiite libanais.

«Ahmadinejad vient, dans le fond, combler le vide laissé par l’absence d’un leader nationaliste arabe emblématique. Il plaît aux couches populaires parce qu’il a le courage de dire “non” à Israël et à l’Amérique», constate le chercheur égyptien Saad Eddin Ibrahim, qui dirige, au Caire, le Centre de recherches Ibn Khaldun. À ce titre, le programme nucléaire iranien, qui s’apprête à subir un troisième volet de sanctions onusiennes, trouve aisément des supporteurs. «60 % des Égyptiens s’accordent à dire que c’est le droit de l’Iran de développer ses capacités nucléaires», note le chercheur égyptien. Mais pour les classes dirigeantes des pays arabes sunnites, la sanctuarisation de l’Iran chiite cache un autre enjeu, plus inquiétant : la suprématie de l’Iran chiite sur le monde musulman. De quoi faire frissonner l’Arabie saoudite qui soupçonne Téhéran de chercher à user d’une trop grosse influence en Irak ou encore au Liban. «Les gouvernements arabes sunnites voient d’un mauvais œil l’ascension régionale de l’Iran», constate Karim Sadjadpour. Mais, précise-t-il, l’influence iranienne n’est pas gagnée. «Si les Irakiens rejettent l’occupation américaine, cela ne veut pas dire pour autant qu’ils préfèrent se retrouver sous la domination des Iraniens. En Irak, vous trouvez même des chiites qui s’inquiètent du rôle que l’Iran essaye de jouer chez eux.»

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