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L’Iran visé au sommet

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AFFAIRE RADJAVI Le juge d’instruction vaudois Jacques Antenen vient de délivrer un mandat d’arrêt international contre le commanditaire présumé de l’assassinat de l’opposant iranien Kazem Radjavi. Tensions diplomatiques en vue

LUDOVIC ROCCHI
08 avril 2006

«Strictement confidentiel». C’est sous ce sceau que le courrier du juge d’instruction vaudois Jacques Antenen est parti le 20 mars dernier à l’adresse de l’Office fédéral de la justice. Dans l’enveloppe, un mandat d’arrêt international en trois exemplaires à l’encontre d’Ali Fallahijan, ressortissant iranien né en 1949. Sous la rubrique profession, on peut lire: «ancien ministre de l’Intelligence et de la Sécurité de la République islamique».

Comment un juge vaudois en vient-il à poursuivre un haut dignitaire du régime des mollahs toujours très influent à Téhéran, même s’il n’occupe plus de fonctions ministérielles? «Il a décidé et ordonné l’exécution de Kazem Radjavi», renseigne le mandat d’arrêt. Seize ans après l’assassinat à Coppet (VD) du défenseur des droits de l’homme Kazem Radjavi, la justice suisse franchit un pas décisif dans une enquête qui s’ensablait.

Dès le départ, treize suspects iraniens ont été poursuivis. Mais le juge en charge de l’enquête jusqu’en 1997, Roland Châtelain, avait renoncé à poursuivre Fallahijan, ordonnateur présumé du terrorisme d’Etat iranien. La crainte de représailles contre la «petite Suisse», dixit le juge, l’avait emporté. Héritier du dossier, le juge Antenen ne s’est pas précipité non plus pour délivrer un mandat d’arrêt dont il craignait que le seul effet ne soit «symbolique». C’est ce qu’il déclarait à ce journal il y a une année. Qu’est-ce qui l’a fait changer d’avis? Interrogé, le juge Antenen se refuse à tout commentaire.

Les documents en possession du «Matin dimanche» prouvent toutefois que le juge vaudois a demandé à Berne «une diffusion mondiale» du mandat contre l’ex-ministre iranien. Il a aussi pris soin d’en avertir le Département fédéral des affaires étrangères «dans la mesure où on ne saurait exclure que ma décision ait des conséquences sur les relations extérieures de notre pays». A n’en pas douter, les durs du régime iranien actuel vont peu apprécier cette attaque judiciaire en règle contre l’un des leurs, visé par deux autres mandats d’arrêt délivrés en Allemagne et en Argentine. Le juge Antenen s’est d’ailleurs rendu dans ces deux pays avant de passer à l’action.

Le seul à s’en réjouir ouvertement, c’est le fils de la victime, Stéphane Radjavi, comme il le confirme dans une déclaration que nous reproduisons ci-contre. «Pour moi, justice est rendue», résume-t-il. Le fils de l’opposant iranien sait qu’il sera difficile d’obtenir davantage. Les autorités iraniennes ont toujours refusé de coopérer avec la justice des autres pays, malgré les quelque 250 victimes qu’aurait déjà provoquées la répression du régime des mollahs à travers le monde.

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Seize ans d’enquête

LUDOVIC ROCCHI
08 avril 2006

24 avril 1990 L’opposant iranien Kazem Radjavi est assassiné près de chez lui à Coppet (VD). Très vite, la justice vaudoise désigne treize suspects iraniens, protégés par des passeports de chargés de mission et des faux noms. Très vite aussi, Téhéran se moque des demandes d’entraide judiciaire de la Suisse.

1992 Deux suspects sont arrêtés à Paris, mais la France les laissera filer au nom de la «raison d’Etat».

1997 Avant de prendre sa retraite, le juge Roland Châtelain demande conseil à Berne et finit par renoncer à poursuivre l’ex-ministre iranien Fallahijan par «crainte de causer du tort à la Suisse».

2005 Genève honore la mémoire du défenseur des droits de l’homme qu’était Kazem Radjavi par la pose d’une plaque commémorative sur un immeuble où il a vécu au bout du lac. Bientôt une rue de Genève devrait également porter son nom.

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Réaction de Stéphane Radjavi

LUDOVIC ROCCHI
08 avril 2006

«En apprenant la nouvelle, j’ai éclaté en sanglots. C’était le plus beau jour de ma vie. Je l’attends depuis 1990. La justice frappe enfin au sommet de la pyramide criminelle. Le ministre Fallahijan est recherché par toutes les polices du monde pour l’assassinat de mon père. Juridiquement, le crime d’Etat est reconnu. C’est la fin de l’impunité honteuse dont jouissait Téhéran et ses escadrons de la mort. D’un coup, une grande souffrance qui broyait ma vie depuis quinze ans s’est envolée. Au nom des miens, je rends hommage au juge Antenen, ce magistrat exceptionnel de courage et d’indépendance. J’espère toujours m’inspirer de son exemple pour honorer les valeurs idéales de ma patrie d’adoption, la Suisse. Je dois féliciter aussi la police vaudoise pour sa redoutable enquête et ma formidable équipe d’avocats, Mes Moreillon, Ditesheim et Geller. Aujourd’hui, on connaît la machinerie infernale de Téhéran, ses bases stratégiques en Europe, ses réseaux bancaires et ses couvertures diplomatiques, qui ont permis de tuer 250 opposants politiques en exil. Tout est prêt pour le procès du siècle. Si le ministre n’était pas arrêté et extradé vers la Suisse, un jugement par défaut le condamnerait à la réclusion à vie. Ce scénario crisperait les relations bilatérales. Mais la patrie d’Henri Dunant gagnerait à rompre toute collaboration avec cette théocratie barbare qui lapide encore des enfants de 13 ans pour délit sexuel, qualifie la Shoah de «mythe» et appelle de ses voeux l’extermination d’Israël et de son peuple.»

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