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Iran-Irak : « Des abus pires que sous Saddam », d’après un dirigeant irakien

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The Observer

Allawi : un réquisitoire accablant contre le nouveau régime
Bush prépare la voie pour le retrait des troupes américaines

Peter Beaumont, rédacteur en chef pour les affaires étrangères

Les violations des droits humains en Irak ont atteint désormais le même niveau que sous Saddam Hussein et menacent même de nous les faire oublier, selon le Premier ministre du pays qui est entré en poste après la chute du régime de Saddam.

« Les gens font la même chose qu’au temps de Saddam et même pire », explique Ayad Allawi à The Observer. « C’est une comparaison appropriée. Les gens se souviennent de l’époque de Saddam. C’est la raison précise pour laquelle nous nous sommes battus contre Saddam et maintenant nous voyons la même chose. »

Dans un réquisitoire accablant et de grande envergure contre la catastrophe concernant les droits humains en Irak, Allawi a accusé les chi’ites du gouvernement d’être à l’origine des escadrons de la mort et des centres de torture secrets. La violence des éléments constituant les nouvelles forces de sécurité rivalise avec celle de la police secrète de Saddam, a-t-il dit.

Allawi, un allié des forces de la coalition menée par les États-Unis et Premier ministre jusqu’en avril dernier, a fait ces commentaires au vu des allusions hier du président George Bush de retirer ses troupes de 40.000 hommes du pays l’année prochaine, lorsque les forces irakiennes seront en mesure de prendre le relais.

La sombre déclaration d’Allawi va certainement saper toute tentative de suggestion que la situation en Irak s’améliore fortement.

« Nous entendons parler de la police secrète, de bunkers secrets où des gens sont interrogés », a-t-il ajouté. ‘Un grand nombre d’Irakiens sont torturés ou tués au cours de ces interrogatoires. Nous voyons même des tribunaux de la Sharia obéissant à la loi islamique qui jugent les gens et les exécutent ».

Nous devons agir immédiatement pour démanteler les milices qui continuent d’opérer en toute impunité. Si rien n’est fait, « la maladie infectant [le ministère de l’Intérieur »> va devenir contagieuse et contaminer tous les autres ministères et structures du gouvernement irakien », a-t-il expliqué.

Dans un avertissement effrayant adressé à l’Occident sur le danger de laisser derrière eux un Irak désintégré, Allawi a ajouté : « l’Irak est le pivot de la région. Si les choses tournent mal, ni l’Europe, ni les États-Unis ne seront en sécurité ».

Ses commentaires inflexibles viennent la veille de la dernière apparition de Saddam devant la cour pour des accusations de crimes contre l’humanité. Ces déclarations semblent certainement attiser cette notion grandissante de crise en Irak, aussi bien dans le pays qu’aux États-Unis, où le soutien politique en faveur de l’occupation continue de s’affaiblir.

Allawi a été sélectionné pour le poste de Premier ministre du premier gouvernement de transition avant les premières élections nationales de janvier dernier. Considéré aussi bien à Downing Street qu’à la Maison Blanche comme un homme politique non sectaire engagé dans un gouvernement fortement centralisé représentant tous les Irakiens, les partisans d’Allawi se sont débattus lors des élections de janvier dernier, où ils ont été éclipsés par les partis religieux chi’ites, certains d’entre eux étant impliqués dans des actes de violence.

Récemment, cependant, sa réputation s’est améliorée de nouveau alors qu’il tentait de construire des alliances avec des groupes politiques sunnites avant les élections nationales du mois prochain.

Ses commentaires ont été un choc pour ceux qui espéraient que l’Irak avançait vers la normalisation sous ce nouveau gouvernement. Dans un discours mercredi, on s’attend à ce que Bush reconnaisse que les troupes irakiennes sont prêtes, ce qu’il a identifié comme la condition pour le retrait des forces américaines.

Mais la proximité du dernier tour des élections semble n’avoir qu’intensifier les meurtres politiques et les intimidations, même pour les membres de la propre liste d’Allawi, qui ont été tués et agressés par des rivaux politiques.

Malgré le fait que le ministère de l’Intérieur, impliqué dans un grand nombre de crimes, ait blâmé ces actes, une série de révélations préjudiciables, dont la découverte d’un centre de détention secret dirigé par le ministère, est venue s’abattre sur le gouvernement irakien et ses partisans à l’étranger.

L’intervention d’une des figures politiques les plus influentes en Irak promet de faire de la question des violations des droits humains un sujet clé dans les élections.

L’affirmation d’Allawi sur la dégradation des droits humains en Irak sous le premier gouvernement élu démocratiquement est arrivée en pleine dénonciation sévère de la participation des institutions du gouvernement irakien dans des disparitions, actes de torture et assassinats généralisés.

Il a ajouté qu’il avait maintenant tellement peu confiance dans l’état de droit, qu’il avait ordonné à ses propres gardes du corps de faire feu sur toute voiture de police qui tenterait d’approcher ses quartiers généraux sans son autorisation préalable, étant donné l’implication d’unités de la police dans un grand nombre de crimes.

Allawi a réservé sa plus féroce condamnation pour le ministère de l’Intérieur, dont le personnel a été accusé d’être derrière un grand nombre d’abus : « Le ministère de l’Intérieur est au cœur du problème. Je ne blâme pas le ministre [Bayan Jabr »> lui-même, mais les hommes de troupe qui sont derrière les cachots secrets et certaines des exécutions qui ont eu lieu”.

En réponse aux commentaires de l’ancien Premier ministre, Sir Menzies Campbell, porte-parole libéral démocrate pour les affaires étrangères, a déclaré : « Il est inconcevable que dans les échelons les plus élevés du commandement des forces multinationales on ne se soit pas rendu compte de ce que font certains Irakiens à leurs propres compatriotes ».

« Les assertions d’Allawi soulignent tout simplement l’échec catastrophique dans la mise en place d’une stratégie convenable pour la période d’après-guerre en Irak. »

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