Iran and its NeighboursIrakMéfiance et dialogue

Méfiance et dialogue

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L’éditorial de Pierre Rousselin.

Le Figaro – C’est un dialogue fondé sur une méfiance mutuelle, mais c’est un dialogue quand même. Après vingt-sept ans de silence ou d’imprécations, les États-Unis et la République islamique d’Iran ont commencé hier à parler publiquement de choses sérieuses.

Il y avait bien eu déjà de brèves rencontres irano-américaines en marge de conférences internationales, en mars à Bagdad et au début de ce mois-ci à Charm el-Cheikh. Mais le face-à-face d’hier était le premier d’une série d’entretiens consacrés à la situation en Irak.

Quatre heures de discussion entre les ambassadeurs à Bagdad ont été jugées « positives » et auraient dégagé un accord « en termes de prin¬cipes », même si les deux parties continuent de se reprocher leur comportement sur le terrain.

Après avoir refusé tout contact sous prétexte que cela récompenserait l’extrémisme iranien, les États-Unis se sont rendu compte qu’ils avaient besoin de Téhéran pour réussir le retrait de leurs troupes, qu’il va falloir lancer avant la présidentielle de novembre 2008.

Les Iraniens, de leur côté, n’ont pas intérêt à ce que le chaos s’aggrave avec un retrait précipité des « forces occupantes » et à ce qu’une instabilité durable menace leur frontière.

Ils se disent qu’il vaut mieux négocier maintenant avec un George W. Bush affaibli plutôt qu’avec son successeur lorsqu’il sera auréolé par sa victoire. Que l’Amérique ne sera pas indifférente si on l’aide à sortir d’Irak en évitant un scénario humiliant comme celui du Vietnam.

Hier, les fondements du dia¬logue ont été établis. L’Irak devra rester unifié et chacun s’efforcera de soutenir le gouvernement de Nouri al-Maliki. C’est une assurance que l’Iran voulait entendre de la part de Washington, soupçonné de vouloir remettre en selle l’ancien premier ministre intérimaire Iyad Allaoui.

Pour le reste, les États-Unis continuent de reprocher à Téhéran de soutenir le travail de sape des milices chiites et d’introduire en Irak explosifs et munitions utilisés contre leurs soldats. Le comportement des Iraniens sur le terrain sera le meilleur test de leurs intentions.

La lutte contre les djihadistes sunnites a sans doute été évoquée, mais dans la plus grande discrétion. Beaucoup d’autres sujets brûlants ont été laissés de côté. C’était la condition de la rencontre. Ni le programme nucléaire iranien, ni les aspirations régionales de l’Iran, ni les chances de survie du régime des mollahs n’étaient à l’ordre du jour.

Ces trois dossiers entretiennent pourtant la méfiance réciproque. L’armada américaine qui navigue dans le Golfe et les arrestations en Iran de ressortissants irano-américains montrent, de part et d’autre, qu’il serait prématuré d’envisager une détente entre Washington et Téhéran.

Malgré cela, malgré vingt-sept ans d’antago¬nisme, la rencontre de Bagdad a pu avoir lieu. Elle a même été jugée « positive ». C’est la démonstration que George W. Bush a raison de se mettre à parler à ses ennemis. Enfin.

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