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Dans la ville des « hyènes », « on ne vit pas, on respire juste »

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AFP, Téhéran, 12 juin – Pakdacht, pauvre cité industrielle de la grande banlieue de Téhéran, se sent « abandonnée » et a perdu la foi dans ses gouvernants, surtout depuis qu’elle est devenue la ville des « hyènes », surnom de deux assassins d’enfants qui ont révulsé l’Iran.

« Ici les gens ne vivent pas. Ils se contentent de respirer », résume Abbas Salari, représentant local de Mehdi Karoubi, candidat modéré à la présidentielle du 17 juin.

A 50 kilomètres au sud-est de la capitale, Pakdacht est plantée au milieu d’un désert désespérément plat. Usines et habitations s’étalent le long de l’autoroute qui file vers l’Afghanistan, mais rien n’incite à la halte. L’air est empli de la poussière des briquetteries et des carrières.
L’une d’elles, abandonnée, a été le théâtre des viols et des meurtres sauvages d’une vingtaine de petits garçons par deux ouvriers, les « hyènes » ou les « vampires du désert de Téhéran ». En mars, l’un a été fouetté puis pendu devant la foule vengeresse de Pakdacht.
La police a été accusée d’incompétence, de laxisme. Des habitants continuent de donner crédit à une rumeur que rien n’accrédite, d’un trafic d’organes d’enfants, camouflé en acte pervers, et dirigé par un propriétaire de briqueterie installé en Occident.

Ce fait divers a renforcé la défiance d’habitants pour la plupart impécunieux à l’égard des puissants. « Les gens sont inquiets du mépris des autorités » pour leurs conditions de vie, explique Mahmoud Fereydouni, professeur de 48 ans qui mène la campagne du conservateur Ali Laranjani.

Les salaires ouvriers débutent à 1,2 million de rials (environ 130 USD), selon Abbas Salari. « Un chômeur en province peut trouver ça bien. Mais si vous prenez en compte le coût de la vie, ce n’est pas suffisant », juge Mahmoud Fereydouni. Selon lui un ouvrier dépensera « les deux-tiers » de son revenu s’il veut loger décemment les siens.

Abdollah Farhoudi, 32 ans, creuse l’argile de 04H00 du matin au coucher de soleil pour fabriquer 7.000 briques chaque jour qui lui rapportent entre 4 et 5 USD. Ce cultivateur du Kurdistan iranien explique que, quelques mois par an, il pallie ainsi la maigreur de ses revenus agricoles. Le soir, il dort avec d’autres par terre, dans un cabanon. Il ne se pose pas la question de savoir s’il va voter ni pour qui.
« A Téhéran, ils ont tout. Ici, nous sommes abandonnés », se désole Chahrouz Soltani, 29 ans, de la Maison des Travailleurs, qui montre les eaux usées s’écoulant des maisons.

Pakdacht est victime de son explosion non maîtrisée dans les années 1980 et 1990 quand est apparue la volonté d’exiler de Téhéran des industries polluantes.

Les villages ont fait place à la ville qui compte 350.000 habitants, venus de tout l’Iran, selon Abbas Salari. Il y a aussi les clandestins afghans qui louent leurs bras moins cher encore, explique Chahrouz Soltani.

En grandissant, la ville a changé de nom (de Palacht, « sale » en farsi, elle est devenue Pakdacht, « désert propre »), mais ses infrastructures n’ont pas suivi.

Les habitations ne résisteraient pas à un tremblement de terre, les égoûts sont sous-dimensionnés, explique Abbas Salari. Pas de cinéma, de piscine, de parc, de train ou de système de bus efficace reliant à Téhéran…

L’hôpital, à une quinzaine de kilomètres, ne compte que 50 lits, reconnaît son directeur le Dr Abolghasem Afkhami-Ardallani. Les patients les plus atteints doivent être évacués vers Téhéran. « Si la route est bloquée, ils meurent », lâche Abbas Salari.

L’autoroute a ramené d’Afghanistan l’héroïne, concurrencée par les drogues synthétiques. « Beaucoup d’ouvriers consomment de la drogue et en vendent », assure Chahdoust Ghadimi, 35 ans, père d’une victime des Hyènes. Il reproche à la police d' »arrêter les dealers et de les libérer deux blocs plus loin ».

Il votera blanc vendredi, juste pour obtenir sur ses papiers le tampon qui lui épargnera le soupçon d’incivisme. Il s’inquiète de l’avenir des deux fils qui lui restent: « Seront-ils toxicomanes ? Chômeurs ? »

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