IranFemmesCes Iraniennes qui revendiquent leurs droits

Ces Iraniennes qui revendiquent leurs droits

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Activiste dans le domaine des droits de la femme, Azadeh Sobout souligne que la préoccupation principale des femmes en Iran, c’est de maintenir ce qui a été obtenu jusqu’ici. "C’est la seule option que nous avons en ce moment", relève la jeune Téhéranaise de 26 ans. La répression à l’encontre des femmes s’est sensiblement accrue. L’évolution est paradoxale, car ces dernières ne cessent d’accroître leur influence sur la société iranienne. Elles restent fortement représentées dans l’administration, à des postes clés dans les banques, dans les universités (65 % des étudiants) malgré des efforts pour en limiter l’accès. Mais depuis quelque temps, les réunions de féministes sont devenues très difficiles. Les téléphones portables sont écoutés, les courriels lus. Il faut feinter de plus en plus pour contourner les forces de l’ordre promptes à disperser le moindre rassemblement.

En réalité, les femmes iraniennes ont pour l’heure d’autres préoccupations que le voile. Elles veulent d’abord des lois égalitaires. Selon la diyat, quand une femme est tuée dans un accident, elle ne vaut que la moitié d’un homme. Pour épouser un non-Iranien, une femme a besoin de l’accord du Ministère de la culture. Ses enfants et son mari n’ont pas droit à la nationalité iranienne.

"LA VIE EST SUFFOCANTE"

L’inverse n’est pas vrai. Lors de violences conjugales, le témoignage d’une proche de la femme victime est nul. Il faut qu’il y ait le témoignage d’un homme. Depuis le lancement, en 2006, d’une pétition visant à récolter un million de signatures pour obtenir la parité, plusieurs dizaines d’activistes ont été arrêtées. Hana Abdi, 21 ans, étudiante à l’Université de Payame Nour dans le Kurdistan iranien, en est une. Interpellée le 6 novembre 2007 lors de récolte de signatures, elle est accusée du crime de moharebe contre l’islam et contre l’Etat iranien et condamnée à 5 ans d’emprisonnement. D’autres femmes ont préféré l’exil. Le mensuel féminin Zanan, qui se battait depuis plus de seize ans pour le droit des femmes et qui annonçait voici peu la révolution féminine, a été contraint de fermer boutique en janvier 2008. Motif? "Il a calomnié les institutions militaires et révolutionnaires" tout en menaçant "la sécurité spirituelle et morale ainsi que la force idéologique du pays."

Iman et Amir, deux jeunes Téhéranais qui étudient depuis quelques années à Washington et à Toronto, le reconnaissent : "Nous aimons l’Iran. Mais pour les Iraniennes, la vie y est suffocante." Les deux Téhéranais, qui reviennent régulièrement au pays, se souviennent : "Nous allions à l’école de 8 heures le matin à 3 heures de l’après-midi. L’école fermait après toutes les écoles de filles de sorte que nous ne nous rencontrions pas dans la rue. Conséquence : les garçons socialisent très peu avec les filles. La sexualité devient très confuse. Pour ne pas perdre leur virginité, une chose sacrée en Iran, les filles s’adonnent au sexe oral. Au collège, certains garçons flirtent avec d’autres garçons avant de pouvoir rencontrer une copine."

Malgré le sentiment de régression, les femmes iraniennes gardent espoir. "En Iran, le président, sa politique et du coup le pays entier sont imprévisibles. Tout peut changer rapidement", souligne Marjaneh, 24ans. De fait, dans les rues de Téhéran, malgré une police "religieuse" toujours plus prompte à sévir contre les femmes qui porteraient le hidjab de façon négligée, de nombreuses jeunes femmes ne craignent plus un emprisonnement de quelques heures. Elles continuent de provoquer avec des roussari qui cachent à peine une chevelure fuligineuse ou un maquillage osé. Certaines portent même un pansement sur le nez pour faire croire à une opération de chirurgie esthétique.

Azadeh Sobout reste elle aussi confiante : "Avant, les droits de la femme ne concernaient qu’une élite. Désormais, grâce aux technologies de l’information, une communication de masse auprès des femmes est possible. Même des hommes ont adhéré au réseau. C’est très prometteur pour l’avenir." Le réseautage se pratique surtout par Internet. Le cas d’une étudiante iranienne sur le point d’être abusée sexuellement par un responsable de l’Université de Zajan démasqué en juin dernier par le téléphone portable d’un étudiant a fait le tour du monde grâce à YouTube.

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