IranFemmesSakineh - Sa codétenue raconte l'enfer des prisons iraniennes

Sakineh – Sa codétenue raconte l’enfer des prisons iraniennes

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France Soir: Propos recueillis par Marie Marvier – Shanhaz Ghomani, journaliste iranienne, a partagé le martyre de Sakineh et celui de toutes les prisonnières d’Iran. Elle raconte.

France-Soir – Dans quelles conditions avez-vous rencontré Sakineh ?
Shanhaz Ghomani – Nous partagions la même cellule, la numéro 4, dans la prison des femmes de Tabriz. Elle était mon amie, ma sœur. C’était en 2006, je venais d’être arrêtée pour la troisième fois parce que je publiais des textes contre le régime de Mahmoud Ahmadinejad et que j’alertais la presse et les radios étrangères sur les droits de l’homme en Iran. J’étais condamnée à huit ans de réclusion.

F.-S. Quel genre de femme est Sakineh ?
S. G. Il s’agit d’une femme très simple, très droite. Dans cette prison où j’ai vu tant de camarades devenir folles, ou violentes, elle restait calme et correcte avec tout le monde. Je ne l’ai jamais vue se révolter.

F.-S. Vous étiez présente le jour où elle a été condamnée à mort. Comment cela s’est-il passé ?
S. G. Le hasard a voulu que nous passions le même jour devant les juges. Elle espérait sa libération. Nous avons été conduites en camionnette jusqu’au tribunal, par deux soldats armés. J’attendais seule dans une petite salle pendant son audience. Mas quand nous avons fait ensemble le trajet du retour, j’ai vite senti, bien que nous n’ayons pas le droit de nous parler, qu’elle n’avait pas compris. Sakineh maîtrise mal le farsi, la langue officielle de l’Iran. Elle s’exprime dans le dialecte azéri. C’est une gardienne, dans notre cellule, qui lui a annoncé brutalement la nouvelle. Elle s’est alors évanouie. Ensuite, elle n’a plus été la même. Elle qui était convaincue que son innocence serait reconnue, s’est mise à dépérir. Elle ne parlait plus, ne prêtait plus attention à rien. Quand je me suis évadée, il y a deux ans, je l’ai laissée dans un état de santé déplorable. Elle n’avait pas quitté son lit depuis plusieurs semaines.

F.-S. Que pensez-vous de sa confession télévisée ?
S. G. Elle a forcément été torturée, comme je l’ai été moi-même quotidiennement pendant six mois. J’ai toujours entendu Sakineh clamer son innocence.

F.-S. Vous dites avoir été torturée. Pouvez-vous nous expliquer de quelle façon ?
S. G. J’ai été battue à coups de poings et coups de pieds, fouettée plusieurs fois. J’ai été attachée contre un mur, isolée pendant des jours et des jours, avec les yeux bandés. Les gardiens arrivaient par surprise à n’importe quel moment et me frappaient si violemment que je perdais connaissance. Ils m’ont brûlé la plante des pieds pour limiter les risques d’évasion. Parfois aussi, quand j’avais mes règles, ils m’attachaient sur un lit et me frappaient les pieds avec des câbles, car la douleur est plus intense et plus durable dans ces périodes-là. Cela a duré jusqu’à ma condamnation.

F.-S. Pouvez nous parler du quotidien dans la prison pour femmes de Tabriz ?
S. G. Nous vivons à 200, réparties dans quatre chambres de 12 mètres carrés, les unes sur les autres, comme des animaux. Les pièces ouvrent sur un couloir dans lequel la plupart d’entre nous dorment à même le sol. Sakineh avait l’un des 16 lits superposés, car c’était l’une des plus anciennes. Les conditions d’hygiène sont inimaginables. Il n’y a que 4 douches, et nous y avons droit une fois par semaine. La nourriture est immonde, nous y trouvons régulièrement des rats et des cafards. Nous ne mangeons que pour ne pas mourir. Les prières n’étaient pas obligatoires mais celles qui ne les respectaient pas étaient soumises à un régime encore plus dur. Nous sommes insultées en permanence. Beaucoup perdent la raison, parlent toutes seules. Celles qui arrivent enceintes donnent naissance à leurs enfants sur place, et les enfants grandissent là, dans ces conditions atroces. Pour faire parler ces détenues-là, ont les menace de torturer et de tuer leurs enfants !

F.-S. Que souhaitez-vous ajouter ?
S. G. J’aimerais dire que le cas de Sakineh est terrible et cette mobilisation extraordinaire. Mais il ne faut pas oublier toutes celles dont on ne parle pas et qui subissent les mêmes abominations. Tout ceci est le fruit de la loi islamique. Je demande que la Cour internationale de justice prenne en main la situation en Iran.

 

Shanhaz Ghomani était la codétenue de Sakineh

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