IranIran (actualité)L'Iran manifeste son soutien au Hezbollah

L’Iran manifeste son soutien au Hezbollah

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Le Figaro, 19 juillet – Pour la première fois depuis le début de la crise, des Iraniens ont défilé hier à Téhéran.

Dans la foule de femmes en tchadors et de barbus aux keffiehs en damier noir et blanc, des portraits de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, flottent au vent. «Le temps est venu de réagir ! Missiles contre missiles !», hurlent, en persan, les quelques milliers d’Iraniens entassés symboliquement place de la Palestine, à l’appel des autorités de Téhéran. Aux cris de «Mort à Israël», éternels refrains des rassemblements officiels, le député conservateur iranien Gholam Ali Haddad Adel monte à la tribune. «Les villes que vous avez bâties dans le nord de la Palestine (NDLR : Israël) sont à la portée des courageux enfants libanais ! Aucune région d’Israël ne restera tranquille !», lâche-t-il.

À quoi joue donc Téhéran ? Les discours et les slogans entendus hier, en centre-ville, entretiennent le doute sur l’attitude de la République islamique vis-à-vis du conflit qui oppose le Hezbollah à Israël. Les dirigeants iraniens, pourtant, nient en bloc les accusations qui pleuvent depuis Washington et Tel-Aviv. Ils démentent la présence de conseillers militaires auprès du Hezbollah, la fourniture d’armes et de missiles au groupe chiite libanais, le possible transfert en Iran des soldats israéliens capturés. Impossible, néanmoins, de ne pas constater cette coïncidence flagrante : l’enlèvement des deux soldats, à l’origine de la crise, a eu lieu le 12 juillet, le jour même où les grandes puissances ont décidé de porter de nouveau le dossier nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Ces accusations sont bien sûr difficiles à prouver, même si un lien idéologique et historique indéniable unit la République islamique d’Iran aux groupes palestiniens et libanais qui prônent la lutte armée contre Israël. À Téhéran, personne ne s’en cache. Pour preuve : en avril, l’Iran organisa, en grande pompe, une conférence de trois jours sur le thème du soutien à la Palestine. De nombreuses personnalités répondirent à l’appel, parmi lesquelles Khaled Mechal, chef du bureau politique du Hamas, et Naim Khassem, le bras droit de Nasrallah.

Au bureau de représentation du parti chiite libanais Amal, dans une ruelle ombragée de Téhéran, la relation affichée entre ce mouvement et l’Iran frappe, d’entrée, le visiteur. Dans le hall, la photo de Shahid Chamran, un ancien commandant iranien du corps des Pasdaran, y trône à côté de celle de l’imam Moussa Sadr, l’ancien chef spirituel d’Amal. Chamran fut, en 1974, un des cofondateurs du groupe, et vécut près de huit années au Liban. «C’était un frère, mais aussi un leader respectable», se souvient Adel Mohammad Oun, le représentant d’Amal à Téhéran. «On s’est battu côte à côte contre Israël, notre ennemi commun. Ensemble, on arrosait de roquettes le nord d’Israël», raconte-t-il.

Discours provocateurs

Compte tenu de ces liens, l’Iran n’était-il donc pas aux premières loges pour déclencher la crise ? «Non, les temps ont changé, affirme Adel Mohammad Oun. Il est vrai que l’Iran et la Syrie nous ont soutenus pendant des années, mais le Hezbollah et Amal sont comme des enfants qui sont arrivés à l’âge de maturité. Ils sont devenus autonomes.» Pour certains experts de la région, ses propos ne sont pas dénués de sens. «Je ne pense pas que l’Iran ait demandé au Hezbollah d’appuyer sur le bouton. Bien sûr, sans l’Iran, le Hezbollah n’aurait pas eu la capacité de développer des drones pouvant s’en prendre à des intérêts israéliens. Mais, depuis l’arrivée de Nasrallah, en 1992, à la tête du mouvement, c’est l’optique nationale qui prime», constate Barah Mikaïl, chercheur à l’Institut français de relations internationales (Ifri), qui vient d’effectuer une mission en Iran.

«Le Hezbollah n’a pas besoin de l’Iran, estime de son côté un diplomate occidental. Mais il est bien possible que Téhéran cherche à entretenir le doute sur son implication, ne serait-ce que pour faire peur à Israël et Washington.» Profitant de l’embourbement américain dans la région, l’Iran serait prêt à jouer différentes cartes, voire à tenter l’apaisement.

D’où, aux antipodes des discours provocateurs entendus lors de la manifestation d’hier, la proposition, plus modérée, du ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Motakki, d’un cessez-le-feu suivi d’un échange de prisonniers. «L’Iran est incontestablement la puissance orientale actuellement la plus influente, souligne Barah Mikaïl. Sa capacité d’action et d’activation de relais est plus étendue que dans les années 1980. Elle en est consciente et elle en profite pleinement, quitte à ce que cela puisse lui servir dans son marchandage nucléaire.»

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