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Le régime iranien secoué par une nouvelle crise entre Ahmadinejad et Khamenei

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The Associated Press: Par Ali Akbar Dareini – La crise entre Mahmoud Ahmadinejad et l’ayatollah Khamenei paraît loin d’être terminée à Téhéran. Plusieurs religieux conservateurs ont mis en garde cette semaine le président iranien, qui aurait été appelé par le guide suprême de la révolution iranienne à rentrer dans le rang ou démissionner.

Les tensions entre le président et le chef suprême du régime des mollahs ont éclaté au grand jour au moment du départ du puissant ministre du Renseignement Heidar Moslehi, mi-avril. Mahmoud Ahmadinejad voulait clairement qu’il s’en aille, mais l’ayatollah Khamenei lui a ordonné de rester, infligeant un cinglant désavoeu au président iranien. Depuis, c’est la guerre froide entre Ahmadinejad et son ministre.

Mais comme lors de leur première grande confrontation, il y a deux ans, la bataille entre Ahmadinejad et Khamenei tourne autour d’Esfandiar Rahim Mashaie, un proche du président conservateur, qui pourrait prétendre à sa succession en 2013.

En juillet 2009, quelques semaines après sa réelection controversée, Mahmoud Ahmadinejad l’avait nommé premier de ses nombreux vice-présidents. Ce choix avait tellement choqué les tenants de la ligne dure du régime, qu’ils en avaient presque oublié les émeutes dans les rues de Téhéran. Mashaie s’est en effet fait détester des ultraconservateurs en rendant hommage aux valeurs de l’Iran pré-islamique ou en déclarant que l’Iran pouvait être l’ami du peuple israélien, même s’il méprisait le gouvernement de l’Etat hébreu.

L’ayatollah Khamenei n’avait pas tardé à intervenir et en l’espace d’une semaine, Esfandiar Rahim Mashaie avait quitté son poste, un premier camouflet pour Ahmadinejad. Mais le président avait tout de même gardé Mashaie auprès de lui, comme secrétaire général de la présidence. Les deux hommes sont aussi liés par leurs familles, la fille de Mashaie ayant épousé un fils d’Ahmadinejad.

Ces derniers temps, Mahmoud Ahmadinejad a manifestement tâté le terrain pour une candidature de Mashaie à sa succession en 2013. Mais il faudrait pour cela contrôler le ministère du Renseignement dont les dossiers peuvent potentiellement couler un candidat.

D’autant que les ultra-radicaux ne veulent pas entendre parler de Mashaie, qu’ils considèrent comme le chef d’un « courant déviant » cherchant à s’imposer après l’expiration du mandat d’Ahmadinejad. Le régime des mollahs le soupçonne de vouloir porter atteinte aux valeurs islamiques et étendre les pouvoirs des responsables élus au détriment de la théocratie. Il redoute aussi qu’il ne puisse être favorable à un rapprochement avec Washington.

Lors de la prière du vendredi cette semaine, Ahmadinejad a été publiquement rappelé à l’ordre par des imams conservateurs. L’un d’eux, le puissant Ahmad Khatami, l’a ainsi sermonné pour s’être assis près du « marginal » Mashaie lors du conseil des ministres. « Le président, qui est arrivé en fonction avec le soutien des fidèles du guide suprême (…), est censé lui obéir. Malheureusement ça n’a pas été le cas », a-t-il lancé vendredi, des propos diffusés sur plusieurs sites Internet. Il a laissé entendre qu’Ahmadinejad pourrait se retrouver sans pouvoir s’il continuer de défier Khamenei.

Le 1er mai, Mahmoud Ahmadinejad avait semblé faire amende honorable en assistant à son premier conseil des ministres depuis dix jours et en se disant « prêt à mourir » pour défendre le chef suprême iranien. Mais le président n’a pas été vu récemment avec Moslehi, qui n’était pas présent lors de ce conseil-là et qui est parti mercredi quand Mahmoud Ahmadinejad est arrivé.

Plusieurs sites d’informations citent Morteza Agha Tehrani, un parlementaire conservateur proche d’Ahmadinejad, selon qui Khamenei a lancé un ultimatum au président, lui demandant de démissionner ou de reconnaître Moslehi comme le chef du renseignement. Le site de la présidence a démenti samedi l’existence d’un tel ultimatum. Le ministre est d’ailleurs apparu cette semaine au côté de Khamenei lors d’une cérémonie religieuse présidée par le guide suprême, alors qu’Ahmadinejad ne figure sur aucune des photos diffusées par le bureau de l’ayatollah.

Dans le même temps, près de 25 personnes fidèles à Ahmadinejad et Mashaie ont été interpellées ces derniers jours et plusieurs sites internet les soutenant ont été bloqués.

Parmi les personnalités arrêtées figure Abbas Amirifar, l’imam du palais présidentiel, et Parivash Sotuti, la veuve de l’ancien ministre des Affaires étrangères Hossein Fatemi aux vues plus réformatrices. Hossein Nowbakhti, un allié proche de Mashaie, est en fuite, selon des sites d’information iraniens.

Amirifar a suscité l’indignation en déclarant dans une récente interview qu’il pensait que Mashaie serait le prochain président iranien. Il a été arrêté pour son rôle présumé dans la production d’un film controversé en Iran, « L’avènement est proche », qui dépeint Khamenei et Ahmadinejad comme deux proches compagnons du Mahdi, l’imam caché, figure messianique dont les chiites attendent le retour avant le Jugement dernier. Le film a été condamné par les oulémas de Qom, centre théologique du pays, qui rappellent que personne ne peut prétendre savoir quand le Madhi reviendra.

Dans une vidéo diffusée cette semaine sur plusieurs sites d’informations iraniens, Mashaie se présente comme un « soldat du guide suprême », mais promet pourtant de ne pas céder de terrain. « On ne me fera pas reculer, à moins de passer sur mon corps », prévient-il. « Je ne suis pas un homme qui a le coeur qui flanche. Mais croyez-moi, certains vont avoir une crise cardiaque à cause de moi. Vous verrez ça plus tard ». AP

 

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