IranNucléaireUn tournant radical

Un tournant radical

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Le Monde, 2 février – Jacques Chirac va encore, avec ses commentaires estimant qu’il n’est « pas tellement dangereux (que l’Iran ait) une bombe nucléaire, et peut-être une deuxième un peu plus tard », dérouter les partenaires de la France sur la scène internationale. « Le danger n’est pas dans la bombe qu’il va avoir, et qui ne lui servira à rien, a estimé le chef de l’Etat. Il va l’envoyer où, cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée. »

Le propos, outre qu’il contredit la ligne officielle de la diplomatie française, incite à poser diverses questions. La première est de savoir si, lorsqu’il évoque « la bombe qu’il va avoir », il ne fait plus aucun doute dans l’esprit de M. Chirac que l’Iran, d’une part, ment en affirmant ambitionner un programme nucléaire civil et non militaire, et, d’autre part, a la capacité de produire prochainement cette bombe. D’autres viennent à l’esprit : M. Chirac croit-il que Téhéran irait jusqu’à tirer un missile nucléaire contre Israël ? Et quel pays pourrait « raser » Téhéran en quelques secondes ?

Au-delà de ces questions concrètes, force est de constater le virage diplomatique opéré par le président français. En 2003, Paris avait pris la tête d’un effort visant à régler le dossier nucléaire iranien par la diplomatie. M. Chirac se montrait alors d’une fermeté absolue. Après trois années de discussions au cours desquelles Téhéran ne fit aucun geste d’ouverture sur son programme nucléaire et multiplia les menaces à l’encontre d’Israël, la communauté internationale se mit d’accord, le 23 décembre 2006, sur un programme de sanctions. Or c’est précisément ce moment – alors qu’une seconde phase de sanctions pourrait être examinée fin février à l’ONU si Téhéran ne stoppe pas son programme d’enrichissement d’uranium – que M. Chirac choisit pour donner l’impression qu’il change de politique.

Le premier signal fut l’après-guerre du Liban. Afin de résoudre, d’une part, la crise interlibanaise et de protéger, d’autre part, les soldats français de la Finul présents au Liban sud, M. Chirac avait estimé, comme Le Monde l’a révélé dans une enquête publiée le 17 janvier, qu’il devait davantage intégrer les Iraniens dans le jeu régional. Des discussions ont lieu depuis l’été 2006. Un voyage de Philippe Douste-Blazy à Téhéran a été envisagé en janvier, puis l’envoi d’un autre émissaire français a été programmé, avant d’être annulé suite à des réactions perplexes, voire franchement hostiles, de divers partenaires de la France.

Ce second signal – l’idée que l’Iran va posséder l’arme nucléaire et que ce ne sera pas un danger immédiat – est un tournant plus radical encore, et qui intervient au mauvais moment. Lorsque la communauté internationale va se réunir à New York et de nouveau menacer l’Iran, on se demande quelle crédibilité la position de la France aura encore.

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