IranNucléaireRapprochement prudent entre la Russie et l'Iran

Rapprochement prudent entre la Russie et l’Iran

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Le Figaro, 17 octobre – Par Delphine Minoui – Téhéran et Moscou ont fait cause commune, hier, pour critiquer toute ingérence extérieure dans les affaires de la mer Caspienne.

C’est un grand soulagement pour Téhéran. La visite historique de Vladimir Poutine – la première d’un chef d’État russe depuis 1943 -, a permis hier aux Iraniens de s’assurer le soutien des Russes et de leurs voisins contre toute ingérence extérieure dans la mer Caspienne. À l’heure des rumeurs de plan américain d’attaque, et de l’utilisation possible par Washington de l’Azerbaïdjan comme base d’une éventuelle action contre l’Iran, la République islamique ne pouvait pas rêver mieux.

Dans leur déclaration finale, les cinq pays limitrophes de ce plan d’eau stratégique (Iran, Russie et anciennes Républiques soviétiques du Kazakhstan, d’Azerbaïdjan et du Turkménistan) ont ainsi prévenu que « sous aucune circonstance » ils ne laisseront d’autres nations « utiliser leur territoire pour lancer une agression ou toute autre action militaire » contre un pays de la région. « Menacer quelqu’un, dans le cas du peuple iranien et de son gouvernement, ne mène nulle part », avait prévenu, la veille, Vladimir Poutine, en insistant sur le fait qu’un dialogue pacifique est la seule façon de gérer le contentieux nucléaire qui oppose Téhéran à l’ONU.

LA CENTRALE DE BOUCHEHR

Ce sommet de la mer Caspienne a aussi été l’occasion de lancer un autre avertissement, à peine voilé, à Washington, face à ses efforts déployés pour acheminer des hydrocarbures d’Asie centrale et de Caspienne en contournant la Russie. « Les projets qui pourraient infliger de graves dommages environnementaux à la région ne peuvent être mis en oeuvre avant une discussion préalable avec l’ensemble des cinq pays de la Caspienne », a prévenu Vladimir Poutine.

Autre bonne nouvelle pour Téhéran : un soutien unanime lui a été assuré sur le dossier controversé du programme nucléaire iranien. « Tout pays signataire du traité de non-prolifération (TNP) peut mener des recherches et utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques sans discrimination », ont souligné les cinq pays.

Vladimir Poutine, qui a profité de sa visite pour s’entretenir avec son homologue iranien, Mahmoud Ahmadinejad, et avec le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, se serait également engagé à ce que la centrale nucléaire de Bouchehr, dont la construction, supervisée par des ingénieurs russes, ne cesse d’être retardée, soit finalisée « selon le calendrier prévu », selon les mots employés par les agences russes. L’agence iranienne Irna croit savoir pour sa part que « la Russie s’engage(ait) à finir la centrale de Bouchehr et fournir le combustible ».

Moscou, partagé entre ses intérêts commerciaux et les pressions américaines, joue, à ce propos, la carte de l’ambivalence. À plusieurs reprises, les Russes ont avancé des retards de paiement iraniens. Ils ignorent également les demandes iraniennes de livraison de combustible pour la centrale, arguant qu’elles ne seront effectuées que six mois après la mise en service de la centrale.

Cette visite aura au moins eu un avantage : celui de rompre l’isolement de l’Iran, à l’heure des pressions internationales. « C’est une occasion rêvée pour Ahmadinejad et l’équipe pronucléaire de prétendre que cette visite inédite permet à Téhéran de s’imposer comme un important acteur régional », note Meir Javedanfar, un expert iranien basé en Israël, et coauteur du livre Le Sphinx nucléaire de Téhéran.

À l’issue de sa visite à Téhéran, Vladimir Poutine a convié son homologue iranien à Moscou, « à la date qui lui conviendra », selon le communiqué cité par des agences russes, qui ajoute que cette offre a été acceptée « avec reconnaissance ».

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