IranNucléaireL'administration Bush change de stratégie sur l'Iran

L’administration Bush change de stratégie sur l’Iran

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De fait, les Etats-Unis ont rompu avec la stratégie qui consistait à bannir tout contact significatif, tant que l’Iran refuse de suspendre son programme d’enrichissement d’uranium, soupçonné de servir à la mise au point d’une arme nucléaire. Le numéro trois du département d’Etat, William Burns, se rendra, samedi 19 juillet, à Genève pour participer à une rencontre en présence du négociateur iranien en charge du dossier nucléaire, Saïd Jalili. M. Burns, qui a été l’artisan du rapprochement avec la Libye, sera là pour "écouter, pas pour négocier", a précisé Washington.

Mais "c’est un geste symbolique très important", estime Abbas Milani, directeur des études iraniennes à l’université de Stanford. Les Etats-Unis entendent prouver ainsi qu’ils privilégient la voie diplomatique et soutiennent les négociations menées par les cinq autres puissances en pointe sur ce dossier (France, Royaume-Uni, Allemagne, Chine, Russie), également présentes à Genève. La rencontre vise à éclaircir la réponse faite par l’Iran à une nouvelle offre de coopération sur le nucléaire civil, présentée en juin par ces pays, en échange de l’arrêt des activités nucléaires iraniennes.

Jusqu’ici, pour faire plier Téhéran, a manqué sur la table de négociation la garantie que les Etats-Unis ne tenteraient pas de renverser le régime et se tenaient prêts à normaliser leurs relations avec l’Iran. Mais, là encore, la donne pourrait changer. Selon le Guardian, l’administration Bush s’apprête à annoncer l’ouverture d’un bureau des intérêts américains en Iran, un premier pas vers le rétablissement de relations diplomatiques. Des diplomates américains seraient en poste dans le pays pour la première fois depuis 1979 et la prise en otages, pendant 444 jours, de 52 Américains dans l’ambassade du pays à Téhéran.

A moins de six mois de la fin de son mandat, le président Bush cherche-t-il à obtenir par le dialogue les succès diplomatiques qui lui font tant défaut ? "Si c’était le cas, ce serait déshonorant", affirme John Bolton, qui dénonce "l’écroulement intellectuel" d’une administration qu’il a aussi servie comme responsable de la non-prolifération au département d’Etat. Selon lui, cette inflexion multilatérale "reflète la position dominante de Condoleezza Rice", la secrétaire d’Etat américaine, qui, bien qu’étant, dit-il, un "canal de l’opinion des Européens", serait "la seule voix que le président écoute". La décision "affligeante" d’envoyer M. Burns à Genève donne à l’Iran, selon l’ancien ambassadeur, "une couverture et leur permet de continuer à travailler sur leur programme nucléaire".

Le vice-président du Council on Foreign Relations, Gary Samore, estime, lui, que la reprise de contact à haut niveau est "une décision intelligente" pour les Etats-Unis, qui ne voulaient pas que "leur absence permette à l’Iran de blâmer Washington pour l’échec des négociations". Selon M. Samore, "l’adoucissement" de l’administration Bush a commencé dès son second mandat, sur les cendres du bourbier irakien. "Les Etats-Unis ont compris qu’ils ne pourraient pas affronter les autres défis de politique étrangère par l’intimidation, la coercition et l’usage de la force", explique le chercheur.

L’envoi à Genève de M. Burns, auteur en 2002 d’une note prémonitoire sur les risques d’une invasion de l’Irak, ne serait, selon Gary Samore, que "l’extension" naturelle d’un engagement croissant ces dernières années auprès des Européens, qui jugeaient, selon lui, "stupide" que Washington boycotte les réunions avec de hauts responsables iraniens. Plus qu’un legs à l’histoire, George Bush cherche, selon M. Samore, à laisser à son successeur "une maison en bon ordre" diplomatique, en élaborant le cadre de négociations qui ont peu de chances d’aboutir avant la fin de son mandat.

Les négociateurs européens veulent croire à la sincérité de l’initiative américaine, justifiée par la perception que le régime iranien, divisé et usé par les sanctions, serait prêt à un accord. "Pour nous, c’est très bon signe", explique Eric Chevallier, porte-parole du Quai d’Orsay. "La présence de M. Burns donne plus de poids à nos positions communes", poursuit-il. Mais l’expert iranien, Abbas Milani, s’interroge : "Est-ce un vrai virage, ou une tentative d’épuiser la voie diplomatique avant une attaque ?" Depuis des mois, les rumeurs abondent, qui évoquent un bombardement par Israël des installations nucléaires iraniennes, avant le départ de George Bush.

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