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Irak, démocratie en ruine: Ahmed Chalabi au service de Téhéran

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Asharq al-Awsat (quotidien de langue arabe): Par Struan Stevenson* – La campagne électorale irakienne a commencé sur fond de coups tordus, d’assassinats, de corruption, de chantage et d’intimidation. Alors que des hommes politiques tout sourire resplendissaient sur des dizaines d’affiches fraîchement collées dans Bagdad et d’autres grandes villes, ce qui aurait dû être une raison de se réjouir, les Irakiens inaugurant une ère nouvelle de liberté et de démocratie, a en fait sombré dans la violence et l’anarchie. Des élections libres et équitables en Irak le 7 mars sont une illusion.

ImageAu lieu de chercher le soutien des électeurs ordinaires pour leurs partis ou leur politique, l’élite dirigeante de l’Irak semble déterminée à détruire plutôt qu’à vaincre ses adversaires. Alors que l’Occident devrait faire preuve d’un peu de patience avec un pays qui redécouvre la démocratie, après 50 ans de dictature, la situation actuelle est odieuse et a jeté une ombre sur la légitimité du processus électoral dans son ensemble.

Les politiciens des deux côtés de l’Atlantique se sont alarmés lorsque le comité hybride justice et responsabilité à Bagdad a annoncé au début du mois de janvier qu’il avait décidé de radier 511 laïcs et éminents politiciens de la candidature au scrutin. La raison invoquée était que le comité avait de nouvelles preuves que les 511 étaient des criminels ou avaient été associés par le passé au parti Baas interdit de Saddam Hussein. Aucune preuve n’a été produite.

Le Comité Justice et responsabilité est dirigé par Ahmed Chalabi et un de ses proches, Ali al-Lami. Ils entretiennent tous deux depuis longtemps des liens étroits avec Téhéran et sont tous deux candidats aux élections du 7 mars. Tous deux ont également un passé peu recommandables. Chalabi a été reconnu coupable de grave fraude bancaire et condamné à 22 ans de prison par contumace dans la Jordanie voisine, tandis qu’Al-Lami a été emprisonné pendant un an par les Américains, qui l’accusaient d’être impliqué dans l’insurrection chiite financée par l’Iran après leur occupation de l’Irak. Il a été libéré de prison dans le cadre d’un accord sur la libération d’otages, après quoi il est immédiatement retourné au parlement irakien où il a repris son rôle de « général de la chasse aux sorcières ». C’est donc sans surprise que les 511 personnes exclues du processus électoral étaient pour la plupart des opposants farouches à l’ingérence iranienne en Irak et d’ardents rivaux politiques de Chalabi et d’Al-Lami.

L’une des figures clés de la liste noire est l’éminent dirigeant politique sunnite et laïc, le Dr Saleh al-Mutlak, député depuis quatre ans. Il a été autorisé par deux fois auparavant à se présenter aux élections et a participé à la rédaction de la nouvelle Constitution irakienne. Il a été un partenaire de premier plan d’une alliance multipartite dirigée par Iyad Allawi, candidat laïc et pro-occidental au poste de prochain Premier ministre irakien. Mais le Dr al-Mutlak est un critique permanent de l’Iran et l’on pense largement que son exclusion et celle des autres par Chalabi et al-Lami, se sont faites à la demande directe de Téhéran.

Il ne fait aucun doute que le régime iranien utilise toute sa puissance et son influence en Irak pour disqualifier du processus électoral tous ceux qu’il considère comme un adversaire. S’adressant aux États-Unis dans son discours du 11 février, pour l’anniversaire de la révolution iranienne, le président iranien Ahmadinejad a déclaré : «Le gouvernement et le peuple irakiens subissent de fortes pressions pour ramener le parti Baas au pouvoir (…) Pourquoi voulez-vous imposer les baasistes au peuple opprimé d’Irak (…) Si Dieu le veut, vous ne réussirez pas. »

Ainsi, la débaasification n’est qu’une excuse. C’est pourquoi la disqualification des candidats ne se limite pas seulement aux sunnites, mais comporte aussi quelques éminents patriotes chiites qui sont membres de la coalition politique Ahrar dirigée par Ayad Jamal al-Dine, un dignitaire religieux chiite irakien de premier plan et un penseur. M. Jamal al-Dine et des membres de sa liste électorale soulignent que le problème le plus important aujourd’hui en Irak est l’ingérence du régime iranien dans ce pays. 

L’éventuel impact déstabilisateur sur le processus électoral était tellement préoccupant que le Vice-président américain Joe Biden s’est rendu à Bagdad fin janvier pour tenter de résoudre cette question potentiellement explosive. À l’époque, ses efforts, en collaboration avec les représentations vigoureuses du Parlement européen, semblaient avoir porté leurs fruits. La Cour d’appel irakienne a annoncé avoir annulé l’interdiction imposée par le Comité justice et responsabilité et que l’ensemble des 511 candidats pouvaient désormais se présenter aux élections.

Cette décision a rendu furieux les mollahs de Téhéran et leurs alliés à Bagdad. L’encre de l’arrêt de la Cour d’appel avait à peine séché que les principaux collaborateurs du Premier ministre irakien annonçait qu’il était «illégal et anticonstitutionnel» et que le gouvernement avait décidé de récuser ses propres juges.

Ainsi se poursuit la chute dans l’anarchie. Attentats et crimes sont devenus familiers dans le paysage électoral. Pour cette semaine, seulement, un candidat du parti d’Iyad Allawi’s, Suha Abdul Jarallah, 36 ans, a été abattu dans une rue de Mossoul, dans le sud du pays.

Après avoir éliminé tous les opposants politiques, les dirigeants actuels semblent prêts à former un gouvernement à dominante chiite pro-iraniens après les élections du 7 mars, ouvrant la voie au consentement final de Bagdad à la volonté de Téhéran.

Ce n’est certainement pas dans l’intérêt des autres pays du Golfe que cela se produise ou de voir le régime fasciste des mollahs en Iran émerger comme la puissance dominante de la région. Mais alors que l’Occident continue de déverser l’argent de ses contribuables en Irak pour aider à la tâche énorme de la reconstruction, les bases fragiles de la démocratie sont déjà en ruine et annoncent un avenir sombre.

*Par Struan Stevenson, eurodéputé, président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak

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