OpinionPresse internationaleLe Parlement européen préfère plaire aux dictateurs de l'Iran

Le Parlement européen préfère plaire aux dictateurs de l’Iran

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Wall Street Journal (online): Par Emanuele Ottolenghi* – Le 1er juin, le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki entrera dans la salle majestueuse du Parlement européen pour se présenter devant la commission des relations étrangères. Quand il arrivera, qu’est-ce qui pourrait être plus approprié pour le Parlement que de lui souhaiter la bienvenue avec une portrait géant de Neda Soltan – la jeune protestataire tuée par balle par un milicien du gouvernement iranien alors qu’elle manifestait pacifiquement contre les élections truquées de l’Iran en juin 2009 ?

Le Parlement européen n’est pas connu pour son audace, mais il compte des membres audacieux. L’un d’eux est Fiorello Provera, un législateur italien qui en décembre dernier a appelé ses collègues à accrocher la photo de Neda à l’entrée du Parlement, Place du Luxembourg à Bruxelles, aux côtés du portrait de la dissidente birmane Aung Sang Suu Kyi.

M. Provera a rapidement réuni assez de soutiens auprès des autres membres pour soumettre sa proposition à la présidence du Parlement.

Mais l’institution, toujours si soucieuse quand elle accueille des bourreaux iraniens au nom du dialogue, a repoussé la suggestion de M. Provera pendant cinq mois avant de la rejeter. Les parlementaires seront heureux d’accueillir M. Mottaki, qui parle au nom des assassins de Neda Soltan et partage la responsabilité de sa mort. Mais un petit geste purement symbolique honorant la plus célèbre des combattantes de la liberté en Iran semble de trop pour le groupe.

Le rejet officiel est d’autant plus étrange, qu’il vient, signé personnellement, du président du Parlement Jerzy Buzek de Pologne, ancien dissident de l’époque communiste. M. Buzek devrait savoir le prix que la liberté exige des dissidents, s’étant lui-même trouvé en première ligne contre le totalitarisme soviétique. Il sait que même le plus petit signe de tête peut offrir du réconfort à ceux qui se tiennent seuls contre un régime féroce et oppresseur ; il sait que la complaisance ne gagne jamais les tyrans à la cause de la liberté, ni même ne tempère leur cruauté. Pourtant, l’institution qu’il préside va dérouler le tapis rouge pour les dignitaires de l’Iran, sans oser déployer une affiche pour leurs victimes.

M. Buzek craint, a-t-il dit à M. Provera dans une lettre, que cette action pour Neda ne nuise à sa famille. M. Buzek continue de prôner la prudence, étant donné la « brutalité du régime », et cite des informations avertissant que la famille Soltan « est déjà sous la pression des autorités » et « pourrait ne pas souhaiter que son portrait soit utilisé comme vous le suggérez en l’exposant à des risques de représailles ».

Il est vrai que le régime est brutal, alors pourquoi inviter son porte-parole plutôt que de s’opposer à ses dirigeants ? M. Buzek a également raison de dire que Téhéran a tenté de faire taire ceux qui aimaient Neda. Il semble donc raisonnable d’interroger sa famille avant d’aller de l’avant avec la proposition de M. Provera. Bien entendu, si M. Buzek avait pris la peine de faire tout cela, il aurait constaté que non seulement elle ne s’opposait pas à de telles initiatives, mais qu’elle s’en réjouissait.

Contrairement à M. Buzek, le bureau de M. Provera a contacté la famille de Neda Soltan par des intermédiaires. La réponse est arrivée presque aussitôt : «Nous en serions fiers », a dit son père. Il n’y avait aucune hésitation, ni crainte des conséquences, bien que le prix de son défi pourrait être beaucoup plus élevé que celui que le Parlement pourrait brièvement payer en gênant le ministre iranien des Affaires étrangères.

Là encore, la famille Soltan réside à Téhéran, à la merci des assassins de Neda, pas sur le terrain beaucoup plus perfide de la Place du Luxembourg. Dieu merci, quelqu’un a fait le calcul moral pour eux, quelqu’un qui ne sait pas ce que cela signifie de perdre une fille et de voir le monde l’oublier.

La mort de Neda Soltan a obligé les étrangers à comprendre la nature tyrannique du régime iranien. Elle a forcé les dirigeants du monde à reconsidérer leurs confortables relations économiques avec Téhéran, et les a incités à considérer que leur meilleur pari pour la sécurité pourrait ne pas être un accord nucléaire avec Khamenei & Co, mais plutôt une victoire pour leurs rivaux démocrates. Pourtant, le Parlement européen, seule institution paneuropéenne véritablement démocratique, serait de ne pas froisser la dictature plutôt que de commettre cet acte des plus insignifiants au nom de Neda Soltan.

Comme l’a dit la mère de Neda dans le magazine en persan Rooz Online, le «martyre de Neda est le symbole de la liberté ». La famille Soltan serait honorée si le Parlement européen choisissait de se souvenir d’elle publiquement. Mais le véritable honneur reviendrait au Parlement européen. Espérons qu’il y réfléchisse.
 
* M. Ottolenghi est un membre éminent de la Fondation pour la défense des démocraties et l’auteur de « Sous un champignon atomique : l’Europe, l’Iran et la Bombe » (profil Livres, 2009).

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