La crise des coupures d’Internet en Iran est entrée dans une nouvelle phase. Soixante-dix-sept jours de coupures, de perturbations généralisées, d’une chute brutale de la qualité d’accès et de la mise en œuvre de politiques restrictives sont désormais devenus l’une des principales sources de mécontentement public. Alors même que les pressions économiques et sociales s’intensifient, de nombreux utilisateurs, chefs d’entreprise et militants des médias estiment que le régime tente d’exercer un contrôle accru sur la sphère publique en poursuivant sa politique de coupures d’Internet.
🌍 #Iran's digital isolation is now entering its 77th day as the internet blackout passes 1824 hours. The measure presents an emerging mental health risk to the public, who are largely cut off from online platforms, communications, and normal interaction with the outside world. pic.twitter.com/MvRxvTRlY6
— NetBlocks (@netblocks) May 15, 2026
À cet égard, Qader Bastani Tabrizi, professeur de communication et membre du conseil d’administration de l’Association professionnelle des journalistes, a mis en garde contre les conséquences généralisées des coupures d’Internet lors d’un entretien accordé à l’agence de presse ILNA — affiliée au gouvernement — le 13 mai 2026. ILNA est un média iranien axé sur les questions sociales et syndicales, généralement considéré comme proche des institutions étatiques. Il a souligné que « les données disponibles et l’expérience quotidienne de la population démontrent que l’état d’Internet au cours des derniers mois a suscité une vague de colère et de mécontentement social ».
M. Bastani Tabrizi a déclaré : « Bien qu’il soit conscient des conséquences de cette crise, le gouvernement maintient sa politique de blocage de l’accès. Ignorer l’opinion publique témoigne soit d’un mépris total envers la société, soit d’une incapacité à prendre des décisions. »
Coupures d’Internet et promesses gouvernementales non tenues
M. Bastani Tabrizi a ensuite évoqué les promesses électorales du gouvernement du président du régime iranien, Masoud Pezeshkian. Il a affirmé que, « malgré les slogans brandis précédemment, le gouvernement n’a apporté aucun changement réel à la situation de l’accès à Internet ». Il a ajouté que la simple expression de mécontentement de la part des responsables ne résolvait en rien le problème. « Si le gouvernement ne dispose pas de l’autorité décisionnelle nécessaire, il devrait le déclarer clairement, afin que le public sache quelle institution est réellement responsable de la politique de coupures d’Internet. »
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Il a également fait référence au maintien des restrictions après l’instauration d’un cessez-le-feu, déclarant : « La population n’accepte pas que l’accès à Internet soit coupé pendant des semaines sans aucune explication claire. Au cours de cette période, de nombreuses entreprises en ligne ont été anéanties et les moyens de subsistance des citoyens ont subi des dommages considérables. »
Parallèlement, la mise en œuvre d’une politique d’Internet à plusieurs niveaux — offrant un accès privilégié à des groupes sélectionnés, à des tarifs plusieurs fois supérieurs au prix standard — a suscité une colère généralisée parmi les utilisateurs. Bastani Tabrizi a qualifié cette politique de contraire à l’équité médiatique, affirmant que le gouvernement a choisi la voie de la discrimination numérique au lieu d’élargir l’accès libre.
Crise de la responsabilité et méfiance croissante
Ce membre du conseil d’administration du Syndicat des journalistes a déclaré que l’ambiguïté entourant les droits numériques constituait l’une des causes profondes de cette crise. Il a souligné qu’aucune institution spécifique n’assumait la responsabilité des coupures d’Internet, ce qui a exacerbé la méfiance du public.
Bastani Tabrizi a insisté sur le fait que la structure décisionnelle relative à Internet est contrôlée par un groupe restreint qui ne tient aucun compte des revendications de la population. Selon lui, dans cette optique, Internet n’est pas perçu comme une infrastructure de développement, mais plutôt comme une menace permanente. Il a également pointé du doigt l’incapacité des médias officiels à refléter la diversité sociale. Il a affirmé que les médias d’État continuent de fonctionner de manière monolithique, creusant ainsi le fossé entre la société et les structures officielles.
En réponse à la question de savoir si Internet est la cause des troubles, il a déclaré que les racines des crises sociales résidaient dans l’économie, le chômage, l’inflation et les difficultés liées aux moyens de subsistance. « Internet n’est qu’un reflet de ces crises ; il est impossible de dissimuler les réalités sociales en coupant l’accès au réseau. »
La crise des coupures d’Internet est désormais devenue le symbole d’une crise plus profonde au sein de la structure dirigeante du régime clérical en Iran. Un gouvernement qui craint la contestation, la prise de conscience et la libre circulation de l’information tente de contenir une société mécontente en bloquant et en contrôlant l’espace en ligne. Toutefois, l’expérience des années passées a démontré que les politiques de coupure d’Internet n’ont engendré ni stabilité ni sécurité durable. Cette politique n’a fait qu’attiser la colère publique, la méfiance sociale et le fossé entre le peuple et le gouvernement.

