Une coalition de plus de 300 experts juridiques internationaux, anciens fonctionnaires des Nations Unies, lauréats du prix Nobel, juges et défenseurs des droits humains a publié une lettre ouverte appelant les Nations Unies à prendre des mesures immédiates face à ce qu’ils décrivent comme une forte escalade des exécutions et de la répression politique en Iran.
La lettre, datée du 18 mai 2026 et adressée au Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, alerte sur le recours croissant des autorités iraniennes à la peine capitale comme moyen de réprimer la dissidence. Parmi les signataires figurent plusieurs personnalités de renommée internationale, dont l’ancien président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Joachim Rücker, l’ancien président de la Cour pénale internationale, Sang-Hyun Song, l’ancien rapporteur spécial de l’ONU sur l’Iran, Javaid Rehman, et les lauréats du prix Nobel de la paix, Oleksandra Matviichuk et Jody Williams.
« Nous vous écrivons pour exprimer notre vive inquiétude face à l’utilisation croissante de la peine de mort en Iran comme instrument de répression politique », ont déclaré les signataires dans leur lettre.
Cet appel intervient dans un contexte de répression accrue qui, selon les signataires, s’est intensifiée depuis l’escalade des tensions régionales le 28 février 2026. D’après le document, les autorités iraniennes ont multiplié les arrestations, les exécutions et les restrictions des libertés civiles durant cette période de troubles.
La lettre allègue que le gouvernement iranien a lancé ce qu’il décrit comme une campagne coordonnée impliquant « des arrestations massives, des actes de torture et des exécutions d’État », tout en restreignant l’accès à Internet dans tout le pays afin de contenir la dissidence et de limiter la circulation de l’information.
Parallèlement, les signataires ont averti que le rythme des exécutions s’est considérablement accéléré.
« L’ampleur des exécutions a atteint des niveaux jamais vus depuis près de quarante ans », indique la lettre.
Plus de 300 experts juridiques, défenseurs des droits humains et lauréats du prix Nobel ont publié une lettre ouverte conjointe adressée à @antonioguterres & @volker_turk, tirant la sonnette d'alarme face à une escalade brutale des exécutions en Iran et mettant en garde contre un… https://t.co/ka4KNFyUhy
— Behzad Naziri (@BehzadNaziri) May 18, 2026
Le traitement réservé aux prisonniers politiques et aux détenus accusés de liens avec des groupes d’opposition suscite une inquiétude particulière. Le document mentionnait spécifiquement des individus liés à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK).
« Au moins huit prisonniers politiques ont été exécutés uniquement en raison de leur appartenance à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK), tandis qu’au moins onze autres risquent actuellement l’exécution pour des motifs similaires », écrivaient les signataires.
La lettre soulignait également le cas de manifestants qui auraient été condamnés à mort à l’issue de procédures judiciaires expéditives. Selon le document, certains détenus ont été exécutés pour des chefs d’accusation tels que « baghi » (« rébellion armée ») à la suite de ce que les signataires qualifiaient de procès sommaires.
L’appel attirait l’attention sur des déclarations attribuées à de hauts responsables judiciaires iraniens, citant les conclusions de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran. Selon les signataires, ces déclarations reflétaient un soutien officiel à des peines plus sévères contre les manifestants et les dissidents politiques.
« Le procureur général a déclaré que tous les manifestants s’étaient rendus coupables de moharebeh (« inimitié contre Dieu »), un crime capital, tandis que le chef du pouvoir judiciaire a enjoint aux juges de faire preuve d’une extrême sévérité dans les affaires liées aux manifestations », indique la lettre.
Le document fait également référence aux estimations de la Mission d’établissement des faits, selon lesquelles plus de 50 000 manifestants ont été arrêtés lors des récents troubles en Iran.
Au-delà de cette vague actuelle d’arrestations et d’exécutions, les signataires affirment que la situation reflète une impunité persistante au sein du système iranien. La lettre établit un lien entre les récents événements et les exécutions massives de prisonniers politiques de 1988, qui demeurent au cœur des préoccupations internationales en matière de droits humains en Iran.
« Cette vague d’exécutions est indissociable de la culture d’impunité qui caractérise l’Iran depuis longtemps et qui trouve ses racines dans le massacre de 1988 », conclut la lettre.
La comparaison avec les événements de la fin des années 1980 s’inscrivait dans un avertissement plus large : l’impunité dont jouissent les auteurs d’abus passés contribue au maintien de sanctions sévères contre les opposants politiques et les manifestants.
Les signataires ont exhorté les Nations Unies et les États membres à prendre des mesures concrètes pour mettre un terme à la répression actuelle. Ils ont notamment exigé la suspension immédiate des exécutions, la libération des prisonniers politiques, le rétablissement d’un accès libre à Internet et la mise en place de mécanismes internationaux de contrôle des violations présumées.
L’appel se concluait par une mise en garde adressée à la communauté internationale.
« Le silence face à ces atrocités ne fait que renforcer l’impunité », affirmait la lettre.
Cette intervention de personnalités internationales survient alors que les autorités judiciaires iraniennes continuent de réclamer une exécution plus rapide des peines dans les affaires liées à la sécurité. La lettre a été publiée après des mois marqués par des exécutions, des arrestations massives et des coupures d’Internet, dans le sillage des manifestations antigouvernementales qui ont secoué le pays.
Ces dernières années, les organisations internationales de défense des droits humains et les experts de l’ONU ont exprimé à maintes reprises leur vive inquiétude quant au recours à la peine de mort en Iran, notamment dans les cas de détenus politiques et de manifestants. Ce nouvel appel exerce une pression accrue sur les Nations Unies afin qu’elles se saisissent des allégations de répression systématique et envisagent la mise en place de mécanismes supplémentaires de surveillance et d’enquête sur la situation en Iran.
L’implication d’anciens responsables de l’ONU, de juges internationaux et de lauréats du prix Nobel a donné une visibilité internationale supplémentaire à cette question, tandis que la lettre elle-même témoigne de l’inquiétude croissante des défenseurs des droits humains quant à l’orientation de la politique de sécurité intérieure iranienne et à la réponse judiciaire apportée à la dissidence.
Face à la multiplication des appels à la reddition de comptes, cette lettre illustre la volonté de personnalités internationales de premier plan d’inscrire plus fermement la question des exécutions et de la répression politique en Iran à l’ordre du jour des Nations Unies et de la communauté internationale.

