Le site d’information public Khabar Fori a rapporté le 22 mai que le phénomène des « milliardaires pauvres » est devenu l’un des signes les plus récents de la crise économique en Iran. Selon les économistes, la hausse incontrôlée du prix des actifs, conjuguée à l’effondrement du pouvoir d’achat de la population, a engendré une société dans laquelle de nombreux citoyens semblent riches sur le papier, mais se révèlent, dans la pratique, incapables de subvenir à leurs besoins quotidiens.
Ces dernières années, l’inflation chronique et l’effondrement de la valeur de la monnaie nationale ont provoqué une multiplication par plusieurs fois des prix du logement, de l’automobile et des biens durables. Ces hausses de prix ont transformé des millions de personnes en propriétaires d’actifs valant des milliards de rials. Néanmoins, une grande partie de ces mêmes individus se retrouvent confrontés à des crises financières lorsqu’ils tentent de régler leurs dépenses courantes, les réparations de leur voiture, l’entretien de leur logement ou même l’achat de biens de première nécessité.
Les économistes qualifient cette situation de « montée des milliardaires pauvres », une expression qui reflète la contradiction flagrante de l’économie iranienne actuelle : une société où la valeur apparente des actifs a grimpé en flèche, tandis que la capacité réelle à vivre dignement s’est effondrée. Amir Hossein Khaleghi, économiste, a déclaré le 14 mai au média public Fararu : « Nous sommes aujourd’hui confrontés à un type de pauvreté qui ne peut être mesuré uniquement par des indicateurs de revenus ou de patrimoine. Un phénomène se dessine progressivement : l’émergence des milliardaires pauvres — des personnes qui semblent posséder une voiture ou un logement, mais qui n’ont pas les moyens d’en assurer l’entretien, les réparations et les frais courants. »
La flambée des prix de l’immobilier constitue l’un des facteurs déterminants de l’émergence de cette classe de « milliardaires pauvres ». Aujourd’hui, même un petit appartement à Téhéran vaut plusieurs dizaines de milliards de rials. Pourtant, bon nombre de propriétaires de ces logements disposent de revenus qui ne suffisent même pas à couvrir leurs dépenses courantes.
Une situation identique s’observe sur le marché automobile. Des véhicules qui, il y a quelques années encore, figuraient parmi les moins chers du marché affichent désormais des prix se chiffrant en milliards de rials. Or, les propriétaires de ces véhicules peinent à régler les frais d’assurance, les réparations ou même le remplacement des pièces d’usure.
La crise économique a également gagné le secteur de l’électroménager et des biens de consommation. De nombreuses familles n’ont plus les moyens de remplacer leurs appareils usagés. La réparation d’un réfrigérateur, d’un lave-linge ou d’un climatiseur est devenue une charge financière lourde pour une partie de la population. Selon les experts, le phénomène des « milliardaires pauvres » est le résultat direct d’une inflation structurelle et de politiques économiques défaillantes. Dans de telles conditions, l’augmentation de la valeur nominale des actifs, loin de générer de la prospérité, exerce au contraire une pression psychologique et économique accrue sur la population.
L’érosion de la classe moyenne sous la pression de la crise
Parallèlement à l’extension de la pauvreté, la classe moyenne iranienne subit une érosion rapide. Ce groupe social, qui jouait autrefois un rôle prépondérant dans la vie culturelle, sociale et économique du pays, consacre désormais une part importante de ses revenus à sa simple survie.
De nombreux enseignants, ingénieurs, employés de bureau, médecins et professionnels — considérés il y a encore quelques années comme appartenant à la classe moyenne — se retrouvent aujourd’hui écrasés par le coût du logement, de l’alimentation, des soins de santé et des transports. Le coût de la vie a augmenté si brutalement qu’une large frange de la société n’a plus les moyens de participer aux activités culturelles et sociales.
Les économistes alertent sur le fait que la destruction de la classe moyenne expose toute société à de profondes crises politiques et sociales. Cette classe joue habituellement un rôle d’équilibre et de force réformatrice ; toutefois, la pression économique l’a poussée à se rapprocher des classes populaires.
Parallèlement, de nombreux analystes évoquent l’émergence, en Iran, d’un état de « suspension sociale » : une situation, orchestrée par le régime, dans laquelle la population n’entretient plus aucun espoir quant à l’avenir et ne perçoit aucune perspective claire de changement.
L’impasse économique du régime
Les experts attribuent les racines de la crise actuelle à des décennies de corruption structurelle, de mauvaise gestion, de politiques inefficaces et de dépenses publiques excessives. L’inflation chronique, l’effondrement de la valeur de la monnaie nationale, les sanctions et les crises politiques ont poussé l’économie iranienne à un point tel que même les détenteurs d’actifs se sentent pauvres.
Outre ces problèmes, l’incertitude et les crises régionales ont également plongé l’économie dans une profonde récession. De nombreuses entreprises demeurent dans un état de totale incertitude, et la population a cessé d’effectuer tout achat non essentiel.
Il convient de souligner qu’une structure qui, depuis des décennies, dilapide les ressources du pays au profit de la corruption, de la répression et de projets politiques, a conduit la société à un stade où la simple possession d’actifs ne constitue plus une garantie de qualité de vie. Dans de telles conditions, des millions de citoyens luttent désormais pour préserver le strict minimum vital.

