Le 15 juin, le journal d’État *Shargh* a publié un rapport sur le travail des enfants intitulé « Une enfance au rythme du travail », mettant en lumière les conditions pénibles auxquelles sont confrontés les enfants travailleurs en Iran. Parallèlement, à l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, une conférence intitulée « Carton rouge au travail des enfants » s’est tenue à Téhéran. Contrairement à de nombreuses cérémonies officielles, cet événement a dressé un tableau sombre et alarmant de la situation des enfants travailleurs en Iran. Les statistiques et les interventions des experts présents lors de la conférence indiquent que le travail des enfants ne constitue pas seulement un problème social limité, mais l’une des manifestations les plus répandues de la pauvreté, des inégalités et de la défaillance des structures de soutien sous le régime iranien.
Selon les estimations présentées lors de la conférence, environ 2 millions d’enfants travaillent en Iran. Les intervenants eux-mêmes ont qualifié ce chiffre d’estimation prudente. L’absence de statistiques transparentes et fiables laisse planer l’incertitude sur l’ampleur réelle de la crise du travail des enfants. Si un rapport du Centre de statistiques d’Iran datant de 2017 estimait à environ 410 000 le nombre d’enfants âgés de 10 à 17 ans occupant un emploi, les militants sociaux soutiennent que ce chiffre ne représente qu’une infime partie de la réalité ; en effet, de nombreux enfants travailleurs — en particulier ceux dépourvus de papiers d’identité ou issus de l’immigration — ne figurent dans aucune statistique officielle.
Enfants travailleurs : la face cachée de la pauvreté structurelle
Les experts ont souligné que la question du travail des enfants ne se limite pas à quelques enfants travaillant dans la rue. Ce phénomène est la conséquence directe de la pauvreté généralisée des ménages, de la baisse du pouvoir d’achat, du chômage, des migrations et de l’effondrement progressif des systèmes de protection sociale.
Selon des études citées lors de la conférence, plus de 60 % des pères d’enfants travailleurs ont un emploi, mais leurs revenus sont insuffisants pour couvrir les besoins élémentaires de leur famille. Bon nombre de ces familles travaillent dans des secteurs informels ou peu rémunérateurs et se voient contraintes d’envoyer leurs enfants sur le marché du travail pour contribuer aux ressources du foyer.
L’une des statistiques les plus choquantes présentées lors de la conférence révélait que 38 % des enfants travailleurs avaient commencé une activité économique entre l’âge de cinq et sept ans — une période qui devrait être consacrée à l’éducation, au jeu et à un développement sain durant l’enfance.
La crise d’identité chez les enfants travailleurs
Un autre problème mis en évidence lors de la conférence a été l’absence de documents d’identité chez une grande partie des enfants qui travaillent. Selon les statistiques présentées, une proportion importante de ces enfants ne possède ni acte de naissance, ni carte d’identité nationale, ni titre de séjour. Cette situation limite non seulement leur accès à l’éducation, aux soins de santé et aux services de soutien social, mais les rend aussi, de fait, invisibles aux yeux du système officiel du pays : ce sont des enfants qui existent et travaillent, tout en restant absents de nombreuses statistiques et des débats politiques.
Les rapports indiquent également qu’une proportion significative d’enfants travailleurs sont des migrants. Toutefois, les experts ont souligné qu’en vertu des conventions internationales auxquelles le régime iranien est partie, l’accès aux droits fondamentaux de l’enfant ne devrait dépendre ni de la nationalité ni du statut migratoire.
De nombreuses lois, mais une application quasi inexistante
L’un des thèmes majeurs de la conférence a porté sur le fossé profond entre la législation existante et la réalité. Bien que l’Iran ait adopté, au cours des dernières décennies, des dizaines de lois, de réglementations et de documents d’orientation concernant le bien-être des enfants, la situation des enfants travailleurs continue de se dégrader.
Les experts estiment que le problème principal ne réside pas dans un manque de législation, mais plutôt dans l’absence de volonté politique et de mécanismes d’application efficaces. Diverses institutions — notamment l’Organisation nationale de protection sociale, le ministère du Travail, le ministère de l’Éducation, les municipalités et le ministère de l’Intérieur — partagent chacune une part de responsabilité ; pourtant, dans la pratique, l’obligation de rendre des comptes est faible et la responsabilité est constamment renvoyée d’une agence à l’autre.
La récupération de déchets par des enfants constitue une illustration frappante de cette situation. Bien que les lois en vigueur classent cette activité comme dangereuse et l’inscrivent parmi les pires formes de travail des enfants, des milliers d’entre eux continuent de travailler à la collecte et au tri des déchets, tandis que les profits générés par ce système profitent à des entrepreneurs et à des réseaux économiques affiliés.
Une part importante de la sensibilisation du public au travail des enfants résulte des efforts déployés par des organisations non gouvernementales. Toutefois, l’absence de stratégie nationale, le manque de financements dédiés et la pénurie de données transparentes ont entravé les efforts visant à résoudre efficacement cette crise.
Si les institutions officielles évoquent la mise en œuvre de divers programmes, aucun rapport transparent sur leurs résultats n’a été publié. Même les objectifs fixés dans les plans de développement pour réduire le nombre d’enfants travailleurs ne reposent sur aucune donnée de référence et ne peuvent faire l’objet d’une évaluation pertinente.

