Les responsables du régime iranien ont maintes fois tenté de laisser croire que le sort des flux énergétiques mondiaux dépendait de Téhéran. Toutefois, les données du marché pétrolier et le suivi des pétroliers dressent un tableau bien différent.
De nouvelles données fournies par Kpler indiquent que le trafic de pétroliers dans le détroit d’Ormuz demeure très faible. Mardi 25 août, seuls cinq navires-citernes ont emprunté cette voie maritime, alors que la moyenne sur dix jours s’établit à 15 navires.
Parallèlement, les principaux producteurs de la région ont trouvé d’autres moyens d’acheminer leur pétrole vers les marchés. Les transferts de cargaison de navire à navire en dehors du détroit d’Ormuz figurent parmi les solutions de rechange les plus importantes. Cette évolution soulève une question majeure quant à l’idée selon laquelle la route énergétique mondiale serait « verrouillée ».
Un haut responsable du régime iranien menace les pays de la région d’attaques militaires #IranWar https://t.co/W2RtpugPbK
— Iran Focus (@Iran_Focus) August 24, 2026
Les exportations pétrolières iraniennes sous de multiples pressions
Le principal problème de l’Iran ne se résume pas à la baisse du passage des pétroliers par Ormuz. Les sanctions, les restrictions maritimes, la hausse des coûts de transport et d’assurance, ainsi que les difficultés d’accès à la clientèle, exercent une pression simultanée sur les exportations pétrolières iraniennes.
Le 21 août, Reuters a rapporté une baisse significative de l’approvisionnement des acheteurs chinois en nouvelles cargaisons iraniennes. En août, les exportations de l’Iran vers la Chine étaient estimées à environ 534 000 barils par jour, alors que la moyenne s’élevait à environ 1,4 million de barils par jour en 2025.
Ce même rapport révèle qu’une grande quantité de pétrole iranien reste stockée en mer. Le volume de pétrole iranien stocké en mer est passé d’environ 105 millions de barils à près de 80 millions ; environ 30 millions de barils se trouvent dans les eaux asiatiques.
Une diminution des stocks flottants ne signifie pas nécessairement que les exportations sont en plein essor. Une partie du pétrole existant a peut-être déjà été réservée par des clients. Parallèlement, l’approvisionnement en nouvelles cargaisons iraniennes se heurte à des restrictions accrues.
Briser le monopole du détroit d’Ormuz
L’Arabie saoudite achemine désormais certaines de ses cargaisons via des transferts de navire à navire près de Fujaïrah (Émirats arabes unis) et au large des côtes d’Oman. Dans son dernier rapport, Reuters indique que Saudi Aramco a eu recours à cette méthode pour vendre ses cargaisons de septembre.
Deux superpétroliers ont également fait route vers la Chine après avoir reçu des cargaisons saoudiennes lors de transferts de navire à navire près d’Oman. Ces cargaisons totalisent environ quatre millions de barils de pétrole.
La Chine a également modifié ses itinéraires de transport afin de réduire les risques. Depuis fin juillet, les compagnies maritimes publiques chinoises ont cessé d’emprunter certaines routes à haut risque passant par le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb. Elles ont privilégié, à la place, les opérations de transfert de pétrole d’un navire à l’autre (STS) près de Fujaïrah et des ports omanais.
Les données de Kpler indiquent que le volume des transferts de navire à navire impliquant des pétroliers chinois et hongkongais dans le golfe d’Oman a dépassé les 600 000 barils par jour en juin et juillet. Ce chiffre était bien inférieur durant les premiers mois de l’année. Le Qatar a également adopté une démarche similaire : QatarEnergy a lancé son premier appel d’offres pour l’exportation de pétrole brut via des transferts de navire à navire en dehors du détroit d’Ormuz.
Ces évolutions démontrent que le marché de l’énergie n’a pas attendu la réouverture d’une voie unique pour agir ; entreprises et gouvernements ont mis en place des itinéraires alternatifs.
Le marché pétrolier a géré une partie des risques en modifiant les trajets, en recourant aux transferts de navire à navire et en déplaçant les points de chargement.
Cela ne signifie pas pour autant que la situation est revenue à la normale. Le trafic dans le détroit d’Ormuz reste bien en deçà des niveaux habituels. Selon les données de Kpler, l’agence Reuters a fait état d’une baisse du trafic d’environ 90 % par rapport à la période précédant la crise, pour la semaine s’achevant le 21 août. La question principale n’est donc pas de savoir si le détroit d’Ormuz est totalement ouvert ou fermé, mais plutôt de mesurer la capacité du marché à s’adapter à ces perturbations.
Le régime iranien a longtemps présenté le détroit d’Ormuz comme un atout géopolitique majeur. Toutefois, les données relatives au pétrole montrent aujourd’hui que d’autres producteurs ont mis au point de nouvelles méthodes pour réduire leur dépendance à l’égard de cette voie maritime.
Le détroit d’Ormuz demeure l’un des points de passage stratégiques les plus importants au monde pour l’énergie ; aucune donnée ne remet en cause cette importance stratégique. Cependant, l’importance géopolitique du détroit ne saurait être assimilée à la détention d’une « clé absolue » de l’économie énergétique mondiale.
Parallèlement, les exportations pétrolières de l’Iran sont confrontées à un double défi : Téhéran doit faire face à la fois aux restrictions imposées par les sanctions et à des difficultés logistiques et commerciales. En conséquence, ce même détroit, longtemps présenté par le régime comme un instrument de puissance, est désormais le théâtre d’une nouvelle forme de concurrence visant à contourner les restrictions. La réalité du marché pétrolier est bien éloignée de la propagande du régime. Si le détroit d’Ormuz demeure important, il ne peut plus être considéré comme la clé exclusive du contrôle des échanges énergétiques. Les concurrents régionaux ont mis en place des itinéraires alternatifs et les clients se sont adaptés à la nouvelle donne. À l’inverse, les exportations pétrolières de l’Iran pâtissent d’une offre réduite, de coûts plus élevés et d’une clientèle en diminution.
Ce qui reste donc pour le régime iranien est moins un levier économique absolu qu’un outil de propagande destiné à la consommation intérieure. Le marché, cependant, réagit avec des pétroliers, des contrats et des chiffres, et non avec de la propagande.

