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La chaîne de soins brisée dans la province la plus défavorisée d’Iran

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Ces derniers jours, le décès d’une adolescente a une fois de plus mis en lumière les lacunes du système de santé au Sistan-et-Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran ; les pénuries de lits d’hôpitaux, de médecins, d’ambulances, de médicaments et de sang dans les zones mal desservies retardent parfois les traitements et coûtent parfois la vie aux patients.

Le 17 août, Melika Hemmatzadeh, une adolescente de 13 ans originaire du village de Dasak, a été transportée à l’hôpital 22 Bahman de Nikshahr après avoir été piquée par un scorpion ; toutefois, en cours de route, ni médecin, ni ambulance, ni plaquettes, ni finalement de lit en soins intensifs n’étaient disponibles. Selon le père de Melika, le centre de santé du village était fermé faute de médecin, la ville de Bent ne disposait d’aucune ambulance et les plaquettes dont elle avait besoin n’étaient disponibles ni à l’hôpital de Nikshahr ni à Chabahar. Melika a fait une crise convulsive à 22 heures et est décédée peu après.

Saeed Baluchi, responsable du réseau de services médicaux et de santé de Nikshahr, a attribué ce décès à « un retard de plusieurs heures dans la recherche de soins médicaux », tout en confirmant qu’un pédiatre avait déterminé que Melika nécessitait des soins intensifs urgents ; elle n’a cependant pas pu être transférée en unité de soins intensifs faute de lit disponible, et les tentatives pour la transférer vers un établissement mieux équipé ont également échoué. Ces explications n’apportent aucune réponse à l’affirmation de la famille, selon laquelle elle a attendu des heures pour obtenir les plaquettes nécessaires.

Par ailleurs, selon M. Baluchi, depuis le 22 mars 2026, 2 771 cas de piqûres de scorpion et cinq décès consécutifs ont été recensés dans le district de Bent, les zones de Kuchink et d’Abgah ainsi que dans d’autres régions rurales ; des chiffres qui soulignent l’importance d’un accès rapide aux soins médicaux.

1 600 lits manquants ; pénurie de médecins et d’infirmiers
Dans le sud du Sistan-et-Baloutchistan, on ne compte qu’environ 350 lits opérationnels pour la population de six comtés, alors qu’un déficit de plus de 1 600 lits a été signalé. Parallèlement, la province affiche un taux de 6,5 médecins pour 10 000 habitants, tandis que la pénurie d’infirmiers est également qualifiée de critique ; Dans de nombreux districts, même des spécialités telles que l’obstétrique-gynécologie, la chirurgie pédiatrique et l’anesthésiologie font défaut. Ces pénuries surviennent alors que la province compte au moins 3 500 patients atteints de thalassémie, chacun nécessitant généralement deux unités de sang par mois.

Le Sistan-et-Baloutchistan est confronté à des pénuries de sang depuis des années ; compte tenu du nombre élevé de patients atteints de thalassémie, la baisse des stocks de sang les affecte directement. Il arrive qu’un patient se rende à l’hôpital pour une transfusion mais doive rentrer chez lui faute de sang disponible ; dans d’autres cas, un patient nécessitant deux unités n’en reçoit qu’une seule et doit attendre pour obtenir le reste.

80 millions de rials pour les médicaments mensuels
Pour les patients, toutefois, la crise ne s’arrête pas là. Les pénuries de médicaments s’inscrivent dans la même chaîne de problèmes. Le Desferal, un médicament utilisé pour la chélation du fer qui a fait son retour sur le marché après plusieurs mois d’absence, est actuellement vendu au prix de 80 millions de rials. Cette situation pénalise des patients qui n’ont même pas les moyens de financer le trajet entre leur village et la ville ; et même s’ils parviennent à se le procurer à ce prix, alors qu’un patient a besoin d’environ 120 doses par mois pour la chélation du fer, ce tarif ne leur permet d’en acheter que 80. Le coût élevé de médicaments tels que les compléments alimentaires, le calcium, les traitements cardiaques et les médicaments contre l’ostéoporose contraint également certains patients à interrompre leur traitement.

Cette province subit depuis des années des privations multiples et cumulées dans le domaine de la santé : pénuries de lits d’hôpitaux, de médecins spécialistes, d’infirmiers, d’équipements de diagnostic et médicaux, d’ambulances, de médicaments et de produits sanguins, le tout aggravé par un système d’orientation des patients défaillant.

Dans le sud de la province, les autorités sanitaires ont signalé en novembre 2025 un déficit de plus de 1 600 lits médicaux — pour environ 350 lits réellement disponibles —, mettant en évidence le décalage entre la capacité de soins existante et les besoins liés à la population et à l’étendue géographique de la région.

Une part importante des patients issus des zones rurales et frontalières est contrainte de se rendre dans de grandes villes pour recevoir des soins spécialisés ; dans ces conditions, l’orientation d’un patient ne constitue pas une simple étape routinière du parcours de soins, mais devient elle-même un obstacle.

Un bâtiment hospitalier, mais aucun service
La question n’est pas de savoir si un district dispose ou non d’un hôpital ; « La question est de savoir combien de lits compte cet hôpital, combien de médecins spécialistes y exercent, de quels équipements de diagnostic il dispose, et s’il possède un bloc opératoire, une unité de soins intensifs et des services d’urgence adaptés aux besoins de la population locale. »

La guerre s’abat sur des infrastructures vétustes

Le système de santé du Sistan-et-Baloutchistan était déjà confronté à de graves pénuries avant le conflit ; si la guerre récente ne peut être considérée comme l’origine de ces problèmes, elle a néanmoins exercé une pression accrue sur des infrastructures déjà vétustes et inefficaces.

Durant le conflit, le centre de soins d’urgence de Chabahar a figuré parmi les établissements médicaux endommagés, tandis que les perturbations affectant les transports, les transferts de patients ainsi que l’approvisionnement en médicaments et en sang ont alourdi la charge pesant sur le système de santé de la province. Les informations concernant l’hôpital Imam Ali de Chabahar étaient également contradictoires : les agences de presse étatiques IRNA et ISNA ont démenti tout dommage, alors que l’agence Fars a rapporté que l’établissement avait été touché par des éclats d’obus et avait subi des « dégâts mineurs ». Quelques jours plus tard, IRNA annonçait qu’une enveloppe de 40 milliards de tomans avait été allouée à la reconstruction de l’hôpital, tout en soulignant que le manque de lits demeurait l’un des problèmes majeurs dans le sud de la province.

Aucune statistique régulière ou transparente n’est publiée concernant les patients décédés en raison de retards de diagnostic ou de transfert, ou du manque d’établissements spécialisés ; les cas documentés se limitent essentiellement à ceux dont les médias ou les organisations de défense des droits humains ont eu connaissance.

Des rapports sur les droits humains ont également documenté les conséquences de ces retards, citant notamment le décès d’une jeune femme de 20 ans à Nikshahr : piquée par un scorpion, elle n’avait été transférée à l’hôpital qu’avec un retard d’environ 24 heures et est décédée après cinq jours d’hospitalisation. Un autre cas concerne un patient de Chabahar qui, après six jours en soins intensifs sans diagnostic définitif, a été transféré à Kerman avant de succomber à la propagation d’une infection.

Un patient sans carte d’identité est un patient sans accès aux soins
Les personnes dépourvues d’acte de naissance et de pièces d’identité se heurtent à des obstacles majeurs pour accéder aux services publics et aux soins de santé. Lorsqu’un patient se voit refuser un traitement pour des raisons liées à son identité, l’absence de documents devient un maillon de la chaîne d’exclusion sanitaire. Toutefois, l’absence de statistiques transparentes dans ce domaine rend difficile l’évaluation de l’ampleur réelle de cette privation.

Si les statistiques officielles d’une province peuvent afficher une augmentation des équipements médicaux et des services de santé, ces chiffres ne reflètent pas nécessairement la réalité vécue par un patient habitant un village isolé et nécessitant des soins urgents.

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