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Conférence internationale sur l’Irak : premier dialogue entre Washington, Damas et Téhéran à Bagdad

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Le Monde, 10 mars – Pour la première fois depuis quatre ans, des représentants des Etats-Unis, de la Syrie et de l’Iran participent, samedi 10 mars à Bagdad, à une conférence régionale sur l’Irak convoquée par le gouvernement irakien. Outre ses cinq voisins – la Syrie, l’Iran, la Turquie, la Jordanie et l’Arabie saoudite – Bagdad a invité l’Egypte, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, la Ligue arabe et l’Organisation de la conférence islamique (OCI).

La conférence se tient au niveau des vice-ministres ou des hauts fonctionnaires des ministères des affaires étrangères. Son objectif est officiellement d’apporter un « soutien au processus politique et aux efforts du gouvernement d’union nationale visant à instaurer la sécurité et la stabilité de manière à contribuer à l’entente nationale ».

Plus prosaïquement, Bagdad espère, selon le ministre des affaires étrangères, Hoshyar Zibari, que ce forum « permettra aux forces occidentales et régionales de tenter de surmonter certaines de leurs divergences à propos de l’Irak » et de « briser la glace » entre elles. Il aurait pu préciser que les principaux intéressés sont les trois forces extérieures qui ont fait de l’Irak l’un des théâtres d’affrontement de leurs intérêts contradictoires, à savoir : les Etats-Unis d’une part, la Syrie et l’Iran de l’autre.

A un niveau bilatéral, le gouvernement irakien a tenté, tantôt par la dénonciation, et tantôt par la conciliation, de faire entendre raison à Damas et à Téhéran. Il a maintes fois demandé au premier de verrouiller ses frontières pour empêcher l’entrée en Irak de djihadistes venus de tous les horizons, et au second de mettre fin à ses fournitures d’armes à certaines milices chiites. En vain, si l’on en croit les accusations qui continuent d’être lancées épisodiquement contre la Syrie et l’Iran par des dirigeants irakiens. Et ce, malgré les promesses faites ici et là de tout faire pour contribuer à la stabilisation et à la prospérité de l’Irak.

L’administration américaine, qui pendant trois ans a obstinément refusé de dialoguer avec Damas et Téhéran, a lâché du lest en deux temps. D’abord en acceptant de participer à la conférence tout en excluant toute rencontre bilatérale avec les représentants syriens et iraniens ; puis en concédant que de telles rencontres pourraient avoir lieu si nécessaire. Washington sera représenté par David Satterfield, conseiller pour l’Irak de Condoleezza Rice, la secrétaire d’Etat, et Zalmay Khalilzad, ambassadeur sortant en Irak.

Le président George Bush a justifié cette disponibilité inédite par sa volonté de « tester » les capacités de Damas et de Téhéran – tous deux accusés d’oeuvrer à la déstabilisation de l’ancienne Mésopotamie – de devenir des « forces constructives ». Si le résultat est concluant, une autre conférence du même type, mais au niveau ministériel, pourrait se tenir en avril, hors d’Irak.

L’Iran, qui sera représenté par le vice-ministre des affaires étrangères, Abbas Araqji, s’est dit mû par le souci d' »aider le gouvernement et le peuple irakiens » et d’instaurer une coopération régionale pour imposer la sécurité en Irak. Damas, qui n’avait pas encore révélé, vendredi, l’identité de son ou de ses délégués, a affirmé être déterminé à faire « tout son possible pour contribuer à la réconciliation nationale et défendre l’unité » de son voisin.

La conférence offre à chacun des protagonistes l’opportunité de mettre l’autre à l’épreuve. D’autres sujets de contentieux se profileront en filigrane des discussions sur l’Irak : le programme nucléaire iranien, doublé du risque d’une action militaire américaine contre la République islamique, les ingérences iraniennes et syriennes au Liban et le spectre de la discorde qui menace toute la région entre les adeptes des deux grandes familles de l’islam : les sunnites et les chiites.

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