Le 28 mai 2025, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, s’est présenté devant le ministre de l’Intérieur et les gouverneurs de province et a prononcé un discours si déconnecté de la réalité qu’il confinait au surréalisme. Alors que l’Iran traverse l’une des crises sociales, économiques et sécuritaires les plus graves depuis des décennies, Khamenei a brossé un tableau de calme, d’opportunités et de stabilité nationale. Ses propos n’étaient pas seulement trompeurs : ils constituaient une démonstration effrayante d’hypocrisie, d’aveuglement et de déni structurel, emblématiques des régimes en fin de déclin.
Selon ses propres termes : « Heureusement, le pays offre de nombreuses opportunités… Il n’y a pas de problème particulier dans l’opinion publique !» Il a poursuivi : « Nous ne sommes pas en guerre, nous n’avons pas de maladie, nous n’avons pas de problème de sécurité aigu, ni de conflits factionnels ou politiques, donc le climat général dans le pays est désormais favorable.» Ce n’est pas de l’optimisme. C’est une illusion.
Au même moment, l’Iran était aux prises avec une recrudescence des manifestations syndicales, des coupures d’électricité chroniques, une aggravation de la crise du pain et de l’eau, une inflation galopante et un effondrement sans précédent de la confiance du public. Les chauffeurs routiers, les boulangers, les ouvriers et les enseignants sont en grève dans tout le pays. Les provinces du sud et du centre s’assèchent. Les réseaux électriques sont en panne. La classe moyenne disparaît. Si telle est la conception de l’« opportunité » de Khamenei, elle ne l’est que pour l’élite corrompue, isolée des difficultés quotidiennes des Iraniens ordinaires.
Le récit de Khamenei – calculé et cynique – est une tentative de masquer une réalité brutale par la fiction. Il cherche à délégitimer la protestation, à nier la douleur et à discréditer les revendications de changement de la population. Mais les contradictions entre ses propos et la réalité du terrain sont impossibles à ignorer. Songez à l’explosion à Bandar Abbas ou aux manifestations de masse au Khouzistan et à Ispahan contre les pénuries d’eau et d’électricité. Bien que les médias d’État aient tenté d’étouffer ces événements, ils ont explosé sur les réseaux sociaux, amplifiant la voix d’une nation en crise.
Khamenei a ensuite conseillé aux responsables d’« aller au milieu du peuple, de participer à ses rassemblements, d’écouter ce qu’ils disent… d’être patients ». Ces platitudes creuses sont grotesques venant du chef d’un régime qui emprisonne, torture et tue des manifestants. Un gouvernement fondé sur une répression systématique ne peut se racheter par des gestes superficiels ou une fausse empathie. Les revendications du peuple ont dépassé le stade de l’« écoute ». Il veut la fin de la tyrannie. Il exige une véritable responsabilisation. Il veut du changement.
Son discours a atteint un niveau de contradiction inédit lorsqu’il a qualifié la corruption de « dragon à sept têtes », avertissant que la corruption des responsables est particulièrement néfaste en raison de leur position d’autorité. Pourtant, le peuple iranien sait exactement où se trouve la corruption : elle n’est pas au bas de l’échelle, mais bien ancrée tout en haut. Depuis plus de quatre décennies, ce régime a institutionnalisé la corruption : des détournements massifs de fonds bancaires et publics aux fraudes généralisées dans les fondations municipales et religieuses. Ce n’est pas une aberration. C’est le système.
L’insistance de Khamenei sur une « atmosphère favorable » dans le pays est une tentative désespérée de maintenir le contrôle d’une société qui lui échappe de plus en plus. L’Iran perd ses talents sous l’effet d’une vague de migration des élites et de fuite des capitaux. Le fossé générationnel entre les gouvernants et les gouvernés se creuse chaque jour davantage. Syndicats, professeurs, enseignants et travailleurs se sont unis dans un mouvement de résistance civile sans précédent. La seule atmosphère qu’ils ressentent est celle de l’étouffement.
Parler d’unité, de réforme ou de dialogue tout en s’accrochant à un pouvoir sans contrôle, c’est se moquer des souffrances d’une nation. Lorsque les gens sont privés non seulement de pain, d’eau et d’électricité, mais aussi de dignité elle-même, aucun discours mis en scène ni sourire forcé ne peut restaurer la légitimité.
Le régime de Khamenei n’est pas confronté à une crise, il est la crise.
Le message du peuple iranien n’est plus un appel à la réforme. C’est une exigence de fin. La fin de la répression, de la corruption, des mensonges – et du régime qui les a tous engendrés.

