En Iran, on disait couramment depuis des années que même si les gens n’avaient plus les moyens d’acheter de la viande, du poulet, des produits laitiers ou des fruits, le pain — aliment de base du panier alimentaire du pays — ne disparaîtrait jamais de leurs tables. Aujourd’hui, toutefois, cette certitude elle-même s’effondre.
Les rapports officiels du Centre de statistiques d’Iran montrent que l’inflation alimentaire de ces dernières années a contraint les ménages à réduire considérablement leur consommation de viande rouge, de produits laitiers, de fruits et même de riz. Selon ces données, la consommation de ces produits a chuté d’environ 50 % en moyenne ces dernières années, le pain devenant le principal substitut pour couvrir les besoins caloriques. (Journal public *Donya-ye Eqtesad*)
L’inflation en glissement annuel pour le pain et les céréales a atteint environ 81,8 % en juillet 2025, selon le Centre de statistiques d’Iran. Certains rapports indiquent que le prix du pain à Téhéran a augmenté jusqu’à 52 %.
L’inflation alimentaire globale a, à certaines périodes, dépassé les 100 %, atteignant même des taux compris entre 110 % et 134 % certains mois. Ces chiffres montrent que le pain — autrefois la source de calories la moins chère — pèse désormais directement sur les couches les plus pauvres de la société.
En revanche, le régime iranien attribue ces hausses de prix principalement à l’augmentation des coûts de production, à la hausse des salaires des boulangers et à l’augmentation des prix de l’énergie. Des responsables de l’Organisation du plan et du budget ont également souligné que le gouvernement n’a plus les moyens de subventionner intégralement le pain, la charge financière du programme ayant considérablement augmenté. Toutefois, de nombreux économistes soutiennent que le fait de répercuter ces coûts sur les consommateurs, alors que le pouvoir d’achat des ménages a fortement chuté, ne fera qu’aggraver la crise du coût de la vie dans le pays.
Causes structurelles et conséquences sociales. Les rapports de terrain recueillis dans les jours suivant l’application des nouveaux tarifs font état d’une confusion généralisée dans les boulangeries et de tensions croissantes entre clients et vendeurs. Au-delà de l’aspect économique, la situation a un impact direct sur la stabilité sociale et sur le sentiment de sécurité économique de la population.
La hausse du prix du pain ne peut être analysée indépendamment du contexte économique et politique global de l’Iran. L’inflation chronique, la forte dépréciation du rial, les déficits budgétaires persistants et l’affectation de ressources à des projets militaires et nucléaires ont considérablement limité la marge de manœuvre du gouvernement. De nombreux économistes avertissent que cette tendance est insoutenable et que les prix des denrées alimentaires ont presque doublé ces dernières années.

