Iran and its NeighboursIrakEtouffer ou frapper?

Etouffer ou frapper?

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Lexpress.fr , 23 février – De Philippe Coste – Les pressions économiques peuvent-elles contraindre Téhéran à abandonner son programme nucléaire? Malgré les démentis, Washington semble tenté par une « solution militaire »

« Nous ne préparons pas une guerre contre l’Iran », répète Robert Gates, successeur de l’impérieux Donald Rumsfeld à la tête du Pentagone. Les faits sont là, cependant. Un deuxième porte-avions américain a rejoint le golfe Persique. Fin janvier, déjà, George W. Bush prenait soin de confirmer son ordre de capturer ou d’abattre les membres des forces spéciales iraniennes venues encadrer les milices chiites de Moqtada al-Sadr et consorts.

Depuis, les commandos américains n’ont pas chômé, organisant même, sans souci de discrétion, l’enlèvement à Bagdad de cinq diplomates de l’ambassade d’Iran. La ligne est tracée: en dépit du fiasco irakien, George Bush reste George Bush, et l’Amérique, une puissance toujours déterminée à endiguer les ambitions régionales de l’un des derniers rebelles du Moyen-Orient. Cet Iran, honni par les Américains depuis la prise d’otages à l’ambassade de Téhéran, en 1979, et les attentats de Beyrouth, dans les années 1980, aujourd’hui dirigé par un président, Mahmoud Ahmadinejad, dépeint par plusieurs congrégations évangéliques comme une incarnation de Satan. L’acharnement du pays à vouloir se doter de l’arme nucléaire en fait désormais une cible privilégiée des Etats-Unis.

Lors de sa première conférence de presse de l’année, le 13 février, le président Bush a pris soin de ne pas insister sur le danger des armes de destruction massive, galvaudé par la propagande anti-Saddam, préférant déballer ses «preuves» d’une implication iranienne dans la livraison de bombes antichars aux milices chiites.

Pour toute réponse, les journaux télévisés américains ont longuement spéculé sur l’opportunité de ces révélations, laissant l’antenne aux partisans du dialogue avec Téhéran. «Pour libéraliser un Etat théocratique, il vaudrait mieux en finir avec la stratégie de l’étranglement, confirme Ray Takeh, spécialiste de l’Iran au Council on Foreign Relations, un centre d’analyse new-yorkais. Une politique de dialogue inconditionnel et de levée des sanctions aurait tôt fait d’affaiblir les durs du régime.» Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, a souligné, le 15 février, que le président n’a «pas autorité pour aller en Iran.»

On comprend son inquiétude. Car le départ définitif de Bush de la Maison-Blanche, en 2008, l’affranchit des pressions électorales. Et il n’a en rien renié sa fascination pour l’activisme reaganien, ni son credo pour la dénucléarisation et le renversement des Etats «voyous» qui, avec la lutte contre le terrorisme, constitueront à ses yeux l’essentiel de sa postérité. Sa rhétorique agressive laisse entendre qu’il n’a pas remisé le scénario proposé par le vice-président, Dick Cheney, et les idéologues du Pentagone: une série de frappes, par des missiles antibunkers de nouvelle génération, sur les installations nucléaires iraniennes.

L’efficacité d’une telle opération reste à prouver. Selon une étude du CSIS (Center for Strategic and International Studies), un centre d’analyse de Washington, le programme nucléaire iranien, réputé capable de produire ses premières bombes dans les deux ans, est dispersé sur près d’une centaine de sites, pour la plupart enterrés et installés, à dessein, à proximité de zones urbaines. La centrale d’Ispahan, ouverte en 2004, a déjà produit 250 tonnes d’hexafluorure d’uranium, mises en lieu sûr dans des caches profondément enterrées. Dans ces conditions, une attaque ne détruirait pas le potentiel atomique iranien. Pis, Téhéran pourrait en prendre prétexte pour déclencher des représailles contre Israël, ainsi que des attentats terroristes contre les intérêts occidentaux.

Ce n’est pas un hasard, alors, si la perspective d’une offensive américaine semble moins inquiéter l’Iran qu’elle ne stimule les efforts diplomatiques des alliés des Etats-Unis. La secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, jouant ostensiblement le rôle du «bon flic», seule alternative aux méthodes musclées du président, s’est félicitée de la proposition commune de la Chine, de la Russie, de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne visant à appuyer le nucléaire civil iranien. Le rejet de cette offre par Téhéran, l’année dernière, a ouvert la voie, fin décembre 2006, au vote unanime, par le Conseil de sécurité de l’ONU, de la résolution 1737, qui exige pour la première fois l’arrêt du programme iranien et menace le régime de sanctions.

A la veille de l’expiration, le 23 février, du délai de réflexion accordé par l’Agence internationale pour l’énergie atomique, si les cinq membres permanents du Conseil de sécurité n’ont pas de réaction officielle de la part de Téhéran, ils n’auront guère d’autre choix que d’accentuer graduellement leur pression. Et ce, malgré les réticences de la Chine, assoiffée de pétrole iranien, et de la Russie, inquiète pour le paiement de ses transferts de technologie nucléaire.

Le récent déblocage des négociations avec la Corée du Nord influencera peut-être l’Iran dans ses choix. En attendant, le régime commence à ressentir cruellement les pressions économiques fomentées par Washington. Le département du Trésor américain a ainsi obtenu le ralentissement des investissements des pays développés en Iran. La perspective de représailles fiscales et judiciaires pour les filiales américaines de groupes installés en Iran refroidit les investisseurs, en particulier dans le secteur pétrolier. Cette menace pourrait contraindre le régime à mettre en balance ses prétentions régionales et sa stabilité économique interne. Si George Bush lui en laisse le temps.

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