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L’Iran et la légion étrangère de l’armée de Bachar Al-Assad

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Le Monde: Par Christophe Ayad – Les dirigeants syriens sont-ils en train de mettre sur pied une forme de légion étrangère destinée à assurer leur sécurité ainsi que la survie du régime ? La question peut légitimement se poser après deux événements qui, coup sur coup, semblent confirmer la présence de plus en plus massive de combattants étrangers aux côtés des forces gouvernementales syriennes, handicapées par des désertions massives et confrontées à une guérilla de mieux en mieux armée, organisée et répartie sur le territoire.

Le 4 août, à Damas, 48 ressortissants iraniens ont été enlevés. Puis, lundi 13 août, c’était au tour d’Hassan Al-Moqdad, un Libanais appartenant à un puissant clan chiite originaire du nord de la vallée de la Bekaa, au Liban, de subir le même sort. La famille de ce dernier, accusé de combattre aux côtés des forces de Bachar Al-Assad, assure avoir enlevé, en représailles, une trentaine de Syriens réfugiés au Liban ainsi qu’un Turc. Dans une vidéo diffusée par les insurgés syriens, Hassan Al-Moqdad affirme être un membre du Hezbollah libanais, allié de Damas, et travailler comme franc-tireur pour le compte du régime Assad. Le parti chiite libanais conteste avoir envoyé Hassan Al-Moqdad au Liban, ou tout autre combattant.

Omniprésence de l’ASL

Si l’affaire Moqdad semble compliquée à démêler et la présence du Hezbollah difficile à prouver, le cas des 48 otages iraniens s’apparente beaucoup plus à ce que l’administration américaine décrit comme une aide militaire directe de Téhéran à son protégé syrien. Le secrétaire américain à la défense, Leon Panetta, a dénoncé, mardi, l’Iran, qui  » essaie de mettre sur pied et former une milice en Syrie pour combattre pour le compte du régime « , a ajouté M. Panetta, qui s’est dit inquiet d’une  » présence grandissante  » de l’Iran en Syrie.

Le chef d’état-major interarmes américain, Martin Dempsey, a livré une explication à cette implication croissante :  » L’armée syrienne se bat depuis près de dix-huit mois. N’importe quelle armée serait affectée par un tel rythme. C’est pour ça que l’Iran entre dans le jeu pour former cette milice destinée à enlever une partie de la pression pesant sur les militaires syriens. « 

On peut ajouter à cette explication le degré croissant d’infiltration des forces armées syriennes, qui a permis aux insurgés de l’Armée syrienne libre (ASL) de réaliser un attentat, le 18 juillet, qui a tué cinq hauts responsables sécuritaires syriens, dont le propre beau-frère de Bachar Al-Assad, Assef Chawkat, et aurait grièvement blessé aux jambes son frère Maher, selon des sources non confirmées. Autre signe de l’omniprésence de l’ASL jusque dans la capitale, Damas, l’attentat à la bombe du 15 août, qui a eu lieu dans un parking de l’armée.

Téhéran a avancé dans un premier temps que les 48 otages étaient des pèlerins venus visiter le sanctuaire de Sayeda Zeinab, avant de reconnaître que certains membres du groupe étaient des gardiens de la révolution (pasdarans) et des militaires à la retraite.

Selon le mouvement d’opposition iranien des Moudjahidins du peuple, 14 des 48 otages sont des commandants du corps des pasdarans de la province de l’Azerbaïdjan occidental, à Oroumieh. Ces hommes compteraient le général Abedine Khoram, commandant en chef des pasdarans de cette province ainsi que sept colonels et le mollah Karim Hossein Khani, commandant de la milice Bassij.  » Au moins certains de ces otages  » appartiennent aux gardiens de la révolution, a confirmé à l’AFP un responsable américain sous le couvert de l’anonymat, sans en préciser le nombre.

Pour les Moudjahidins du peuple, tous ces hommes, de rang élevé et sélectionnés dans tout l’Iran, appartiennent à la force Al-Qods (qui signifie Jérusalem), fer de lance de l’action extérieure clandestine de la révolution islamique. Dirigée par Qassem Souleimani (donné à tort pour mort dans l’attentat du 18 juillet à Damas), la force Al-Qods est représentée à Damas par le général Haj Heydar, sous les ordres du général Mohammad-Reza Zahedi. L’Iran chercherait, selon des responsables américains, à monter en Syrie une milice chiite pro-régime sur le modèle de l’Armée du Mahdi de Moqtada Al-Sadr en Irak.

Très active par le passé au Liban et en Irak, la force Al-Qods utilise la couverture d’une agence de voyages culturels et religieux, Samen Al-Aémeh (le huitième imam, en farsi), censée avoir organisé le  » pèlerinage  » de Damas. La compagnie aérienne Mahan, elle aussi aux mains des pasdarans, se charge des vols, qui décollent tous les mardis matin de Téhéran. Depuis l’enlèvement des 48 Iraniens, assure Afchine Alavi, porte-parole des Moudjahidins du peuple, les  » conseillers militaires  » iraniens embarquent depuis la ville sainte chiite de Najaf, en Irak.

Recours à des francs-tireurs

En revanche, la participation directe du Hezbollah est moins claire. Au printemps, une source diplomatique confirmait au Monde la mort de plusieurs combattants de la milice chiite libanaise en Syrie, mais précisait que ces cas – de l’ordre de quelques dizaines – relevaient plus d’initiatives individuelles et ponctuelles que d’une stratégie assumée.

Malgré un soutien politique sans faille à Bachar Al-Assad,  » le Hezbollah ne veut pas couler avec le régime syrien « , souligne Joseph Bahout, enseignant à Sciences Po. Le parti chiite se tient donc en retrait. D’où le recours à des francs-tireurs comme le clan Moqdad – dont certains membres seulement sont au Hezbollah – ou le militant pro-syrien chrétien Michel Samaha, arrêté le 9 août et soupçonné d’avoir transporté des explosifs en vue d’attentats au Liban.

 

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