IranDroits de l'hommeIran : Une bataille rangée

Iran : Une bataille rangée

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Iran Focus, Washington, 21 mai – Point de vue – On assiste depuis quelque mois à un transfert de la scène politique iranienne vers l’Europe et les Etats-Unis. Si ce glissement s’est fait assez régulièrement, on a assisté cette semaine à un tournant notoire.

En effet, le rapport très controversé publié par Human Rights Watch contre le mouvement des Moudjahiddines du peuple d’Iran, a déclenché des réactions très fermes de nombreuses personnalités de tout l’éventail politique européen et américain en faveur de la résistance. Cette vague pour le moins surprenante par son ampleur et sa vitesse a balayé le paysage politique classique pour dégager un nouvel échiquier. Si l’on était habitué à trouver une tendance bien définie derrière un mouvement de libération, cette fois on est frappé par la diversité des origines politiques des partisans de l’opposition iranienne et par leur alliance qui vient de prouver sa solidité. Comment ne pas se féliciter de cette coalition de la droite et de la gauche derrière un but aussi constructif que la lutte contre l’intégrisme et le terrorisme ?

Le fait nouveau, c’est que cette controverse qui met gravement en question la crédibilité d’une ONG américaine, Human Rights Watch, pourrait se limiter au seul périmètre iranien, puisque les principaux intéressés sont les Modjahedines du peuple d’Iran, qui font partie de la coalition du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). Or cela déborde largement de ces limites étroites et secoue l’Occident, du parlement européen, aux cercles politiques américains en passant par le parlement britannique. A chaque fois des groupes d’experts ou de parlementaires ont vivement protesté. Tous sont unanimes pour souligner le caractère insolites de la démarche de HRW et surtout l’arrière-pensée politique du communiqué de Joe Stork, son directeur du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord qui se plaint ouvertement de la promotion de l’opposition iranienne dans les cercles internationaux.

Il s’avère que ces mêmes groupes s’activent depuis plusieurs mois pour faire sortir les Modjahedines du peuple de la liste du terrorisme en Europe et aux Etats-Unis. L’échiquier qui se dégage, serait donc d’un côté les partisans du maintien du pouvoir intégriste en Iran, qui agite l’appeau Rafsandjani les bras chargés de promesses de contrats économiques et d’une hypothétique réforme du système. De l’autre, on trouve les partisans de la résistance qui estime que cette politique est une grave erreur, qui permet aux ayatollahs de gagner du temps à la fois pour leur course à l’arme atomique, mais aussi pour leur main mise sur l’Irak et leur terrible répression en Iran.

Le camp de la résistance soutient ce qu’il appelle la Troisième Voie que Maryam Radjavi, la dirigeante de l’opposition, présidente de la République élue du CNRI, avait présentée dans une visite très remarquée au Parlement européen. Ni complaisance, ni guerre étrangère, avait-elle dit en substance, mais un changement démocratique par les Iraniens, avec leur résistance. Autant dire que la visite à l’époque avait déclenché les foudres de Téhéran.

Les tenants de la Troisième Voie estiment que la complaisance conduira inévitablement à la guerre, parce qu’elle met justement tous les œufs dans le seul panier du pouvoir iranien en lui laissant une liberté d’action sans précédent et donc dangereuse.

Les partisants du maintien de la théocratie intégriste en Iran, pour des raisons purement économiques, savent aussi bien que Téhéran que les progrès spectaculaires enregistrés par la résistance en occident conduisent à grands pas vers la sortie de l’OMPI de la liste du terrorisme. Ce serait alors le début de la fin pour les ayatollahs, comme aime à le répéter un spécialiste en la matière, habitué des cercles de décisions de l’Union européenne.

Avec l’entrée dans l’arène d’acteurs politiques européens et américains qui estiment défendre la sécurité et la paix en soutenant les objectifs de la résistance iranienne, on assiste également à un revers cinglant du ministère des renseignements de Téhéran qui avait concocté une campagne de diabolisation de son opposition. On en comprend le besoin à la veille d’élections que le pouvoir iranien prédit lui-même comme catastrophiques vu le boycott sévère que promet la population. Ce n’est pas la première fois que l’on voit des vagues soudaines d’invectives contre le mouvement des Moudjahidines du peuple dans la presse ou de la part de certains milieux. Notons cependant que les accusations n’ont pas évolué depuis 15 ans, pas plus que les noms des accusateurs que l’on retrouve régulièrement dans des publications ou les sites officiels iraniens. Par contre ce qui est tout à fait nouveau, c’est que les parlementaires et les experts qui ont lancé la contre-offensive ont cette fois nommément accusé ce ministère des renseignements de Téhéran, faisant tomber à l’eau toutes ses grosses ficelles. La guerre psychologique des mollahs vient de connaître sa première Bérézina.

Enfin dernier point et non des moindres, cette levée de boucliers au secours d’un mouvement de résistance démontre que même caché derrière une ONG américaine de défense des droits de l’homme, le lobby pro mollah ne peut se permettre d’instrumentaliser les droits de l’homme en faveur d’une dictature contre ses victimes. L’opinion publique est vigilante car il s’agit de principes démocratiques fondamentaux et qu’il y a des limites au compromis.

Si la bataille électorale s’annonce comme une piètre farce en Iran, elle sera par contre pleine de rebondissements à l’étranger, non pas pour choisir entre deux barbes et deux turbans, mais bien pour décider du maintien sous perfusion d’un pouvoir intégriste moribond, ou de la liberté d’un peuple par ses propres moyens, grâce à son mouvement de résistance conduit brillamment par Maryam Radjavi, qui ne laisse pas de surprendre.

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