IranDroits de l'hommeIran : rappelons nous du massacre de 30...

Iran : rappelons nous du massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988

-

 

 

Appel à un tribunal international pour les auteurs du massacre de 1988 

 

La vague dévastatrice d’exécutions politiques en Iran en 1988 représente « l’événement le plus noir de l’histoire de la République islamique ». Au début de juillet 1988, l’ancien guide suprême du régime iranien, Rouhollah Khomeiny, a promulgué une fatwa (décret religieux) faisant des membres et des partisans des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) comme «mortad » (apostats) et « mohareb » (ennemis de Dieu).

Dans sa fatwa, Khomeiny a écrit : « Il est décrété que ceux qui sont dans les prisons du pays et qui s’obstinent à soutenir les hypocrites [l’OMPI], sont en guerre contre Dieu et sont condamnés à l’exécution (…) La fermeté avec laquelle l’islam traite les ennemis de Dieu fait partie des principes incontestables du régime islamique. J’espère que grâce à votre rage révolutionnaire et votre vengeance contre les ennemis de l’Islam, vous obtiendrez la satisfaction du Dieu Tout-Puissant. »

Par la suite, en réponse à une question du chef du judiciaire, Khomeiny a dit : «Si à n’importe quelle étape ou n’importe quel moment l’individu [prisonnier] maintient son soutien aux hypocrites [l’OMPI], la sentence est l’exécution. Anéantissez les ennemis de l’islam immédiatement. En ce qui concerne les dossiers, utiliser n’importe quel critère qui permette d’accélérer l’application du verdict. »

Parallèlement à la fatwa, ce que l’on appelle des «commissions de la mort » ont été formées à travers le pays. Elles étaient composées d’un juge de la charia, d’un représentant du procureur et d’un représentant du ministère du Renseignement et de la Sécurité (Vevak). Les détenus devaient répondre à une simple question concernant leur position politique. Ceux qui refusaient de revenir sur leur position étaient immédiatement exécutés.

En conséquence de ce processus qui a duré plusieurs mois, des milliers de prisonniers politiques ont été exécutés, l’écrasante majorité d’entre eux étant membres et sympathisants de l’OMPI.

Le rapporteur spécial sur les exécutions arbitraires de l’ONU a déclaré dans un rapport le 6 février 1989 que « le 14, 15 et 16 août 1988, 860 cadavres ont été transférés de la prison d’Evine au cimetière de Behecht-e-Zahra ». Dans beaucoup de prisons du pays, pas même un seul prisonnier n’a survécu pour témoigner sur le massacre. Les charniers à travers le pays ont été remplis de cadavres des suppliciés. Un exemple notoire est le cimetière de Khavaran situé dans le sud de Téhéran, que le régime a essayé récemment de détruire afin de dissimuler les preuves qui y étaient enterrées.

L’horrible vague d’exécutions de ces personnes innocentes, qui avaient tous soit purgé leur peine soit étaient en attente de leur libération, et dans certains cas avaient été libérées et de nouveau arrêtées, a déclenché les protestations de Hossein-Ali Montazeri, qui était à l’époque le dauphin désigné de Khomeiny. Dans ses lettres, en juillet et août 1988, Montazeri évoque «l’exécution des membres existants de l’OMPI dans les prisons» et un «massacre». Il écrit: « En fin de compte, l’exécution de plusieurs milliers de personnes en l’espace de quelques jours … ne sera pas un acte infaillible. »

Une des caractéristiques principales de ce massacre, c’est qu’il a été effectué dans le secret absolu. Tous les contacts de la prison avec le monde extérieur ont été coupés et il a donc fallu des mois, voire des années, avant que les familles et les organisations des droits humains puissent saisir la véritable ampleur de cette catastrophe. Dans un communiqué sur les exécutions de prisonniers politiques en 2007, Amnesty International fait état du massacre de 1988 et dit : «Les exécutions ont été autorisées au plus haut niveau de la direction iranienne (…) Amnesty International estime que ces exécutions relève du crime contre l’humanité (…) Les exécutions de 1988 doivent faire l’objet d’une enquête indépendante et impartiale et tous les responsables doivent être traduits en justice, et recevoir des sanctions appropriées. »

Malheureusement, la communauté internationale n’a pas apporté la réponse appropriée que cette atrocité mérite, et ce dossier, qui représente la pire vague d’exécutions politiques depuis la Seconde Guerre mondiale, reste toujours fermé. Or les fonctionnaires responsables du crime continuent d’occuper certains des postes politiques et judiciaires les plus élevés dans le régime iranien. En outre, l’accusation de « mohareb » (ennemi de Dieu) continue d’être utilisée comme un instrument de la justice en Iran pour prononcer des peines de mort contre les opposants politiques. L’ampleur de ce crime dépasse de loin celle du massacre de Srebrenica en Bosnie.

Il faut briser ce lourd silence et à ouvrir la voie à une enquête internationale. Tant que ce crime n’aura pas été soumis à un arbitrage international impartial, et aussi longtemps que ses auteurs n’auront pas été traduits en justice, la communauté internationale dans son ensemble sera tenue responsable. D’autant plus que les autorités du régime ont déclaré que la fatwa promulguée pour le massacre de 1988 est toujours en vigueur et que « mohareb » (ennemi de Dieu) continue à faire partie de la loi sur les châtiments islamiques (articles 183 à 195 du code pénal islamique).

Compte tenu du fait que les crimes contre l’humanité ne sont pas soumis à un délai de prescription, la seule alternative pour le Conseil de sécurité est de se saisir de l’affaire et d’établir un tribunal spécial pour enquêter sur ce grand crime.

De nombreux juristes internationaux et de défenseurs des droits humains ont appelé à mettre en place ce tribunal afin de réexaminer l’affaire du massacre de 1988 et de traduire les responsables en justice. Maryam Radjavi, la dirigeante de la Résistance iranienne a appelé le Conseil de sécurité des Nations unies  « à mettre en place un tribunal spécial pour juger les auteurs de ce crime grave, en particulier parce que ceux qui ont appliqué en 1988 la fatwa de Khomeiny, occupent à présent des postes politiques et judiciaires dans le régime, poursuivant leurs actes meurtriers et criminels. »

Selon la présidente du CNRI « la communauté internationale est confrontée à un test crucial aujourd’hui, qui consiste à adopter une position de fermeté en rejetant une dictature meurtrière qui est en fait une honte pour l’humanité au 21e siècle. Les relations économiques et politiques avec un tel régime doivent être subordonnées à la cessation des châtiments cruels et à l’amélioration des droits de l’homme en Iran. »

 

7,062FansJ'aime
1,196SuiveursSuivre
0AbonnésS'abonner

Dernières nouvelles

Le régime iranien exécute Abbas Akbari Feyzabadi, l’un des manifestants du soulèvement de janvier

L'agence de presse Mizan, affiliée au système judiciaire du régime iranien, a rapporté tôt ce lundi 25 mai l'exécution...

Conférence parlementaire italienne : condamnation des exécutions en Iran et soutien au CNRI

Des parlementaires italiens et des défenseurs des droits humains se sont réunis au Parlement italien le 21 mai pour...

Inflation, crise économique et effondrement silencieux de la classe moyenne iranienne

Le site d'information public Khabar Fori a rapporté le 22 mai que le phénomène des « milliardaires pauvres »...

40 millions d’Iraniens sous le seuil de pauvreté

L'économie iranienne a entamé l'année 2026 alors que de nombreux économistes et instituts de recherche affiliés au régime mettaient...

Les employés des télécommunications à Téhéran protestent contre quatre années de créances impayées

Quatre années de non-paiement des salaires échus dans le secteur des télécommunications ont poussé les moyens de subsistance des...

Les États-Unis se préparent à une nouvelle guerre contre le régime iranien

Des images diffusées par le Groupe aéronaval 11 de l'US Navy — dirigé par le porte-avions USS Nimitz —...

Doit lire

Les États-Unis se préparent à une nouvelle guerre contre le régime iranien

Des images diffusées par le Groupe aéronaval 11 de...

Amnesty International : 2 159 personnes exécutées en Iran en 2025

Dans un nouveau rapport, Amnesty International a déclaré que...

vous pourriez aussi aimer EN RELATION
Recommandé pour vous