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Iran : rappelons nous du massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988

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Les mémoires de Montazeri, le dauphin de Khomeini

 

En décembre 2000, Hossein-Ali Montazeri, un religieux de 79 ans, qui avait été pendant dix ans le successeur désigné de Khomeini, le dirigeant suprême du régime théocratique au pouvoir en Iran, publiait ses mémoires. Ce texte révélait des documents choquants sur les atrocités commises par le régime, la plus horrifiante étant le massacre de plus de 30,000 prisonniers politiques en 1988 sur l’ordre de Khomeini.

Ce n’était pas la première fois que le monde entendait parler de ce massacre. Des informations sur ce carnage avaient filtré malgré le rideau de fer de la censure mis en place par les mollahs pour imposer un black out total sur leur crime. Avant même l’automne 1988, de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme et des ONG avaient tiré la sonnette d’alarme sur les exécutions de masse qui se poursuivaient en Iran et demandé une enquête internationale.

Le livre de Montazeri a toutefois le mérite d’avoir une valeur légale et politique unique, dans la mesure où il révèle pour la première fois, des documents clés sur la manière dont  le massacre avait commencé et conduit par la suite. Parmi ces documents, le plus important est le texte de la fatwa – décret religieux qui a la force de la loi en Iran des mollahs – par laquelle Khomeini ordonne le massacre de tous les prisonniers politiques. « Ceux qui, à quelque niveau que ce soit, continuent à appartenir aux Monaféquines [Moudjahidin] doivent être exécutés. Exterminez les ennemis de l’Islam immédiatement, » a-t-il décrété.

Ce qui donne plus d’authenticité à ces révélations est qu’elles sont faites par un homme qui était au moment de ce crime le successeur officiellement désigné de Khomeini et la deuxième plus grande autorité dans le pays. Les documents et récits contenus dans les mémoires de Montazeri complètent et corroborent des milliers de rapports substantiels et des plaintes officielles déposées par des témoins oculaires et les familles des victimes du massacre. Ceux-ci prouvent sans l’ombre d’un doute que la plupart des hauts responsables du régime des mollahs ont participé à l’application de la politique de l’extermination des prisonniers politiques en 1988.

Dans ses mémoires, l’Ayatollah Montazeri, publie une lettre qu’il a écrit à ce dernier:

 

La première lettre de l’ayatollah Montazeri à Khomeini en  juin 1988 

Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux,

A l’attention du grand ayatollah l’Imam Khomeiny, que le Dieu prolonge sa vie.

Je vous présente mes salutations.

En ce qui concerne votre récent décret sur l’exécution des Monaféghines* prisonniers, je pense que l’exécution des personnes arrêtées à la suite des événements récents n’aura pas d’impacts négatifs et que la nation et la société accepteront cela.

Par contre, en ce qui concerne l’exécution des personnes ayant été en prison depuis un certain temps, j’ai plusieurs observations à vous soumettre : 

Premièrement, dans les circonstances actuelles, ces exécutions seront perçues comme des représailles et des actes de vengeance.

Deuxièmement, cela va endeuiller et écœurer leurs familles dont un certains nombre sont croyantes et partisanes de la Révolution,

Troisièmement, beaucoup de prisonniers ne persistent plus sur leur position, mais certains responsables font preuve de dureté et les traitent comme ceux qui persistent sur leur position.

Quatrièmement, dans les circonstances actuelles, après les pressions et les attaques de Saddam et des Monaféghines*, nous faisons figure de victime et beaucoup de médias et de personnalités ont pris notre défense. Ce n’est pas dans l’intérêt du régime ni dans celui de votre propre personne qu’ils recommencent leur propagande contre nous.

Cinquièmement, en ce qui concerne les prisonniers ayant déjà été jugés et conformément aux règles juridiques en vigueur condamnés à des peines inférieures à la peine de mort, la décision de les exécuter sans motif et sans aucune nouvelle activité de leur part, serait une décision contraire à toutes les règles de droit et contraire à toutes les jurisprudences. Une telle décision n’aura pas un écho positif dans l’opinion publique.

Sixièmement, nos autorités judiciaires, nos procureurs et non responsable des renseignements ne sont pas des gens parfaits, ils peuvent commettre des erreurs. Votre récent décret conduira inévitablement à l’exécution des innocents. Dans les affaires sérieuses, il n’est pas permis de trancher lorsqu’il y a des doutes.

Septièmement, jusqu’à présent, avec tant de violences et de tueries qu’est ce que nous avons pu obtenir? La seule chose qu’on a obtenu, c’est qu’il y a de plus en plus de propagandes contre nous alors que les gens sont de plus en plus attirés vers les Monaféghines* et les anti-révolutionnaires. Il est temps qu’on fasse preuve de davantage de clémence. C’est ainsi qu’on pourra attirer les gens.

Huitièmement, si vous insistez à faire appliquer votre décret, au moins, ordonnez que les décisions de condamnation à mort soient prises par consensus et non pas par la majorité des voix. De plus, ordonnez que les femmes, en particulier les femmes ayant des enfants, soient épargnées. 

Pour finir, la décision d’exécuter plusieurs milliers de personnes en quelques jours, n’aura pas un bon impact et il y aura forcément des bavures. Un certain nombre de juges qui sont des gens croyants, sont très perturbés d’avoir été obligés de prendre de telles décisions. Cette phrase du prophète de l’Islam trouve ici toute sa pertinence : « Lorsque vous êtes chargés de juger et sanctionner un musulman, atténuez votre sentence autant que possible et si possible pardonnez. Lorsque vous risquez de commettre une erreur de jugement, il est préférable de se tromper en pardonnant plutôt que de se tromper en condamnant. »

Je vous salue, que le Dieu prolonge votre vie

Le 9/05/1967 (le 29 juin 1988)

Hossein Ali MONTAZERI*

____________________________________________________________
1) « Monaféghines » signifie littéralement « Hypocrites », c’est la terminologie officielle du régime pour designer les Modjahédines du Peuple d’Iran

2) L’Ayatollah Montazeri est décédé en décembre 2009 après près de trois décennies en résidence surveillée

 

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