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Les autorités iraniennes multiplient les arrestations de femmes pour tenues «impudiques»

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The Washington Post

Par Thomas Erdbrink

Téhéran, 2 juin – Les autorités iraniennes ont commencé des patrouilles de police dans la capitale pour arrêter les femmes portant des tenues jugées incorrectes. La campagne contre le voile ample et d’autres signes de modernité intervient au moment où des opposants au gouvernement appellent à des rassemblements pour marquer l’anniversaire de l’élection présidentielle contestée, et les critiques de la répression disent que cela attise le mécontentement.

Mais pour les radicaux, le port incorrect du voile est une « question de sécurité » et le « relâchement moral » menace le cœur de la République islamique.

Le ministre de l’Intérieur iranien a promis un « plan de chasteté » pour promouvoir les tenues adéquates de « la maternelle jusqu’aux familles », même si les détails ne sont pas clairs. La police de Téhéran arrête des femmes pour portent des manteaux courts ou des voiles impropres ou même être trop bronzées. Des témoins parlent d’amendes allant jusqu’à 800 $ pour une tenue jugée impudique.

Certains ici disent que les nouvelles mesures font partie d’une campagne gouvernementale d’intimidation avant l’anniversaire du scrutin ce mois-ci. Les radicaux sont devenus plus influents depuis le vote, ce qui a conduit à des mois de manifestations anti-gouvernementales que les dirigeants ont jugées comme la plus grande menace pour le système islamique depuis des décennies.

Les femmes en Iran sont tenues par la loi de se couvrir les cheveux et de porter de longs manteaux en public. Le voile islamique protège la pureté des femmes et empêchent les hommes de les considérer comme des symboles sexuels, disent les religieux ici. Mais la loi est imprécise et les interprétations varient.

Ces derniers jours, deux jeunes femmes portant du rouge à lèvres brillant rose et des manteaux beige moulants déambulaient dans la rue Bahonar fréquentée de Téhéran. Leurs cheveux blonds peroxydés, mis en valeur par un foulard marron délicatement posé, s’étalaient sur leurs épaules.

Lorsque la séminariste Fatemeh Delvari, 24 ans, est venue de province à Téhéran il y a huit mois, elle a été choquée de voir comment s’habillaient certaines femmes.

«Mon propre voile réprime mon côté féminin, afin que je puisse être libre et active », dit-elle de son tchador noir, un vêtement qui recouvre tout le corps sauf le visage et les mains. «Mais certaines femmes semblent être uniquement intéressées à se faire belles. »

« Elles foulent aux pieds les limites sociales », dit Delvari. « La violence n’est pas bonne, mais ils faut les punir. »

Delvari, membre éminent du mouvement des Etudiants en Quête de Justice qui vise à relancer les valeurs de la révolution islamique, a dit que les autorités devraient également limiter la vente du maquillage et des bijoux et forcer les femmes à « passer quelques nuits séparées de leurs familles » pour lutter contre l’indécence vestimentaire.

«Notre système islamique est comme un bateau, on ne peut laisser des passagers faire des trous dans la coque », dit-elle.

Pendant le règne du chah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi soutenu par l’Occident, bikinis et minijupes n’étaient pas rares. Mais dans les premières années qui ont suivi la révolution islamique de 1979, des groupes d’islamistes armés de matraques battaient les femmes non voilées, en criant des slogans comme « couvrez-vous ou un coup de bâton ».

En 2006, un an après l’arrivée du président Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir, des équipes « d’orientation » morale spéciales ont tenté d’appliquer le code vestimentaire dans une des opérations les plus ambitieuses de l’histoire récente. Des centaines d’équipes patrouillaient des centres commerciaux et les lieux populaires, stoppant et parfois arrêtant des femmes qu’ils jugeaient mal voilées.

Aujourd’hui, certains disent que la répétition de ces châtiments pour quelques femmes aura peu d’effet à Téhéran, une ville de 12 millions d’habitants.

«Mon manteau blanc était de 10 cm trop court aux manches », a déclaré Nadia, collégienne de 15 ans arrêtée mardi. « Il a été confisqué. La police de l’orientation a appelé mon père pour qu’il vienne me chercher et m’a donné un tchador à porter pour le chemin du retour », dit-elle.

« Ces patrouilles vont et viennent », disait son père. «Mais elles laissent dans les esprits des cicatrices d’intimidation. »

Mohammad Hadi Ayyazi, adjoint au maire de Téhéran et ancien commandant de police, a dit qu’il ne fallait pas exagérer le problème. « C’est un problème culturel, et non pas quelque chose que la police peut résoudre », dit-il dans une interview.

Certains ayant essayé il y a des années d’amener les femmes à respecter le voile disent à présent que la force ne marche pas.

« Pour certaines femmes, une forme différente du voile est aussi une protestation contre ceux qui les veulent seulement en tchador », dit Fatemeh Rakaï, une ancienne députée et ancienne révolutionnaire islamique, dans une interview. «La violence et le patriarcat n’aboutiront jamais à un résultat. »

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