IranIran (actualité)Iran-Election : L’outsider qui provoque la controverse

Iran-Election : L’outsider qui provoque la controverse

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Iran Focus, Londres, 22 juin – Un ancien commandant de 49 ans des gardiens de la révolution catapulté au rang de super-politicien par le résultat inattendu de l’élection présidentielle de vendredi en Iran se retrouve au centre d’une controverse croissante sur les allégations de fraude électorale, son propre passé obscure et les spéculations sur une manoeuvre retors des plus hauts dirigeant du régime religieux pour attirer les électeurs vers le urnes.

Mahmoud Ahmaninejad, le maire de Téhéran, était pratiquement ignoré par les média iraniens et internationaux jusqu’aux derniers jours de la campagne présidentielle, et tous s’attendaient à ce qu’il soit parmi les cinq candidats éliminés au premier tour.

Mais Ahmadinejad, qui appartient au camp ultra-conservateur du régime théocratique, avait un plus par rapport aux autres candidats : Le puissant appareil des gardiens de la révolution et de la milice paramilitaire du Bassidj dans tout le pays, ainsi que la bénédiction active du guide suprême, l’ayatollah Ali Khameneï.

« Dans la dernière semaine de la campagne, le guide suprême a décidé qu’Ahmadinejad avaient de meilleures chances que ses candidats favoris, qui comprenaient aussi (l’ancien chef de la police Mohammad Bagher) Ghalibaf et (l’ancien chef de la radiotélévision Ali) Laridjani), confie un homme d’affaire influent de Téhéran qui entretient des liens étroits avec la faction ultra conservatrice.

« Khameneï a donné des ordres à son fils Mojtaba et à son chef de la sécurité l’hodjatoleslam Hedjazi de consacrer toutes les ressources des gardiens de la révolution et des autres organes contrôlés par le bureau du guide suprême pour assurer l’arrivée d’Ahmadinejad au second tour », ajoute-t-il.

Certains observateurs restent sceptiques sur le fait de savoir si Ahmadinejad est un véritable candidat soutenu par l’ayatollah Khameneï et sa faction ultra-conservatrice pour devenir le prochain président iranien, ou si il est utilisé comme un « épouvantail » pour faire peur et pousser à voter pour « un moindre mal », à savoir l’ayatollah Ali Akbar Hachemi Rafsandjani.

« Si vous regardez la manière dont a fonctionné le tandem Khameneï-Rafsandjani durant les années 1990, ça entrerait dans leurs cordes d’utiliser Ahmadinejad comme un candidat démoniaque pour rallier le peuple à Rafsandjani », estime Simon Bailey du Gulf Intelligence Monitor situé à Londres.

« Voici deux hommes qui sont rivaux depuis les premiers jours de la révolution islamique, mais qui savent chacun qu’ils ont besoin l’un de l’autre pour maintenir le régime debout », ajoute Bailey.

Hossein Chahine, un analyste parisien, est d’accord. « Khameneï ne voulait pas de Rafsandjani pour prochain président. Mais comme le dit un vieux dicton, si vous ne pouvez pas les arrêtez, rejoignez-les. Les deux hommes ont intérêts à gonfler le taux de participation, qui serait critique pour la continuité de leur régime dans des circonstances intérieures et internationales hautement critiques. Un taux de participation élevé leur permettrait de faire un pied de nez à Bush. Ils pourront toujours régler leur compte plus tard », a-t-il affirmé.

Ce qui a alimenté les spéculations comme quoi Ahmadinejad serait utilisé comme un instrument de terreur pour pousser les jeunes et les femmes aux urnes vendredi prochain, ce sont les déclarations en série extrêmement impopulaires du maire de Téhéran et de ses proches collaborateurs depuis son succès inattendu au premier tour.

Lors d’une apparition à la télévision, le porte-parole d’Ahmadinejad a déclaré que le Kefiyeh (une coiffe populaire portée par les hommes arabes) devait devenir la coiffe nationale en Iran. Ahmadinejad a dit lui-même dans une interview dimanche qu’une de ses priorités seraient « de mettre en vigueur la ségrégation sexuelle dans le système des transports en commun et dans les instituts de l’éducation nationale ».

« Ce sont des déclarations suicidaires pour un candidat présidentielle dans un pays où le soutien des femmes et des jeunes est essentiel pour gagner », affirme Bailey. « Ahmadinejad est certainement un radical islamiste, mais on l’a vu à l’œuvre dans les élections municipales il y a deux ans. Il n’est pas aussi stupide qu’il s’efforce de le montrer maintenant. »

Les partisans de Rafsandjani utilise l’image d’Ahmadinejad comme un intégriste pur et dur qui installerait un gouvernement de type Taliban en Iran pour faire de leur candidat un « sauveur ».

« Un vote pour Rafsandjani est un vote contre une dictature totalitaire », dit Mehdi Hachemi, son fils et chef de campagne. « Boycottez le second tour, c’est planter un poignard dans le cœur de la démocratie », ajoute sans rire le porte-parole de la campagne Mohammad Atrianfar. Il y a de quoi être estomaqué quand on sait que Rafsandjani est un des fondateurs de la théocratie absolue et que l’on connaît le nombre terrifiant d’exécutions sous son mandat présidentiel.

Bailey parle d’articles dans certains journaux iraniens faisant allusion à « d’intenses consultations » entre Khameneï et Rafsandjani immédiatement après le premier tour des élections. Il a également noté que les figures clés du camp de Khameneï, comme Mohammad-Bagher Ghalibaf et Ali Laridjani, avaient déclaré leur soutien à Rafsandjani.

« C’est astucieux et c’est une ruse typique des mollahs », estime Chahine. « Vendredi prochain, un grand nombre de gens vont respirer si Rafsandjani devient président, heureux que ça ne se termine pas avec un taliban fou furieux. Les mollahs auront donc réussi à faire l’impasse sur le problème central, qui est le propre passé catastrophique de ce pilier du pouvoir qu’est Rafsandjani. Si le problème avait été abordé, Ahmadinejad ferait figure d’enfant de chœur face à son concurrent.»

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