IranIran (actualité)Iran : Echauffourée au mausolée d’une ville sainte

Iran : Echauffourée au mausolée d’une ville sainte

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Iran Focus, Qom, 12 août – Le calme règne en plein midi dans les rues chaudes et poussiéreuses de cette ville tentaculaire de deux millions d’habitants qui abrite un mausolée sacré des chi’ites. Mais près du domicile de feu le Grand ayatollah Seyyed Mohammad Chirazi, un haut religieux révéré en froid avec le clergé au pouvoir, le silence inquiétant masque à peine la colère sourde qui s’empare de ses fidèles, alors qu’un flot de visiteurs apporte soutien et sympathie à la famille de l’ayatollah et à ses amis pour ce que tout le monde appelle ici « un méprisable incident ».

L’incident en question est arrivé mardi soir, quand un groupe de membres de la famille et de fidèles de l’ayatollah, dont des femmes venant d’Irak et de pays arabes du Golfe persique, se sont rassemblés sur sa tombe au mausolée sacré de Hazrat Massoumeh pour lui rendre hommage.

Ce rassemblement a tout de suite été considéré par les autorités du mausolée comme une déclaration politique, étant donné l’opposition bien connu du Grand ayatollah Chirazi au clergé au pouvoir. Vers 22h00, un groupe d’hommes et de femmes des forces de sécurité de l’Etat, armés de matraques ont attaqué les femmes et les jeunes filles qui priaient et les ont rouées de coups.

Les femmes se sont mises à protester et à conspuer le guide suprême Khameneï et d’autres dirigeants de la théocratie pour leur traitement « injuste et oppressif » de l’ayatollah défunt et de ses partisans.

Des témoins ont fait des récits choquants de cette charge brutale et des insultes et des humiliations dont ont été victimes des dizaines de femmes au mausolée.

« Ils faisaient pleuvoir sur ces femmes des coups de pieds, des coups de poings et des coups de matraques, alors que les officiers de sécurité et des officiers des renseignements en civil qui regardaient les couvraient d’obscénités », raconte Fatemeh, une jeune femme présente sur les lieux au moment de l’attaque.

« Ils étaient sans pitié, ces agents, tout comme Chemr, et ils ont fait du mal à ces pauvres femmes », regrette Azam, une femme de soixante ans qui se trouvait au mausolée quand le chaos a éclaté. Chemr bin Zeljochan est le diable incarné aux yeux des chi’ites pour son rôle dans le meurtre d’un saint révéré du VIIe siècle.

Le bureau du grand ayatollah Chirazi a déclaré dans un communiqué de presse que les forces de sécurité avaient arrêté plusieurs femmes. Le communiqué ajoute que deux religieux du bureau du défunt ayatollah, Seyyed Hossein Chirazi et Seyyed Kazem Fali, qui ont essayé de s’interposer pour obtenir la libération des femmes arrêtées, ont été eux-mêmes détenus plusieurs heures par les forces de sécurité.

« Les femmes ont été battues et blessées de manière sauvage, et ont été emmenées dans une pièce au fond de la cour du mausolée », dit le communiqué. « Elles ont été transférées à la prison Saheli de Qom et sont restées en prison jusqu’à midi mercredi. »

Le Grand ayatollah Seyyed Mohammad Chirazi est né en Irak en 1927 dans une famille iranienne d’érudits très respectés. Son grand-père, Mirzaye Chirazi, était une figure de proue du mouvement qui a conduit à la chute de la monarchie absolue en Iran en 1906. A l’époque où l’ayatollah Khomeiny vivait en exil dans ville irakienne de Nadjaf, l’ayatollah Chirazi était un chef de file religieux en Irak. Des proches disent que les relations entre les deux hommes étaient « glaciales ».

Khomeiny a poursuivi sa voie en devenant le fondateur de la théocratie iranienne et l’ayatollah Chirazi est parti à Qom pour continuer son enseignement. Il a pris publiquement ses distances avec la théorie de Khomeiny qui place tous les pouvoirs politiques dans les mains d’un guide religieux.

« Les êtres humains ne sont ni des enfants ni des handicapés mentaux, et ils n’ont donc aucun besoin d’un tuteur pour prendre soin d’eux », écrivait Chirazi dans son livre « Azadi » (Liberté), rejetant le concept de Khomeiny de la tutelle du religieux (Velayat-e-Faghih)

L’opinion de Chirazi excédait les mollahs au pouvoir et il a été forcé de vivre isolé. Mais il avait conservé de nombreux fidèles parmi les Arabes d’Iran, d’Irak et des pays du Golfe persique.

Certains analystes considèrent ce coup de force contre les fidèles de Chirazi comme un signe de la nervosité montante de l’entourage du guide suprême. Ils notent que les autorités à Qom ont renforcé les mesures de sécurité autour du domicile du fameux religieux dissident, l’ayatollah Hossein-Ali Montazeri.

« Khameineï a toujours eu peur des Grands ayatollahs de Qom, qui le diminuent en terme de qualification religieuse », estime Ali Tavassoli, un analyste financier iranien à Dubaï, dans une interview téléphonique. « Mais prendre des mesures aussi draconiennes contre des femmes fidèles d’un ayatollah défunt ne peut que montrer la vulnérabilité qu’il ressent actuellement. Il ne veut prendre aucun risque. »

Les analystes font remarquer la réticence relative de grands ayatollahs de Qom ces dernières semaines, particulièrement leur manque d’enthousiasme pour le nouveau président Mahmoud Ahmadinejad, faisant office d’avertissement pour Khameneï.

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