IranIran (actualité)L'armée iranienne parade à Téhéran

L’armée iranienne parade à Téhéran

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Le Figaro, 19 avril – Alors que se réunissaient, hier à Moscou, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne, l’armée iranienne défilait à Téhéran.

Une fois de plus, le président iranien n’y est pas allé de main morte, hier, en suggérant que l’armée iranienne «coupera les mains de tout agresseur et lui fera regretter son agression». Devant un parterre de milliers de soldats, Mahmoud Ahmadinejad, qui s’exprimait à l’occasion de la Journée de l’armée, a prévenu que «l’armée iranienne est l’une des plus puissantes du monde et qu’elle défendra avec forces les frontières politiques du pays et de la nation». Non loin de la tribune présidentielle, placée symboliquement derrière le cimetière des martyrs de la guerre Iran-Irak (1980-1988), une banderole, frappée en anglais de la phrase «We can» (Nous pouvons) répondait implicitement aux menaces américaines de possible recours à la force si l’Iran ne renonce pas à son programme nucléaire.

Dans le bras de fer qui l’oppose aujourd’hui à l’Occident, et plus particulièrement à Washington, Téhéran joue au gros méchant loup. Avant-hier encore, Ali Larijani, le négociateur en chef dans le dossier nucléaire, rappelait que «l’Iran ne renoncera pas à l’enrichissement d’uranium», alors que l’ultimatum fixé par le Conseil de sécurité de l’ONU expire en fin de semaine prochaine. L’appel, lancé par Condoleezza Rice, au recours à des mesures fermes contre l’Iran, ne semble pas non plus intimider la République islamique. «Cela fait deux ans que l’Iran se prépare à une attaque»,insiste le général Yahya Rahim Safavi, le chef des gardiens de la révolution iranienne – l’armée d’élite du régime –, en affirmant que les forces américaines déployées dans la région sont «vulnérables». «Si l’Iran était attaqué, les ennemis devront faire face à des armes dont ils ne soupçonnent pas l’existence», affirme, de son côté, le général Abdol Rahim Moussavi, un haut commandant iranien, dans une interview à l’agence de presse Fars.

LES FAMEUX MISSILES SHAHAB-3 ABSENTS DU DEFILE

Provocation ou menace réelle ? La parade militaire, retransmise hier sur la télévision d’Etat, a été l’occasion d’exhiber les traditionnels missiles Fadjr 3 et 5 de moyenne portée, une série de radars, des appareils de vision nocturne, quelques dizaines d’hélicoptères, ainsi que des chars tout-terrains, «optimisés et prêts à parcourir le désert et les montagnes», selon le commentaire d’un des officiels de l’armée. Les experts sont néanmoins nombreux à relativiser la capacité de défense iranienne, notamment antiaérienne. L’armement iranien reste largement obsolète, même si l’Iran dispose d’appareils de type F 14 et MIG 29.

Restent, bien sûr, les fameux missiles Shahab-3, d’une portée de plus de 2 000 kilomètres, absents du défilé. Détenus par les gardiens de la révolution, ils pourraient permettre aux Iraniens de riposter à une attaque en visant des bases américaines déployées dans la région : Irak, Afghanistan, pays du Golfe. Au début du mois, cette armée d’élite s’était également prêtée à des manoeuvres militaires dans le Golfe, au cours desquelles elle avait annoncé avoir testé de nouveaux missiles.

De l’avis général, c’est plutôt la tactique de la guerre «asymétrique» qu’il faut craindre de Téhéran. A ce titre, les bassijis, ces miliciens islamistes, estimés à environ 7 à 8 millions, pourraient être mobilisés pour mener des actions «parallèles», comme des opérations spéciales à la frontière Iran-Irak contre les troupes américano-britanniques déployées sur le territoire irakien. Cette force paramilitaire d’intervention populaire rapide, reliée directement aux gardiens de la révolution, aurait récemment augmenté ses effectifs et multiplié ses entraînements.

RECRUTEMENT DE 200 NOUVEAUX KAMIKAZES

Ce week-end, une association iranienne annonçait également le recrutement récent de 200 nouveaux kamikazes iraniens, candidats à des «missions martyres» contre des intérêts américains et britanniques en cas d’intervention américaine. Créé en 2004, ce «comité de commémoration des martyrs», qui se dit indépendant, mais qui prête allégeance au guide religieux, prétend avoir déjà inscrit plusieurs dizaines de milliers de candidats à d’éventuels raids. Téhéran peut également compter sur de nombreux alliés «idéologiques» dans la région. Lors de sa dernière visite dans la capitale iranienne, Moqtada al-Sadr, le jeune imam radical chiite irakien, avait affirmé que sa milice serait prête à venir en aide à l’Iran. «Si l’Iran est attaqué, il peut compter sur notre soutien», a affirmé, pour sa part, Abdullah Ramadan Chalah, le chef du Djihad islamique, en déplacement ce week-end à Téhéran.

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