IranIran (actualité)Les travailleurs iraniens toujours en attente de jours meilleurs

Les travailleurs iraniens toujours en attente de jours meilleurs

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Reuters, Alborz, Iran, 13 juillet – D’Edmund Blair – Derrière les portes de Tebed Spinning Company dans cette ville industrielle située à l’ouest de la capitale iranienne, un groupe de travailleurs licenciés se plaint que la promesse du président de combattre le chômage n’ait pas sauvé leurs emplois.

Mohammad Bozorgi Alamouti et ses collègues, licenciés il y a trois mois, ont écouté avec beaucoup d’attention le discours du président Mahmoud Ahmadinejad dans la ville en juin, faisant part des promesses habituelles de protéger les droits des salariés et de relancer l’économie.

Mais les travailleurs affirment que leurs employeurs n’y ont prêté aucune attention.

« Le président a eu de belles paroles mais quasiment rien n’a été accompli. Le gouvernement, les hauts responsables, les patrons ne l’écoutent pas », a expliqué Alamuti devant l’usine, attendant que les cadres de la société entrent oui sortent pour plaider sa cause.

Le président fait la une des médias dans l’ouest pour son attitude de défi dans le conflit autour de son programme nucléaire. Mais ce qui intéresse vraiment les Iraniens comme Alamuti, c’est de savoir s’il va tenir ses promesses économiques.

Ahmadinejad a pris le pouvoir l’année dernière de l’Etat islamique jurant de distribuer de manière plus équitable les revenus du pétrole, message qu’il répète régulièrement à chaque rassemblement. Mais plusieurs économistes affirment que sa politique ne fonctionne pas.

Le quatrième producteur mondial de pétrole récolte peut-être des bénéfices exceptionnels, mais les économistes disent que le gouvernement fait monter l’inflation en renflouant l’économie en pétrodollars et en minant le secteur privé avec une politique interventionniste.

« A l’heure actuelle, il y a de grandes chances pour que les conditions économiques empirent, tandis que les attentes de la population sont de plus en plus grandes en raison des slogans du gouvernement sur l’aide sociale », ont écrit 50 économistes dans une lettre formulée sans ménagements en juin.

RISQUE D’INFLATION

« Si le gouvernement ne tient pas ses promesses, la confiance de la population dans le gouvernement va disparaître et, face aux menaces internationales, notre sécurité nationale sera en danger », selon les économistes, la plupart étant des professeurs d’université.

Les syndicats existent en Iran mais leur pouvoir est limité et les autorités étouffent rapidement les protestations sur les conditions de vie.

Mais même si tous les travailleurs ne descendront pas dans la rue si Ahmadinejad n’est pas à la hauteur, certains experts pensent que cette déception se ressentira lors des prochaines élections.

Les auteurs de la lettre ont également avancé que les hauts responsables étaient nommés sans porter une attention réelle à leurs qualifications et se sont plaints de la médiocrité de la gestion du budget. Certains critiques affirment qu’Ahmadinejad, révolutionnaire pieux, réservent certains fonds à des organismes conservateurs religieux.

Un des principaux sujets de préoccupation des auteurs est une éventuelle poussée de l’inflation, qui se situe actuellement autour de 10 pourcent.

Les économistes et la banque centrale affirment que le gouvernement fait grimper l’inflation en puisant dans un fonds en dollar venant du pétrole destiné à des investissements ou à des urgences budgétaires en cas de problèmes mais qui est utilisé actuellement pour des dépenses en dépit des prix élevés du pétrole.

« L’inflation finit toujours par nuire à la population que le nouveau président tente d’aider. C’est un populiste mais si l’inflation décolle, il ne sera plus très populaire », a déclaré Richard Fox, directeur à Fitch Ratings à Londres.

L’augmentation des prix est un sujet de plainte commun. Au marché de Qazvin, ville située près d’Alborz, le marchand Ali Akbar Mohammadi, qui a voté pour Ahmadinejad, disent que les prix élevés nuisent à son chiffre d’affaires.

« Les gens n’ont pas assez d’argent et les choses sont devenues chères », selon Mohammadi, 60 ans, se tenant derrière une roulotte bringuebalante où il vend des sandwiches. « Les promesses (d’Ahmadinejad) étaient belles, mais jusqu’à maintenant, nous n’avons vu aucun résultat. »

La banque centrale n’a qu’un pouvoir limité sur le contrôle des prix. Elle a besoin de l’accord du parlement pour émettre de l’argent et absorber la liquidité et, en avril, elle a reçu l’ordre des députés de baisser les taux de prêt afin de les faire passer à un nombre à un chiffre avant 2010 malgré les avertissements de risque d’inflation.

L’INVESTISSEMENT SOUFFRE

Le gouvernement reproche aux sociétés de chercher à faire des bénéfices excessifs. Les sociétés répondent qu’elles doivent faire face à de nouvelles dépenses, dont une hausse de plus de 20 pourcent du salaire minimum, soit plus de 160$. Ce chiffre augmente en fonction de l’expérience et de la profession en question.

Certaines compagnies ont licencié des salariés en raison de cette hausse et affirment que la concurrence avec les firmes étrangères est de plus en plus difficile.

« Notre industrie n’est pas en concurrence avec la Chine dans le domaine de la technologie mais dans le domaine des coûts de travail » », a affirmé Siamak Namazi, directeur général de Atieh Bahar Consulting à Téhéran.

Chez Tebed Spinning Company à Alborz, la direction annonce avoir licencié temporairement environ un tiers de ses 400 travailleurs, pendant qu’elle installe de nouveaux équipements afin de rivaliser avec les importations chinoises. Alamouti et ses amis craignent que leurs postes n’aient disparu pour de bon.

Les économistes affirment que les sociétés iraniennes hésitent beaucoup à investir dans ce qu’elles considèrent comme un environnement politique imprévisible. Ceci ralentit la création d’emplois dans un pays où le taux de chômage officiel tourne autour de 12 pourcent. Les estimations non officielles sont beaucoup plus élevées.

Un grand nombre d’investisseurs étrangers restent aussi à l’écart de peur que le conflit nucléaire avec l’Occident ne prenne de trop grandes proportions et mène à des sanctions de l’ONU, mesure que menacent de prendre les Etats-Unis et les Européens.

« L’investissement occidental en a forcément souffert », selon Namazi.

Pour l’heure, les économistes déclarent qu’Ahmadinejad et son gouvernement détiennent une réserve de fonds suffisante pour combler le trou de l’investissement. La banque centrale par exemple, prête des devises étrangères aux sociétés iraniennes important des produits lorsqu’elles ne peuvent pas trouver de créanciers.

Mais, même avec ses revenus exceptionnels du pétrole, la croissance économique de 5,4 pourcent de l’année jusqu’en mars était moins élevée que prévu.

Alamouti et les autres partisans d’Ahmadinejad attendent toujours les jours meilleurs que le président a promis.

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