IranIran (actualité)Une grave menace pèse sur les Iraniens d'Achraf

Une grave menace pèse sur les Iraniens d’Achraf

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"D’un crime à l’autre, la dictature religieuse en Iran planifie une nouvelle tragédie humaine"

Par Behzad Naziri *

La Tribune de Genève, 24 octobre 2008 – Il y a 20 ans dans l’indifférence générale, 30.000 prisonniers politiques périssaient dans un massacre programmé par le régime iranien, resté impuni depuis. Amnesty International vient de lancer un appel pour que « les responsables du "massacre des prisons" soient tenus de rendre des comptes ». 

D’un crime à l’autre, la dictature religieuse en Iran planifie une nouvelle tragédie humaine. La cible, ce sont les 3500 membres du principal mouvement d’opposition, les Moudjahidines du peuple (OMPI), à la Cité d’Achraf en Irak. Le hasard de l’histoire veut que la plupart soient des rescapés ou des proches du massacre de 1988.

Pour arriver à ses fins, Téhéran pousse au transfert de la protection d’Achraf – aux mains de la force multinationale – aux forces de sécurité irakiennes. Angoissées, les familles des résidents de la cité tentent d’alerter depuis un mois, sur la place des Nations à Genève, les organisations internationales dont l’ONU, le HCR et le CICR.

Suite à un accord avec les forces américaines, à la fin de la guerre en Irak en mai 2003, les membres de l’OMPI ont volontairement remis leurs armes. En contrepartie, les Etats-Unis se chargent de leur protection. Un an plus tard, en vertu de la IVe convention de Genève, ils obtiennent le statut de « personnes protégées ». Le droit humanitaire international et le droit international interdisent de fait toute expulsion forcée ou extradition et leur garantissent une sécurité judiciaire.

Achraf subit alors les pressions de Téhéran : enlèvements, sabotage de son approvisionnement en eau, attaques aux missiles Grad fabriqués en Iran, attentats contre ses ouvriers irakiens et assassinat de dizaines de personnalités irakiennes qui ont pris sa défense.

Vu l’étendue de l’infiltration en Irak des gardiens de la révolution chargés du terrorisme, le transfert de la protection place la cité à leur merci. La déclaration du conseil des ministres irakien en juin, interdisant tout contact avec les habitants d’Achraf et exigeant le « contrôle entier » de l’OMPI « jusqu’à son expulsion d’Irak », renforce cette inquiétude. Le ministre irakien de la justice va jusqu’à menacer Achraf de « destruction ».

La population irakienne ne partage évidemment pas les intentions des alliés de Téhéran. En 2006, 5,2 millions d’Irakiens et en juin 2008, trois millions de chiites du sud du pays, ont signé des pétitions s’opposant à l’ingérence iranienne et soutenant l’OMPI.

Le retrait des forces américaines des environs d’Achraf va permettre à Téhéran d’intensifier les attaques et de trouver une complicité sur le terrain.

Certains prétendent dans l’insouciance que les conventions de Genève ne s’appliquent plus en Irak vu le caractère local du conflit. Pour le Pr. Eric David, président du centre des droits de l’homme de l’université libre de Bruxelles, cet argument est impensable compte tenu de la présence de 140 000 soldats américains. « La situation d’Achraf est le résultat direct de la guerre de 2003 qui est un conflit armé international ». Il conclut que « le droit international général oblige les Etats à protéger des personnes qui risquent d’être victimes de violations graves de leurs droits et libertés fondamentaux.»

La communauté internationale devrait saisir la gravité de la situation et réagir en insistant sur la nécessité de maintenir la protection d’Achraf par la force multinationale à défaut d’être le témoin impuissant d’un autre massacre et de porter la honte d’un autre Sebresnica.

 
* Membre de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne 

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