IranNucléaireLa surenchère iranienne aggrave les risques de crise

La surenchère iranienne aggrave les risques de crise

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Le Monde: Par Natalie Nougayrède – L’Iran a franchi une nouvelle étape dans la provocation envers la communauté internationale en annonçant, dimanche 29 novembre, qu’il se doterait de dix nouveaux sites d’enrichissement d’uranium. Soulevant une large indignation dans les pays occidentaux, cette décision de démultiplier son programme nucléaire prend de front la diplomatie de M. Obama et va à l’encontre des demandes du Conseil de sécurité de l’ONU, qui exige depuis 2006 la suspension de cette activité.

L’Iran a, en outre, fait dimanche une deuxième annonce, susceptible d’aggraver considérablement la crise diplomatique autour de ses activités sensibles. Il envisage de produire de l’uranium enrichi à 20 %, ce qui constituerait une fuite en avant technologique. Jusqu’ici, officiellement, l’Iran n’a jamais dépassé le niveau de 4,8 %. Le seuil de 20 % représente, selon les normes internationales, la limite entre le nucléaire civil et le nucléaire à caractère militaire.

RÉPLIQUES À L’AIEA

Ces deux annonces ont été faites à l’issue d’une réunion du gouvernement iranien à laquelle participait le président Mahmoud Ahmadinejad. Elles ont été présentées comme des répliques à un vote intervenu deux jours plus tôt, à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), condamnant l’Iran pour ses actes de dissimulation après la révélation en septembre d’un site secret d’enrichissement, près de Qom.

Selon M. Ahmadinejad, l’objectif est de parvenir à une capacité permettant de "produire 20 000 mégawatts". Les Etats-Unis ont réagi en déclarant que l’Iran risquait un plus grand isolement.

Ouvrant la voie à une expansion considérable du programme atomique, le gouvernement iranien a ordonné dimanche la construction de cinq nouvelles usines d’enrichissement d’uranium à des emplacements déjà mis à l’étude. Il a aussi demandé que, dans un délai de deux mois, cinq autres sites soient identifiés.

L’Iran ayant aujourd’hui deux sites d’enrichissement déclarés (Natanz et Qom), cela multiplierait par six le nombre d’installations. Il a été annoncé que les futurs sites devraient tous avoir les mêmes dimensions que l’usine de Natanz, qui est destinée à recevoir 50 000 centrifugeuses.

C’est à Natanz, site longtemps resté clandestin avant d’être révélé en 2002 par un groupe d’opposants iraniens exilés, qu’ont été accumulés depuis 2006 les quelque 1 500 kilos d’uranium faiblement enrichi dont l’administration Obama a essayé en vain d’obtenir l’évacuation (à hauteur de 1 200 kilos) vers la Russie et la France, pour tenter de désamorcer les tensions autour du nucléaire iranien.

Ce schéma de circuit d’uranium, conçu durant l’été par les Etats-Unis puis endossé par l’AIEA, visait au départ à répondre à une demande iranienne transmise en juin à l’Agence de Vienne. L’Iran demandait en effet d’être fourni en uranium enrichi à 20 % pour un réacteur de recherches à Téhéran, utilisé à des fins médicales.

Les diplomates occidentaux anticipaient qu’en cas de refus de l’AIEA, l’Iran prétendrait avoir en conséquence le droit de pousser lui-même son niveau d’enrichissement à 20 %. C’est ce qui s’est produit dimanche. "Nous allons étudier la possibilité de produire de l’uranium enrichi à 20 % lors de la réunion du gouvernement mercredi", a annoncé M. Ahmadinejad.

Aucune précision n’a été fournie quant à l’emplacement des dix nouveaux sites envisagés. Selon le président iranien, l’Iran a "besoin de 500 000 centrifugeuses" (appareils permettant l’enrichissement) semblables à celles de Natanz, mais M. Ahmadinejad a aussi évoqué une possible utilisation d’appareils plus sophistiqués, qui permettrait d’enrichir l’uranium à plus grande vitesse.

L’échec de l’offre d’enrichissement d’uranium iranien à l’étranger, faite par les grandes puissances en octobre, a coïncidé avec la poursuite de tensions politiques internes en Iran, où la surenchère entre les factions semble avoir réduit à néant l’espoir d’un compromis diplomatique, caressé depuis le début de l’année par l’administration Obama.

FRONT DIPLOMATIQUE COMMUN

Celle-ci n’a pas remis en cause, dimanche, son intention de se donner jusqu’à la fin de l’année pour mesurer les résultats de sa politique de la main tendue, mais elle ne cache plus son agacement. Si l’Iran met ses nouveaux plans à exécution, cela constituera "un exemple supplémentaire de la façon dont [ce pays] choisit de s’isoler", ont réagi dimanche les Etats-Unis, ajoutant que "le temps commence à manquer" pour que Téhéran fasse un geste constructif. Washington a intensifié ses efforts auprès de la Russie et de la Chine pour former un front diplomatique commun contre Téhéran.

Le récent vote d’une résolution du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, une première depuis 2006, a été facilité par cet effort américain de multilatéralisme. L’Iran semble avoir été pris de court par ce texte, qui l’appelle notamment à cesser immédiatement les travaux sur le site de Qom. Il envisage désormais, comme il l’avait déjà fait en 2006, de limiter sa coopération avec l’AIEA. Mais celle-ci est déjà réduite à la portion congrue, ainsi que l’a reconnu le directeur de l’Agence, Mohamed ElBaradei.

‘Iran ira-t-il jusqu’à la rupture totale avec l’Agence, suivant ainsi l’exemple de la Corée du Nord qui avait expulsé les inspecteurs internationaux et annoncé, en 2003, son retrait du traité de non prolifération (TNP) ? Cette question est désormais posée.

Pour l’heure, le Parlement iranien, ainsi que l’a annoncé dimanche son président Ali Larijani, "est prêt à reconsidérer le niveau de coopération avec l’AIEA, si l’Occident continue d’exercer des pressions sur nous". Samedi, 226 députés iraniens sur 290 ont signé une trêve allant dans ce sens.

Article paru dans l’édition du 01.12.09

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