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Iran : révélations d’un ancien responsable du renseignement dans une vidéo inédite

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Iran Focus, 3 novembre  2008 – Ancien haut gradé du renseignement iranien, Reza Malek vient de faire des révélations choquantes sur les crimes dont il a été témoin lorsqu’il était adjoint à la Division des recherches du ministère du Renseignement, le Vevak. Suite aux déboires de Saïd Emami, le numéro 2 du Vevak, impliqué dans les « meurtres en série » des années 1990 qui ont entraîné des luttes au sein du sérail, Reza Malek a également été arrêté après avoir rédigé un recueil sur les manipulations entourant l’élimination de Saïd Emami, principal protagoniste et témoin des « meurtres en série ».

Après sept ans d’emprisonnement et d’isolement, Reza Malek a adressé un message vidéo au Secrétaire général des Nations Unies. Il y confirme entre autre le chiffre avancé par l’opposition concernant le « massacre des prisons » en 1988, affirmant qu’«en quelques jours plus de 33.700 prisonniers politiques on été exécutés. » Il évoque également avoir été l’unique témoin de l’assassinat de la photojournaliste irano-canadienne Zara Kazemi, en 2003 à la prison d’Evine de Téhéran.

Cette vidéo a été diffusée par « Les Militants des droits de l’homme » sur YouTube, dont voici des extraits :

Première partie :

Au nom de Dieu

J’ai un message pour son excellence Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations unies.

Bonjour, son excellence Ban Ki-Moon, je vous prie tout d’abord de m’excuser de vous incommoder avec le récit de mes souffrances et celle des autres victimes du régime anti-humain. Également veuillez m’excuser pour la difficulté que j’ai à m’exprimer, difficulté dû à des problèmes physiques : Alzheimer,  lésions au niveau du crâne, des mâchoires ainsi que des difficultés que j’éprouve à me concentrer.

Votre Excellence, durant les six à sept ans d’enfermement, j’ai été confronté à d’innombrables difficultés psychiques et physiques, comme la présence des traces des fils électriques sur mon crâne, la fracture de ma mâchoire, les multiples maladies, la torture, la faim et la soif permanente ; des supplices qui sont intolérables pour une personne.

Votre Excellence, sachez que les difficultés et la tragédie du peuple iranien sont bien plus grandes que les miennes. Les donjons moyenâgeux, privation de la lumière du jour et de la couleur du ciel durant des années sont des souffrances  insoutenables.

Votre Excellence, j’ai été soumis aux tortures les plus sauvages depuis 2001, à tel point que les 7 années d’emprisonnement m’ont paru 70 ans.

Je souhaite vous faire la description des diverses formes de torture pratiquées par ces criminels anti-humain. Les  Services du renseignement et de sécurité de l’État ont été entraînés par les services russes. Ils ont appliqué sur moi divers formes de tortures : ils m’ont attaché à une tige en métal et m’ont fait tourné comme un barbecue en me tabassant ; affliger des chocs électriques aux organes sensibles du corps dont les testicules, la suspension de poids aux testicules, donner de l’insomnie pendant parfois plus de 12 jours au prisonnier, ce qui est un supplice terrible ; la privation des médicaments vitaux, privation de nourriture et d’eau durant la saison de grande chaleur ; la flagellation ; le passage à tabac par plusieurs tortionnaires à la fois; à plus plusieurs reprise j’ai été attaché des mains et des pieds à un lit pendant plus d’un mois dans des conditions extrêmes, on serre les attaches du prisonnier à tel point qu’il ne peut presque pas respirer ;

Votre Excellence, dans de telles conditions le prisonnier préfère mourir. Sous la torture le prisonnier sent mourir et renaître1000 fois. Être exécuté lui semblerait bien plus facile. Chaque minute sous la torture est pire que mourir. On ne détache même pas de prisonniers quand il veut faire la prière. On le frappe à tel point qu’il est ensanglanté partout sur son corps.

Votre Excellence, en hiver on maintient le prisonnier dans un froid extrême pendant plus de 40 jours, un supplice qui suffit à faire fondre une montagne, imaginez le cas d’un prisonnier malade et lacéré comme moi  dans de telles conditions; le maintien du prisonnier dans une extrême chaleur pendant deux à trois mois est tout aussi insoutenable, le prisonnier souffre énormément à chaque instant ; si ce n’était que pour une journée ou deux, cela serait tolérable, mais pour ce régime d’imposture, seul prévaut  la permanence de la torture; l’utilisation de chiens russes spécialement dressés pour arracher des aveux au prisonnier est une autre atrocité.

Votre Excellence, croyez-moi qu’il est difficile d’imaginer l’état d’un prisonnier maintenu pendant 6 à 7 ans en confinement solitaire dans le bloc numéro 209 de la prison d’Evine. Je vous parle de l’abattoir de milliers de femmes et d’hommes, des vieillards et des jeunes, des garçons et des filles mineures. Là où on entendait le cri des suppliciés qui scandaient « Dieu est grand », « vive la prison de Guantanamo », « vive Abou Ghoreib », « j’aurais préféré être incarcéré pendant 1000 ans à Guantanamo. »

Je vous parle de cet abattoir des humains qui est géré par des bourreaux sanguinaires.  Je vous parle du bloc numéro 209 d’Évine, placé sous l’autorité du Procureur de Téhéran et des services du renseignement.  Le bloc 209 est sous la supervision directe du guide suprême. Lorsque j’étais sur la torture, j’ai entendu dire à plusieurs reprises que « nous ne faisons qu’appliquer strictement les ordres du guide suprême », « nous avons un décret du guide suprême ».

Les tortionnaires appliquent les supplices avec un plaisir indescriptible, à l’instar des loups qui dévorent leurs proies. Sur les murs de la prison on peut lire partout sur des affiches les directives du guide suprême sur l’attitude à adopter vis-à-vis les opposants du régime.

Voilà ! Je vous parle de l’abattoir de milliers de jeunes et de femmes comme Zahra Kazemi, la célèbre journaliste. Permettez-moi de vous décrire un cas parmi des centaines dont j’ai été personnellement témoin dans le bloc de torture numéro 209. En effet, je suis le seul témoin de ce crime singulier survenu dans le bloc 209.

Il était minuit, lorsque j’ai entendu les cris d’une femme. Elle hurlait devant l’entrée du bloc 209 : « Salauds ! Ne me touchez pas !  Salauds, ne poussez pas ! Je vais y aller moi-même ! » Lorsque j’ai entendu ces cris, j’ai eu une nouvelle crise de migraine. La douleur me coupait le souffle et je frappais à la porte pour l’ouvrir. Le gardien de la prison ne voulait pas ouvrir le cachot. Parce que dans le bloc 209 nous ne sommes autorisés qu’à passer des messages par-dessous la porte et on ne sait jamais quand ils vont passer.

Après deux heures, et à la suite de mon insistance, ils m’ont fait sortir. Je me dirigeais dans le couloir vers la clinique. Lorsque j’ai levé la tête j’ai pu observer une femme se dirigeant vers nous avec une démarche chancelante. Elle n’avait pas le voile bleu habituel des prisonnières, il s’agissait pour cela d’une nouvelle venue. Marchant avec difficulté et  gémissant de douleur, elle nous a croisé et on la introduite dans une salle située en face de la clinique, où trois personnes l’attendaient. Parmi ces derniers j’ai reconnu le procureur de  Téhéran, Saïd Mortazavi. Oui ! Mortazavi, ce criminel notoire ! Aussi, il y avait un des directeurs du Vevak. Tout cela s’est passé en une fraction de seconde.

Je me suis assis et j’ai attendu. Avant que l’infirmier entre, j’ai pu entendre le gémissement et les implorations d’une femme. On a ordonné de lui enlever son bandeau. Elle implorait « Monsieur le juge !, monsieur le juge ! Je jure par Dieu !…» On lui a soudain asséné un coup dur en lui disant : « Salope ! Ne jure pas ! » J’ai reconnu la voix du procureur de Téhéran avec son accent particulier.

 Ensuite le bruit d’un objet qu’on a basculé retenti, le choc d’une chaise  balancée et les hurlements d’une femme… L’infirmier qui était en train de préparer une injection à mon intention a également été saisi par le choc et resté silencieux. Soudainement ils ont commencé à appeler le médecin et qu’il fallait la transporter à la clinique. Je les entendais dire : « Ma sœur ! Ma sœur ! Levez-vous !

 L’infirmier m’a quitté sans me donner d’injection. Un gardien est ensuite venu et  m’a mis un bandeau et m’a évacué du lieu. Lorsque j’ai passé devant la salle en question, j’ai regardé sous le bandeau, il y avait un grand tumulte.

 Aux environs de 2h du matin, j’ai entendu le dialogue des bourreaux qui disaient : « elle ment, elle prétend être sans connaissance ».

A l’époque, je ne savais pas de qui il s’agissait. Mais le lendemain j’ai pu tirer l’information d’un des gardiens, responsable de la distribution de la nourriture : « C’est une espionne, dit-on, elle est venue filmer et photographier. » Plus tard j’ai appris son identité dans les informations.

Votre Excellence, j’ai également été témoin d’un prisonnier torturé jusqu’à la paralysie, il s’appelait Hossein Kabir. Le bloc 209 de la prison, avec plus d’une centaine de cellules est en pleine expansion. Les salles de torture sont complètement isolées. Il y a une insonorisation complète. Le Vevak contrôle plus d’une centaine de prisons secrètes à Téhéran. Ces donjons sont gérés tels des abattoirs traditionnels qui s’étendent à travers tout le pays.

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