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L’Iran, trois fois l’Iran

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Le Monde, 16 janvier –Par Daniel Vernet – Deux mois après la défaite de ses amis républicains aux élections de mi-mandat, George W. Bush n’a pas changé de stratégie en Irak, mais il a ouvert un nouveau front au Moyen-Orient. De Bagdad, l’attention s’est déplacée vers Téhéran.

Le glissement semble l’aboutissement de discussions aussi vieilles que cette administration. Après les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone, le 11 septembre 2001, certains conseillers présidentiels étaient d’avis de s’en prendre d’abord à l’Irak (« Iraq first »). Ce fut l’Afghanistan des talibans qui fut choisi pour cible. En 2003, d’autres, et parfois les mêmes, martelaient « Iran first », parce qu’ils considéraient le régime des mollahs encore plus dangereux que celui l’Irak. A l’époque, M. Bush a donné la priorité au renversement de Saddam Hussein. Les trois pays figuraient sur la liste des « Etats-voyous ». Il revient maintenant vers ce que son vice-président, Dick Cheney, appelle « la menace multidimensionnelle » que représenterait l’Iran « pour toute la région ».

En un sens, M. Cheney, qui était il n’y a pas si longtemps en visite en Arabie saoudite, a raison : l’influence de Téhéran s’est considérablement renforcée au cours des dernières années, par l’intermédiaire des chiites irakiens, du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien… Inquiets, les régimes sunnites dits modérés ont d’autant plus besoin d’être rassurés par leurs alliés américains que la montée en puissance de l’Iran est, en partie au moins, la conséquence de l’aventure irakienne.

De ce fiasco, George Bush n’a pas tiré les mêmes conclusions que le rapport Baker-Hamilton. L’ouverture d’un dialogue politique avec Téhéran – et avec Damas -, recommandé par les deux vétérans de la diplomatie américaine, serait pour lui un signe de faiblesse. Sa ligne est à la fermeté, voire à la confrontation. Il semble décidé à affronter trois fois l’Iran. D’abord en Irak. Depuis plusieurs semaines déjà, il avait donné des ordres pour que les Iraniens apportant une aide directe aux insurgés irakiens soient mis hors d’état de nuire. Le résultat public ne s’est pas fait attendre. Un groupe de cinq Iraniens, agissant sous couvert d’activités diplomatiques, a été arrêté la semaine dernière par les forces américaines.

Les Etats-Unis ouvriront-ils un deuxième front en poursuivant jusque sur le territoire iranien les éléments qui « pêchent en eaux troubles », selon les termes de Dick Cheney ? Les réponses évasives apportées officiellement à cette question posée par les observateurs comme par les parlementaires démocrates laissent à penser que l’hypothèse est sérieuse. Washington a envoyé dans le Golfe une deuxième unité aéronavale, qui peut être aussi bien un élément de dissuasion qu’une base de départ pour des opérations de commando destinées à « punir » l’Iran ou à infliger quelques dégâts ciblés à ses infrastructures, y compris ses centres nucléaires.

C’est le troisième champ de l’affrontement américano-iranien. L’administration Bush – et Israël – manifeste de plus en plus d’impatience devant la vanité des efforts déployés aux Nations unies pour empêcher les Iraniens d’avoir la bombe. Pour obtenir le soutien du Conseil de sécurité, les Occidentaux ont été contraints de vider les sanctions de toute signification. Les Européens, à l’origine de l’initiative diplomatique, n’avouent pas leur échec, mais devraient reconnaître que l’unité tant vantée de la communauté internationale est, en l’occurrence, une recette pour l’impuissance.

L’idée s’installe donc que George Bush ne quittera pas le pouvoir sans avoir ordonné des frappes sur les sites nucléaires iraniens. Beaucoup de ceux qui en sont convaincus pensent en même temps que c’est une folie. Les Européens ont cherché à éviter l’alternative : les bombardements américains ou la bombe iranienne. Le plus probable, ce sont et les bombardements et la bombe.

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