Iran and its NeighboursIrakEtats-Unis et Iran se parlent... de l'Irak

Etats-Unis et Iran se parlent… de l’Irak

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Première entrevue depuis vingt-sept ans entre les deux ambassadeurs, hier à Bagdad.

Libération, 29 mai – Par Philippe Grangereau – Inimaginables il y a encore quelques mois, le premier tête-à-tête depuis 1980 entre les Etats-Unis et l’Iran au niveau des ambassadeurs a été qualifié de «professionnel et positif» par le représentant américain à Bagdad, Ryan Crocker.

Les discussions d’hier, qui ont duré quatre bonnes heures, se sont tenues dans le bureau du Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, qui vit barricadé dans la «zone verte» de Bagdad. Ce premier face-à-face méfiant entre les deux ennemis jurés n’a pas pour objet immédiat d’aborder les nombreux contentieux qui séparent le régime chiite et la Maison Blanche ­ telle la question du nucléaire iranien. Ils partent du principe que les deux pays ont un intérêt commun à stabiliser l’Irak et son gouvernement à dominante chiite, et ce seul sujet a été abordé. Les Iraniens ont demandé à poursuivre ce dialogue.

Le négociateur américain a expliqué, à l’issue des entretiens, que Washington et Téhéran avaient la même vision de principe d’un «Irak démocratique, sûr, stable et fédéral, qui contrôle sa propre sécurité et est en paix avec ses voisins». «Le problème, a-t-il ajouté, est que les Iraniens ne mettent pas en pratique leurs propres principes.» Il a réitéré devant son homologue iranien, Hassan Kazemi, les accusations selon lesquelles l’Iran fournit armes et entraînement aux milices irakiennes, chiites et sunnites, qui luttent contre l’occupant américain et les forces de sécurité irakiennes. «C’est un fait que les explosifs utilisés par ces groupes viennent d’Iran», a-t-il dit. Pour sa part, l’Iran considère que le départ des forces américaines d’Irak est la première condition au rétablissement de la sécurité en Irak.

Le président américain, George W. Bush, qui avait en 2002 placé l’Iran dans sa liste des pays de «l’axe du mal», était récemment encore farouchement opposé à ces pourparlers. Il doit néanmoins faire face à des pressions croissantes émanant du camp démocrate, mais aussi du camp républicain, pour mettre un terme à une guerre de quatre ans, de plus en plus coûteuse en hommes et en argent. En moyenne, trois GI sont tués chaque jour en Irak. Le président Iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a qualifié ce premier dialogue bilatéral de «progrès». Mais on est encore loin des prémices d’une normalisation.

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