IranNucléaireIran: L'étrange récit du physicien

Iran: L’étrange récit du physicien

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JDD – Le physicien nucléaire iranien, Shahram Amiri, qui assure avoir été enlevé par les services secrets américains en juin 2009 en Arabie saoudite, a quitté mercredi les Etats-Unis pour l’Iran. Il promet de raconter en détails les circonstances de sa disparition dès son retour au pays. Washington assure n’avoir aucun rapport avec cette histoire.

Le physicien nucléaire iranien Shahram Amiri est-il une taupe aux services des Etats-Unis ou un simple chercheur pris au piège de la rivalité américano-iranienne? Il n’est pas sûr que l’on connaisse un jour la réponse avec certitude. Dans ce dossier, deux thèses s’affrontent. Celle défendue par Téhéran – et par Shahram Amiri lui-même – qui consiste à dire que le scientifique a été enlevé par les services secrets américains alors qu’il se trouvait en Arabie saoudite. Ceux-ci auraient ensuite cherché à lui soutirer des informations quant à la nature du programme nucléaire de la République islamique. L’homme est en effet présenté par les médias iraniens comme étant un chercheur en radio-isotopes médicaux à l’université Malek Ashtar, qui dépend des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime iranien.

L’autre thèse consiste à penser – comme la chaîne américaine ABC – que Shahram Amiri a volontairement quitté l’Iran pour collaborer, sur ce dossier, avec la CIA. Officiellement, les Etats-Unis ont pris soin de rester en retrait, assurant qu’ils n’avaient aucun lien avec cette affaire. Le porte-parole du département d’Etat américain, Philipe Crowley, s’est contenté de déclaré mardi que le physicien se trouvait sur le sol américain « de son plein gré (…) depuis un certain temps ».

Il promet de dire toute la vérité
Shahram Amiri est brusquement réapparu mardi sur la scène médiatique, dans une interview accordée à la télévision d’Etat iranienne. Il disait s’être réfugié dans les locaux de la section des intérêts iraniens à Washington – au sein de l’ambassade du Pakistan – et demandait à rentrer dans son pays. «  »Il est libre de partir, il était libre de venir, ce sont des décisions qui ne concernent que lui », avait alors estimé la secrétaire d’Etat mardi. C’est chose faite depuis mercredi matin. Le scientifique doit arriver à Téhéran jeudi, après une escale au Qatar.

Dans une interview diffusée mercredi matin par la chaîne iranienne Press TV, il promet de raconter toute la vérité sur son histoire. « Une fois en Iran, je vais clarifier les allégations des médias étrangers et du gouvernement américain qui ont porté atteinte à ma réputation », assure-t-il ainsi. Le physicien a déjà commencé à en révéler une partie. Il raconte qu’en juin 2009, alors qu’il effectue un pèlerinage à Médine, en Arabie saoudite, deux hommes, qui se présentent comme des pèlerins iraniens, le font monter dans une voiture. « Un des hommes a pointé un pistolet vers moi. Ils m’ont fait une piqûre et lorsque je me suis réveillé, j’étais dans un avion militaire », a-t-il raconté sur Press TV. Le scientifique dit ensuite s’être retrouvé aux Etats-Unis.

L’Iran assure qu’il y aura des conséquences
Sur le sol américain, il assure avoir « subi des pressions psychologiques énormes ». « On a exercé des pressions sur moi pour que je présente à des médias américains des documents [sur le programme nucléaire iranien, ndlr] et dise que je me suis réfugié aux Etats-Unis de mon plein gré », a-t-il notamment déclaré, précisant avoir refusé la manœuvre et ce, en dépit d’une « offre financière ». Dans une interview accordée le 7 juin dernier à la télévision d’Etat iranienne, il disait avoir été détenu près de Tuscon, en Arizona, et avoir été torturé. Dans une autre vidéo diffusée peu après, il affirmait se trouver en Virginie après avoir échappé aux agents américains. Chose étrange, dans une troisième vidéo, il disait avoir choisi d’étudier aux Etats-Unis. Pour un responsable américain, l’existence même de ces vidéos – et les propos contradictoires tenus par le scientifique – prouvent qu’il n’était pas détenu contre son gré sur le territoire américain.

De son côté, Téhéran, embourbé dans un bras de fer avec la communauté internationale, Etats-Unis en tête, a toujours défendu son ressortissant, accusant Washington de l’avoir enlevé. Selon le député iranien Alaeddine Borujerdi, les services américains auraient bel et bien tenté d’obtenir des informations du scientifique sur le programme nucléaire de la République islamique. Problème, a-t-il confié à l’agence iranienne Isna, « ses informations étaient limitées à son domaine ». « Quand les Américains ont réalisé qu’ils avaient commis une erreur, la situation a rapidement changé », explique-t-il. L’Iran ne compte pas en rester là. Le ministère des Affaires étrangères a d’ores et déjà annoncé que son pays utiliserait tous les canaux légaux et diplomatiques disponibles afin de faire la lumière sur le rôle exact joué par les Etats-Unis dans cette affaire. Une énième source de tension entre les deux pays.

http://www.lejdd.fr/International/Moyen-Orient/Actualite/Iran-L-etrange-recit-du-physicien-207426/

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