OpinionAnalyseIran: Sakineh, Farah, Azam et les autres…

Iran: Sakineh, Farah, Azam et les autres…

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LeMonde.fr: Par Nader Nouri* – Une jeune femme en tchador condamnée à mourir sous une pluie de cailloux pour avoir aimé un autre homme que son mari, attendant, avec ses deux enfants qui pleurent sans cesse, d’être secourue par les combattants en route… Une vieille forteresse fissurée d’un chef suprême enturbanné aux allures et aux paroles moyenâgeuses, commandant une armée de bourreaux. Un petit homme barbu qui brandit l’arme absolue d’un geste menaçant. Superproduction hollywoodienne au scénario à couper le souffle ? Hélas non, nous sommes dans l’Iran des mollahs, en ce début de la deuxième décennie du troisième millénaire.

L’Iran souffre depuis longtemps. Il y eut d’abord la dictature du chah, puis celle de Khomeiny et des mollahs. La théocratie totalitaire a exécuté plus de 120 000 opposants.

A la menace nucléaire que redoutent ses voisins dans la région et dans le monde entier – puisque la « République islamique » serait proche de la mise au point d’une bombe atomique – s’ajoute une barbarie sans précédente dans la répression : la torture et l’exécution des prisonniers politiques dont des femmes, pendaisons publiques dont celles de mineurs, pratique de Qessas (loi du talion).

La « bête immonde » a-t-elle resurgi cette fois sur les terres d’une civilisation ancienne, celle de la Perse ? De toute évidence, la réponse est affirmative. Rarement dans l’histoire récente, les droits humains fondamentaux des hommes, et surtout des femmes, ont été si violemment piétinés et de manière si flagrante, si éhontée au nom de la… religion !

Sakineh Mohammadi-Ashtiani, cette jeune femme de 43 ans, soudainement propulsée au devant de la scène internationale et dans les médias du monde entier (notamment suite à une apparition honteusement forcée à la télévision d’Etat iranienne) est la dernière en date. Des dizaines de milliers d’hommes et de femmes sont victimes des lois inhumaines du seul régime intégriste au pouvoir dans un grand pays pétrolier d’une région explosive du monde. Sakineh est-elle un symbole ?

Elle qui n’avait que 12 ans au moment de la révolution « islamique » en Iran, il y a trente-et-un an, a grandi dans les quartiers pauvres de Tabriz (nord-ouest de l’Iran). Elle est totalement illettrée, mais elle aime la vie et ses enfants. Mais sait-on que Sakineh n’est pas la première femme à être condamnée à ce supplice d’un autre âge dans le pays des mollahs ? Et qu’elle ne sera pas, hélas, la dernière, si les dirigeants de Téhéran ne sont pas contraints à mettre fin à cette barbarie que sont les châtiments corporels dégradants, solidement ancrés dans la doctrine du gouvernement de la République islamique d’Iran.

AU CŒUR DE LA RÉVOLTE

Au cours des derniers mois, depuis l’insurrection populaire de l’été et l’automne 2009, des milliers de manifestants et de militants ont été emprisonnés et torturés. Récemment, huit opposants ont vu leur condamnation à mort confirmée sous l’accusation médiévale de « Mohareb » (lutte contre Dieu) ! Tous ont un proche dans la cité de la résistance en Irak près de la frontière iranienne, Achraf, où sont regroupés les membres de l’opposition des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). Farah Vazéhan, arrêtée en raison de sa participation à l’insurrection et ses liens familiaux avec un exilé d’Achraf, a été condamnée à la pendaison. Ses enfants ont été maintenus en cellule d’isolement pour les contraindre à témoigner contre leur mère.

Pourtant, les femmes iraniennes sont au cœur de la révolte. C’est pourquoi il faut les soutenir dans leur combat face au démon de l’intégrisme.

Azam Hadj-Heydari est née dans un quartier pauvre de Téhéran. Opprimée par un père et un frère fanatisés par la doctrine khomeyniste, Azam choisit un autre destin. Après avoir obtenu son baccalauréat et entamé une carrière d’enseignante, elle ne peut plus supporter les pressions des mâles de sa famille pour la convertir à leurs idées et à leurs manières de penser et de vivre. Elle décide d’échapper à la prison familiale. Dans sa quête de liberté et de justice, elle rejoint le mouvement populaire qui s’oppose farouchement à la dictature religieuse, celui de l’OMPI. Un choix qu’elle paiera très cher. Pourchassée par les matraqueurs à la solde du régime, les gardiens de la révolution des mollahs, elle se fait arrêter.

Dans un témoignage bouleversant, Azam raconte cinq années passées dans les geôles des mollahs, dont la prison notoire d’Evin à Téhéran, torturée physiquement et psychologiquement, dont huit mois accroupie, les yeux bandés, dans une cage. Mais elle résiste, c’est le prix à payer pour rester humain. Cette militante dresse un portrait sans concession de ce que la barbarie humaine peut encore créer comme enfer sur terre, inconcevable à notre époque. Le récit poignant de cette femme musulmane pratiquante permet de comprendre le calvaire de Sakineh et des autres femmes iraniennes martyrisées.

Azam, qui a rejoint le camp d’Achraf, se joint à un appel pour que le Conseil de sécurité traduise en justice les responsables des exécutions et des massacres organisés en Iran et que les gouvernements conditionnent leurs relations avec ce régime à l’arrêt de ces exécutions.
 
* Nader Nouri, ancien diplomate iranien en poste à Paris, a fondé l’Association des académiciens et des experts iraniens en exil en France.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/09/06/sakineh-farah-azam-et-les-autres_1406513_3232.html#ens_id=647065
 

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