La crise des salaires impayés dans les secteurs de la production et des services en Iran s’est aggravée. Dans le contexte du conflit actuel entre les États-Unis et le régime iranien, de nombreux travailleurs n’ont pas perçu leur salaire depuis des mois et, selon certaines informations, ne disposent plus que de deux mois de « résilience économique ».
Ces dernières semaines, certaines entreprises ayant précédemment licencié du personnel ont rappelé leurs employés pour reprendre leurs activités. Toutefois, ces travailleurs se retrouvent aujourd’hui confrontés à des impayés pour les mois iraniens de Khordad et Tir (du 22 mai au 22 juillet) ainsi qu’à une accumulation d’arriérés de salaire.
Selon un rapport publié jeudi 23 juillet par l’agence de presse étatique ILNA, des travailleurs qui s’étaient tournés vers des activités telles que la conduite pour des services de VTC afin d’échapper au chômage sont retournés en usine ; ils restent cependant privés de leurs salaires légaux et ne bénéficient plus de l’assurance-chômage.
Exploitation de la crise et risque de troubles sociaux
Akbar Shokat, secrétaire exécutif de l’organisation « Maison des travailleurs » (Workers’ House) dans la province de Qom, a averti dans une interview accordée à l’agence ILNA que l’écrasante majorité de la classe ouvrière iranienne vit en dessous du seuil de pauvreté en raison d’années de « blocage des salaires » et dispose d’une capacité très limitée à résister aux pressions économiques.
Il a souligné que si la tendance actuelle se poursuit et qu’aucune intervention économique spécifique n’est mise en œuvre, le pays connaîtra certainement d’importants « troubles sociaux » parmi les travailleurs d’ici la fin de l’été.
L’agence ILNA avait précédemment fait état de la multiplication des grèves dans divers secteurs industriels et de services, dans différentes villes d’Iran.
Le 23 juin, ILNA a rapporté que 1 600 travailleurs du groupe de fabrication de machines de Tabriz (Tabriz Machine Manufacturing Group) s’étaient mis en grève pour protester contre le non-paiement de deux mois de salaire.
Les travailleurs ont cessé le travail dans une démarche visant à « faire valoir leurs droits légaux » et ont exigé le paiement de leurs arriérés pour les mois iraniens d’Ordibehesht et Khordad (du 21 avril au 21 juin).
Les employés du centre de santé d’Eslamabad-e Gharb ont également organisé une manifestation le 22 juin pour dénoncer l’insuffisance des salaires et des avantages sociaux, ainsi que la détérioration de leurs conditions de vie. Les employés ont vivement critiqué les « retards de paiement et les inégalités » au sein du système de santé du pays, qualifiant leurs revenus de « dérisoires par rapport au seuil de pauvreté ».
Évoquant l’attitude de certains employeurs, le secrétaire exécutif de la Maison des travailleurs de la province de Qom a déclaré : « Certains employeurs profitent de la situation actuelle. Bien qu’ils disposent de stocks de matières premières et de marchandises, ils réduisent leur capacité de production et ne versent pas les salaires de leurs employés. »
M. Shokat a souligné que les employeurs ayant « accumulé des richesses en toute sécurité » dans les décennies ayant suivi la guerre Iran-Irak ont désormais l’obligation morale de contribuer au maintien de la stabilité et ne doivent pas faire peser le fardeau de la crise sur les travailleurs.
L’inaction du gouvernement face à la crise des unités de production
La crise des moyens de subsistance s’aggrave de jour en jour : suite à l’escalade des tensions entre les États-Unis et le régime iranien, les taux de change sur le marché libre ont grimpé en flèche, le dollar américain dépassant tous les records pour franchir la barre des 1,93 million de rials.
Parallèlement, l’inquiétude grandit alors que les responsables du régime et les membres du Majlis (parlement) se focalisent sur les tensions sécuritaires et militaires tout en négligeant systématiquement les crises intérieures croissantes du pays.
Dans la suite de son intervention, M. Shokat a critiqué l’inaction des institutions compétentes et a appelé à une refonte fondamentale de la politique économique du gouvernement en temps de guerre.
Il a affirmé que le gouvernement devait soutenir les unités de production par une gestion stratégique, des exonérations douanières sur l’importation de matières premières et l’octroi de prêts bancaires, afin d’éviter tout retard dans le versement des salaires.
Ce militant syndical a également insisté sur la nécessité de poursuivre en justice les « soi-disant employeurs » qui se livrent à la rétention de stocks et ne paient pas les salaires de leurs employés.
La conjonction de l’instabilité liée à la guerre, de l’inflation galopante et de la flambée des taux de change, aggravée par l’inaction des autorités, expose la sécurité sociale, alimentaire et psychologique des ménages ouvriers et des retraités à l’une des menaces les plus graves de ces dernières décennies.

