Téhéran, Iran – 3 juin 2025 – Dans un avertissement sans équivoque lancé à l’occasion de leur 71e semaine de manifestations, les participants à la campagne « Non aux mardis des exécutions » ont appelé de toute urgence les familles de condamnés à mort et la communauté internationale à rompre le silence qui entoure le recours croissant à la peine capitale par le régime iranien, une tactique de plus en plus perçue comme une mesure désespérée pour réprimer la dissidence. La campagne, désormais active dans 46 prisons à travers l’Iran, a mis en lumière une augmentation effroyable des exécutions autorisées par l’État.
La déclaration des prisonniers révèle que depuis le 21 mai 2025 (début du mois persan de Khordad), au moins 67 prisonniers, dont trois femmes, ont été exécutés. Cela représente en moyenne environ sept exécutions par jour. Dans une démonstration particulièrement brutale, 20 prisonniers auraient été pendus en une seule journée, le 28 mai 2025.
Ces chiffres concordent avec les rapports de groupes d’opposition extérieurs. Le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a déclaré le 30 mai 2025 que 41 personnes avaient été exécutées en seulement trois jours, du 26 au 28 mai 2025. Cela équivaut à près de 14 exécutions par jour, soit une personne tuée moins de deux heures. Le CNRI a également noté que depuis juillet 2024, sous le mandat présidentiel de Massoud Pezeshkian, le nombre d’exécutions a atteint le chiffre ahurissant de 1 275.
Le communiqué de campagne « Non aux exécutions les mardis » affirme que cette vague d’exécutions est une stratégie délibérée du régime. « Le régime de massacres et d’exécutions, dans ses cachots, exécute des prisonniers en masse et dans le plus grand secret », peut-on lire dans le communiqué, ajoutant que ces actions, conjuguées au « mépris du droit international et à l’instrumentalisation de la religion », visent à « réprimer les mouvements de justice et les soulèvements populaires ».
Les prisonniers soulignent que ce niveau élevé de peine capitale s’accompagne de violations généralisées du droit à un procès équitable. Ils mettent en avant des cas précis pour souligner les graves injustices. Le mercredi 28 mai 2025, Pedram Madani aurait été pendu à la prison de Ghezel Hesar pour « espionnage », son exécution ayant eu lieu dans le « silence médiatique ».
Par ailleurs, le communiqué s’alarme du cas de Mohammad Amin Mahdavi Shayesteh, précédemment condamné à mort pour « espionnage » par le juge Abolghassem Salavati, surnommé le « juge de la mort ». La demande de révision du procès de Mahdavi Shayesteh a été rejetée par la Cour suprême, l’exposant à un « risque sérieux d’exécution ».
Face à ces sombres événements, la campagne « Non aux mardis des exécutions » implore directement les familles des condamnés à mort d’agir. « La campagne… conseille aux familles des condamnés à mort de publier rapidement les dossiers de leurs proches et d’informer la population iranienne et les institutions de défense des droits humains », exhorte le communiqué. L’objectif affiché de cette divulgation publique est crucial : « afin que, grâce à ces éclaircissements, nous puissions arrêter et neutraliser la machine du massacre et des exécutions.»
Les prisonniers lancent également un avertissement sévère à ces familles : « Elles ne doivent pas se laisser tromper par les ruses ou les menaces des agents des services de renseignement et des interrogateurs, de peur que le gouvernement n’exécute des prisonniers dans le silence des médias et, d’une certaine manière, ne bafoue leur droit à la vie par des meurtres cautionnés par l’État.»
La campagne « Non aux mardis des exécutions » elle-même témoigne d’une résistance interne croissante. Lancée en janvier 2024, elle a marqué sa 71e semaine consécutive le 3 juin 2025. L’inclusion récente des détenus de la prison de Firuzabad, dans la province de Fars, a étendu la portée de la campagne à 46 prisons à travers l’Iran, où les détenus participants mènent des grèves de la faim hebdomadaires. La campagne a également exprimé sa solidarité avec d’autres mouvements de protestation, comme la grève des chauffeurs routiers, qui dure depuis maintenant douze jours.
Le message des prisonniers est à la fois un avertissement sévère et une détermination inébranlable. Ils appellent le grand public, et en particulier les familles des condamnés à mort, à soutenir leur campagne et à veiller à ce que « la voix du “Non à l’exécution” résonne dans chaque ville et chaque rue ». Ils concluent par une affirmation forte : « Le pouvoir réside dans notre unité et notre solidarité », signalant que malgré la répression brutale du régime, l’esprit de résistance demeure intact.

