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Israël, le Hezbollah et les monarchies du Golfe se préparent à la possibilité de frappes en Iran

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Le Figaro, 17 octobre – L’analyse de Georges Malbrunot – Nul ne sait si George W. Bush attaquera l’Iran, mais au jeu des pronostics, le scénario d’attaques ciblées est étayé par plusieurs « indices ».
Faute d’informations précises, fournies par Tel-Aviv et Damas, le mystérieux raid israélien contre une installation syrienne le 6 septembre alimente toujours les spéculations. L’analyse des premières images par satellite révèle le scénario suivant : six avions de chasse israéliens ont volé le long de la côte méditerranéenne, avant de ravitailler entre Chypre et la Turquie, puis de survoler le territoire turc, où les pilotes ont alors largué leurs réservoirs de carburant, pour mieux pénétrer dans l’espace aérien syrien. Deux de ces réservoirs ont été retrouvés en Syrie, et deux autres en Turquie. Ce délestage leur permet de voler en supersonique au-dessus de la Syrie, pour échapper à la défense syrienne.

Selon un expert français, le message israélien était double : « D’une part montrer aux Syriens que Tsahal reste capable de détruire un site proliférant ou non, d’autre part procéder à une démonstration de force auprès de la communauté internationale. » Dans ce cadre, la piste d’une répétition générale avant une frappe préventive israélienne contre le système nucléaire iranien « à poupées gigognes » n’est pas à exclure.

En prévision d’une possible riposte iranienne à des bombardements américains, Israël a également décidé d’« enterrer » son ministère de la Défense à Tel-Aviv, où les travaux de « bunkérisation » s’accélèrent. L’État hébreu, qui redoute un détournement d’avion allant s’abattre contre une tour du ministère de la Défense, a tiré la leçon des Scud irakiens de 1991 sur Tel-Aviv. D’autant qu’à cent kilomètres plus au nord, le Hezbollah se prépare lui aussi. Non plus seulement au nord du fleuve Litani, dans la partie orientale de la plaine de la Bekaa, où un réarmement est observé depuis le début de l’année. Mais – et c’est nouveau – au Sud-Liban, dans la zone de déploiement de la Finul (la Force des Nations unies, renforcée après la guerre de l’été 2006 entre Tsahal et le Hezbollah).

Ces derniers temps, des convois de camions ont été repérés la nuit, ainsi que des creusements immédiatement recouverts dans des palmeraies, et des explosions suspectes ont été entendues : autant d’indices qui rappellent étrangement les préparatifs des années 2005-2006, lorsque, en prévision d’un conflit face à Israël, le Hezbollah creusait ses tunnels, fortifiait ses bunkers, et sécurisait ses communications radio. « L’armée libanaise a été avertie, mais, pour l’instant, elle ne fait rien », regrette l’expert militaire français.

Hassan Nasrallah parlait cet été de futures « grandes surprises ». Le chef du Hezbollah insinuait que son parti, allié de Téhéran et de Damas, détenait des missiles de plus longue portée que les modèles iraniens que Tsahal détruisit pendant la guerre en 2006 : des Zelzals capables d’atteindre Tel-Aviv, voire plus au sud d’Israël.

En représailles à des frappes contre leurs installations, les Iraniens privilégieraient l’action indirecte, via leurs relais (Hezbollah, minorités chiites dans les pays du Golfe), plutôt que des attaques contre des installations pétrolières ou américaines dans le Golfe. Inquiets pour la stabilité régionale, des Émirats, comme le Qatar, exploitent leurs bonnes relations avec Téhéran pour négocier une immunité. D’autres, comme les Émirats arabes unis ou certaines factions du pouvoir saoudien, en sont déjà à approuver – sans le dire bien sûr – des bombardements américains, qui écarteraient, selon eux, la « menace perse » séculaire.

« Les Américains paraissent décidés à frapper l’Iran, déclare au Figaro un haut responsable d’une pétromonarchie du Golfe. Nous organisons en coulisses des rencontres entre responsables des deux camps, mais, à chaque fois, les Américains changent de représentants, ils ne sont pas sérieux dans leur désir d’avancer sur la voie diplomatique », regrette ce dirigeant.

L’Administration Bush reste partagée entre les « faucons » derrière le vice-président Dick Cheney et les pragmatiques, emmenés à la fois par Condoleezza Rice, le secrétaire d’État, et Robert Gates du Pentagone, hostiles à des frappes. Entre les deux camps, le président George Bush n’aurait pas encore tranché. « Israël pourrait faire pencher la balance, mais les Israéliens eux-mêmes sont divisés », ajoute l’expert français.

Convaincu que le fiasco américain en Irak interdit tout nouvel aventurisme, le pouvoir iranien continue de ne pas croire en une guerre. Mais à Téhéran, où le pouvoir et ses officines donnent des signes de nervosité, on s’active également. Comment interpréter autrement le rapprochement entre l’armée et les pasdarans, ou la surveillance renforcée autour d’anciens responsables du dossier nucléaire, comme Hussein Moussavian. « Le vrai signal d’une imminence des opérations sera le déploiement par Israël du bouclier antimissiles Patriot-Arrow destiné à intercepter le maximum d’engins susceptibles d’être envoyés sur l’État hébreu », conclut un diplomate, familier d’Israël. On n’en est encore qu’au début de l’intégration du binôme Patriot-Arrow.

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