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Le régime, confronté aux accusations de fraude, ordonne un nouveau décompte

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AFP, Téhéran, 20 juin – par Laurent LOZANO – Le régime iranien a ordonné lundi que soient recomptés une partie des bulletins du premier tour de la présidentielle pour faire taire les accusations de fraude, a annoncé la télévision d’Etat.
Ce nouveau décompte s’effectuera sur un total de 100 urnes prises au hasard à Téhéran, dans la ville sainte de Qom (sud de Téhéran), à Ispahan (centre) et Machhad (nord-est) parmi les 41.071 du scrutin, a rapporté la télévision.
Il devait être achevé d’ici à 18H00 locales (13H30 GMT) pour que le second tour puisse avoir lieu vendredi comme prévu.
Mostafa Moïn, le candidat malheureux du premier tour soutenu par le principal parti réformateur, a cependant réclamé le report de ce second tour, compte tenu de « l’ingérence organisée des forces militaires » dans le scrutin et les « nombreuses informations (selon lesquelles) le vote et le décompte ont été truqués ».
Les accusations de fraude se sont multipliées depuis que l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad a causé la sensation au premier tour. Arrivé deuxième, il doit affronter au second tour le pragmatique Akbar Hachémi Rafsandjani.
Ces accusations ne visent pas seulement d’éventuels bourrages d’urnes, mais aussi des achats de voix et l’immixtion dans le vote d’organes institutionnels, comme le Conseil des gardiens, et militaires, comme l’armée idéologique (Gardiens de la Révolution) et la milice islamiste (bassidj).
Le Conseil des gardiens, puissante institution conservatrice qui supervise les élections, et les militaires auraient mené à la dernière minute et dans le plus grand secret un vaste entreprise de mobilisation en faveur de M. Ahmadinejad dans l’armée et les organisations radicales.
« Il y a eu une ingérence organisée des forces militaires avant, pendant et après le vote, ce qui remet en cause l’honnêteté de l’élection », a dénoncé M. Moïn par la voix de son directeur de campagne.
« La campagne menée par des forces militaires se servant des fonds de l’Etat au profit de l’un des candidats a permis à celui-ci d’être au second tour », insiste-t-il pour réclamer le renvoi du second tour jusqu’à ce que tous les recours soient examinés.
Dans les bureaux de vote, nombre de surveillants auraient oeuvré au succès de M. Ahmadinejad, dit-il.
M. Rafsandjani, plus en sous-entendus, a assuré dimanche que l’élection avait été « entachée par certains agissements et certaines interventions » qui visaient à « orienter le vote ».
L’une des grandes personnalités politiques iraniennes, Mehdi Karoubi, arrivé à une étonnante troisième place mais éliminé, a écrit dimanche au Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, une lettre virulente. Il y stigmatise les mêmes agissements que M. Moïn et, explicitement, les « sommes d’argent versées dans les jours avant l’élection ».
Les Gardiens de la Révolution lui ont répondu qu’il ferait bien de ne pas « déshonorer » le vote des Iraniens.
Le ton virulent de M. Karoubi, parlant d’une opération « proche du coup d’Etat » de la part du Conseil des gardiens, a valu leur interdiction de paraître aux deux quotidiens Eghbal et Aftab, coupables d’avoir reproduit sa lettre, a-t-on appris de sources réformatrices.
« Les apparences des élections ne cachent pas la cruauté organisée de l’Etat théocratique iranien », a fustigé la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, « le moment est venu pour que la minorité non élue relâche son emprise sur les aspirations du fier peuple d’Iran ».
Le second tour reste imprévisible. Des opposants comme le Nobel de la Paix Shirin Ebadi ont appelé au boycott. Mais nombre d’Iraniens s’inquiètent d’une élection de M. Ahmadinejad, qui dissimule sous les airs de monsieur-tout-le-monde une nature de pur et dur hostile à la poursuite de la libéralisation des moeurs et réticent au dialogue avec les occidentaux.
Les principaux partis réformateurs, et jusqu’au chef de l’opposition nationale et religieuse (dissidence) Ezatollah Sahabi lundi, ont appelé à voter Rafsandjani pour faire barrage aux « extrémistes ».
Mais M. Ahmadinejad jouit aussi auprès d’une partie de l’opinion d’une image d’homme simple, proche du peuple, bon musulman et sans ambition personnelle.

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