IranIran (actualité)Le départ de Rafsandjani : début d’une turbulence dangereuse

Le départ de Rafsandjani : début d’une turbulence dangereuse

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Iran Focus –  Il y a toujours un plus gros poisson pour en avaler un autre, dit-on en persan. A 76 ans, le Requin comme on l’appelle en Iran a enfin été victime d’un prédateur plus féroce. Diaboliquement rusé, Rafsandjani est aussi un des rares mollahs à ne pas arborer la barbe traditionnelle.  « Koussé » en persan veut dire à la fois requin et imberbe. Cette semaine son rival Khamenei a réussi à l’écarter de la présidence stratégique de l’Assemblée des Experts. Un organe composé de 86 religieux qui peut en principe nommer à vie ou révoquer le guide suprême à savoir le plus puissant personnage de la théocratie iranienne.

C’est Mahdavi Kani qui remplace Rafsandjani à ce poste. L’image de ce vieillard de 80 ans en fin de parcours politique, crapahutant sur sa chaise roulante, reflète à la perfection l’état de santé du régime.  

Plus qu’une simple mise à l’écart d’un personnage encombrant, il s’agit du début de l’effondrement du château de carte de la «République islamique». Car Rafsandjani n’est pas n’importe qui. Du temps de Khomeiny, il était le plus proche du fondateur de ce régime hors norme et anachronique, et a longtemps présidé le Majlis (le parlement).

Après la mort de Khomeiny, c’est grâce à l’appui indispensable de Rafsandjani qu’Ali Khamenei, alors président de la République mais religieux de bas étage, a été catapulté du jour au lendemain au rang de Guide suprême en juin 1989. Depuis le clergé chiite n’a cessé de grincer les dents face à un mollah médiocre auto-désigné Guide suprême des musulmans du monde ! Mais à l’époque le régime avait le vent en poupe et le clergé a préféré se taire.

Le vide créé par Khomeiny va alors être comblé par le duo Khamenei-Rafsandjani. Rafsandjani occupant pour huit ans la présidence de la République. Khamenei étant le défenseur du pilier du Velayat-e-Faghih (suprématie du guide religieux) mis en place par Khomeiny. Rafsandjani le pragmatique justifie tous les moyens pour préserver le système : assassinats d’intellectuels et des opposants, terrorisme, mais aussi négociations secrètes avec l’Occident et ouverture vers les milieux financiers pour gérer les affaires.

Au fil des ans, le petit mollah va se prendre au jeu, vouloir véritablement devenir guide suprême et chercher pour se faire à scier la béquille sur laquelle il repose. Il tente de monopoliser le pouvoir pour le partager avec ses centurions : les gardiens de la Révolution. Il fallait donc en juin 2009 écarter Rafsandjani et son protégé Moussavi ancien premier ministre de Khomeiny que le Requin avait poussé à se présenter comme candidat.

L’opération de ce coup d’Etat rampant avait alors été minutieusement préparée par le guide pour qu’Ahmadinejad s’empare de la présidence et que dans la mêlée Rafsandjani soit éclaboussé et supprimé sous motif de corruption de sa famille.

Mais l’opération a mal tourné, l’ampleur des manifestations hostiles à  Ahmadinejad a bouleversé la donne. Certes Ahamdinejad a volé la présidence et Moussavi a été écarté, mais le Requin a pu conserver sa place.

Plus l’affaire s’est prolongée et plus la rue a radicalisé ses revendications mettant en cause jusqu’au principe du Guide suprême. C’est alors que Moussavi et Karoubi ont calmé le jeu en rentrant dans les rangs,  refusant de mettre en cause le Guide et Rafsandjani a adopté un profil bas. Le guide pour sa part tout en insistant sur la nécessité d’approuver sa légitimité, a réprimé cruellement les manifestants mais a toléré ces opposant internes qui, une fois le calme revenu dans la rue, devenaient inoffensifs.

Cependant  le vent de liberté dans le monde a balayé les calculs du Guide. Le 14 février la capitale a de nouveau été le théâtre de manifestations. La foule cette fois revendique la fin du régime et le renversement du Guide. Ce nouveau mouvement n’est plus inspiré ni de Moussavi, ni de Karoubi (on n’entend d’ailleurs plus dans la rue de référence à ces anciens dignitaires du régime), il s’agit en fait d’un véritable mouvement révolutionnaire qui veut en finir avec la république islamique. De fait, il n’est plus possible de laisser mariner en son sein des rivaux qui pourraient dans ces circonstances affaiblir la position du Guide.

C’est pourquoi le ton monte contre Moussavi et Karoubi et que le Guide a décidé de priver Rafsandjani de ses principaux atouts.
 
D’abord son fils Mehdi, qui a fuit à Londres, est poursuivi pour corruption, son autre fils Mohsen, qui dirigeait le métro de Téhéran, a été contraint de démissionner. La pression a été mise sur Rafsandjani pour qu’il condamne la « sédition » et la reprise des manifestations. Ce qu’il a fait du bout des lèvres.

Comprenant qu’il allait perdre la présidence de l’Assemblée des Experts, il n’a pas présenté sa candidature pour laisser sa place à l’antédiluvien Mahdavi Kani. 

Quelque soit le comportement à l’avenir de Rafsandjani qui reste à la tête du Conseil de discernement des intérêts de l’Etat devenu depuis quelques temps une coquille vide boycotté par Ahmadinejad, en procédant à cette opération chirurgicale le guide se coupe également du reste du clergé qui continuait à collaborer avec le régime.

Si l’éviction de Moussavi avait été le signal pour les Iraniens que le moment était venu de frapper le régime dans la rue, l’éviction de Rafsandjani vient leur dire que le système moribond se vide de l’intérieur. En écartant Rafsandjani, Khamenei scie la branche sur laquelle il est assis. Cela va encourager la population à radicaliser sa contestation. En s’isolant dans son propre système, Khamenei ne fait qu’accélérer la chute de tout son régime.

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