IranIran (actualité)L'Arabie saoudite cherche à atteindre l'Iran via Damas

L’Arabie saoudite cherche à atteindre l’Iran via Damas

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L’Express.fr, 9 aout – En haussant le ton face à la répression en Syrie, l’Arabie saoudite, gardienne autoproclamée de l’islam sunnite, entend au-delà de Damas porter un coup à l’Iran, allié du régime de Bachar al Assad, et à la minorité alaouite syrienne, une branche du chiisme.

Les relations entre Ryad et Damas n’ont jamais été au beau fixe, l’Arabie saoudite voyant d’un mauvais oeil l’alliance syro-iranienne. Elles se sont même nettement refroidies après le meurtre de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, ami de la famille royale saoudienne, imputé à Damas.

Mais jusqu’à lundi, le roi Abdallah s’était montré discret face à la répression du mouvement de contestation orchestrée par le président syrien qui aurait fait plus de 1.600 morts parmi la population civile en cinq mois. En sortant de son silence, l’Arabie saoudite pourrait vouloir tirer profit de l’isolement grandissant du président syrien et placer ses pions pour, à terme, supplanter l’Iran en Syrie.

Ryad « s’est rendu compte que le régime en Syrie est confronté à un mouvement de rébellion, important, national et profond, et se trouve de ce fait dans une position vulnérable », souligne à Beyrouth Rami Khouri, spécialiste du Moyen-Orient.

Le souverain saoudien, qui dirige sans partage le géant pétrolier et a prêté main forte à Bahreïn en mars pour réprimer des manifestations chiites, a rappelé son ambassadeur à Damas et dénoncé la violence en Syrie. Jamais depuis le début du « printemps arabe » il n’avait ainsi critiqué un autre pays.

« La Syrie peut opter volontairement pour la sagesse ou plonger encore davantage dans le chaos et la violence », a dit le roi Abdallah dans un communiqué diffusé lundi.

Selon les observateurs du monde arabe, l’Arabie saoudite pourrait voir en la mauvaise passe d’Assad l’occasion inespérée de porter un coup à l’Iran, quand bien même il lui faudrait créer le chaos dans le pays.

« Les bénéfices d’une frappe indirecte sur l’Iran l’emportent sur les inconvénients de l’instauration d’une nouvelle démocratie en Syrie » en cas de départ d’Assad, explique Khouri.

La volte-face saoudienne avait été plus ou moins amorcée par les condamnations émises ce week-end par plusieurs Etats du Golfe, qui jusque-là étaient également restés silencieux.

Dans son premier commentaire public sur la situation en Syrie, le Conseil de coopération du Golfe a exprimé sa « préoccupation » face à la « montée de la violence et au recours excessif à la force » qui s’observent en Syrie, mais sans critiquer directement le président Assad. Lundi, la Ligue arabe a formulé un message similaire.

La mise en garde de Ryad à Damas a ouvert la voie à d’autres critiques de la part de pays du monde arabe, qui devraient accentuer la pression sur Bachar al Assad tout en lui laissant une certaine marge de manoeuvre, estime un observateur saoudien.

« Le communiqué n’était pas isolé du mouvement international visant à mettre la pression sur le régime syrien », note Jamal al Khashoggi. « Que l’Arabie saoudite critique le régime syrien aura sans aucun doute un impact sur la rue syrienne. Ça va alimenter la tension, le mécontentement (…) et amener la Syrie à reconnaître le mouvement de contestation pour ce qu’il est. »

Quelques heures après la diffusion du communiqué du roi Abdallah, le Bahreïn et Koweit ont rappelé leur ambassadeur respectif à Damas. La prestigieuse institution sunnite d’Al Azhar, au Caire, a pour sa part appelé la Syrie à mettre fin à « cette tragédie arabe et islamique. »

Président d’un pays à majorité sunnite, Bachar al Assad est issu de la communauté alaouite, branche de l’islam chiite, considérée comme hérétique par les Sunnites, majoritaires en Arabie saoudite.

Des vidéos diffusées sur le site internet YouTube montrent des Syriens, vivant en Arabie saoudite, saluer le message du roi Abdallah appelant à la fin des violences.

« Je ne pense pas que le fait que cette décision intervienne en plein ramadan soit une coïncidence », estime Gregory Gause, professeur de sciences politiques à l’Université du Vermont. « Les gens en Syrie, un pays majoritairement sunnite, vont lire ce message à travers un prisme religieux », ajoute-t-il.

Lors des manifestations, les opposants à Assad ont scandé des slogans contre l’Iran et le mouvement chiite du Hezbollah.

Malgré les mises en garde du gouvernement syrien et de l’opposition contre tout sectarisme, l’Arabie saoudite, confrontée à un mouvement salafiste entre 2003 et 2006, semble prête à prendre ce risque.

« Les dirigeants saoudiens pensent que cette forme de mouvement salafiste, djihadiste qui les a menacés est désormais maîtrisée, qu’ils l’ont réprimé et contrôlent son idéologie », explique Gregory Gause. « Par conséquent, s’ils l’encouragent dans la région, c’est parce qu’ils estiment qu’ils sont en mesure de gérer la situation. »

Par Reuters

http://www.lexpress.fr/actualites/2/monde/l-arabie-saoudite-cherche-a-atteindre-l-iran-via-damas_1019383.html

 

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