IranIran (actualité)Iran : l'escale symbolique du président égyptien

Iran : l’escale symbolique du président égyptien

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Mohammed Morsi rompt ainsi la suspension des relations entre Téhéran et Le Caire qui remonte à plus de trente ans.
 
Delphine Minoui, Correspondante au Caire

Le Figaro, 29 aout – C’est une première depuis la révolution iranienne de 1979. En se rendant jeudi à Téhéran, dans le cadre du sommet des non-alignés, le président égyptien Mohammed Morsi ouvre une discrète brèche dans le mur de glace qui séparait son pays de l’Iran depuis la prise du pouvoir par les ayatollahs.

«C’est une escale de quelques heures», tente de minimiser son porte-parole Yasser Ali, en arguant que cette visite est uniquement consacrée à passer à l’Iran le relais de la présidence de l’organisation internationale. «Aucun autre sujet n’est prévu», a-t-il précisé, balayant de la main l’espoir, formulé par le chef de la diplomatie iranienne, d’un «rétablissement» des relations entre Le Caire et Téhéran.

«Quoi qu’on en dise, on ne peut ignorer la dimension symbolique de cette visite», observe Mustafa el-Labbad, directeur du centre al-Shargh d’études régionales et stratégiques. D’après ce chercheur égyptien, fin connaisseur de l’Iran, «le seul fait que Morsi se rende en personne à Téhéran constitue une forme de rapprochement. Sinon, il aurait pu envoyer son ministre des Affaires étrangères».

Pour lui, «le nouveau président égyptien a ses raisons de vouloir rester prudent». «Morsi souhaite s’offrir une certaine marge de manœuvre avec l’Iran, tout en ménageant les États-Unis, dont il a besoin pour redresser l’économie du pays», remarque-t-il. Les États-Unis, engagés dans une campagne de sanctions contre Téhéran à cause de son programme nucléaire, aident l’armée égyptienne à hauteur de 1,3 milliard de dollars par an. «Un rapprochement trop marqué avec l’Iran chiite pourrait également fâcher l’Arabie saoudite sunnite, en rivalité politique et religieuse avec Téhéran, et dont il dépend également financièrement», ajoute-t-il.

«Dialoguer avec tout le monde»
Difficile pourtant d’ignorer l’Iran. «Ce serait en contradiction avec la nouvelle diplomatie égyptienne, encline à rompre avec les années Moubarak, et à dialoguer avec tout le monde», précise Mustafa el-Labbad. La suspension des relations entre Téhéran et Le Caire remonte à plus de trente ans, après la signature des accords de paix israélo-égyptiens par l’ancien président Anouar el-Sadate. Plus tard, Moubarak décida de garder ses distances avec la République islamique d’Iran, perçue comme un élément déstabilisateur dans la région.

Morsi, lui, se vante de vouloir mener une politique étrangère «équilibrée». «Nous ne sommes hostiles à personne mais nous sommes pour la défense de nos intérêts», a-t-il précisé à l’agence Reuters, avant son récent voyage en Chine, prélude à sa visite en Iran, puis aux États-Unis le mois prochain.

Le nouveau président égyptien, qui se rêve déjà en médiateur régional, n’a d’ailleurs pas attendu de s’envoler pour Téhéran pour se tourner vers la République islamique à propos de l’épineux dossier syrien. Téhéran, allié de Bachar el-Assad, a été invité à rejoindre un comité régional quadripartite, lancé à l’initiative du Caire, pour plancher sur la crise syrienne aux côtés de l’Égypte, de la Turquie et de l’Arabie saoudite – toutes favorables à un changement de régime. «Si ce groupe réussit, l’Iran ferait partie de la solution et pas du problème», précise, pragmatique, Yasser Ali.

http://www.lefigaro.fr/international/2012/08/29/01003-20120829ARTFIG00489-morsi-en-iran-un-pas-vers-une-normalisation-des-relations.php

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