IranNucléaireWashington fourbit ses armes, mais cherche une stratégie

Washington fourbit ses armes, mais cherche une stratégie

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Le Figaro, 30 août – Si le Conseil de sécurité s’y dérobe, les États-Unis pourraient imposer des sanctions à l’Iran avec une «coalition de volontaires».

Mahmoud Ahmadinejad n’est pas près d’avoir son débat avec le président George W. Bush, même hors caméras de télévision. L’heure est moins à cette «diversion», dénoncée hier par la Maison-Blanche, qu’à l’affrontement à distance : les flèches américaines partent en tous sens, sans garantie d’atteindre leur cible.

Il y a un mois, le président américain se réjouissait de la première résolution contraignante du Conseil de sécurité de l’ONU. Il assurait avoir obtenu la promesse de ses homologues chinois et russe qu’ils soutiendraient des sanctions si l’Iran ne suspendait pas l’enrichissement d’uranium dans les délais fixés. À la veille de l’échéance, ce front uni se délite de nouveau face aux ambiguïtés iraniennes. Le ministre des Affaires étrangères russe a déjà jugé «prématuré» de punir Téhéran tant que le régime se dit prêt au dialogue. C’est un problème embarrassant pour un président américain récemment converti à l’approche multilatérale, à deux mois d’une élection disputée pour le contrôle du Congrès. Même si les alternatives sont moins satisfaisantes, Bush est sous pression pour agir. Dans son dernier éditorial, le Weekly Standard, tribune des néoconservateurs, le prévient : «Ce sont les actes, pas les paroles, qui compteront. Les Américains veulent voir le président se battre pour leur sécurité. L’endroit où commencer est l’Iran.»

Le département d’État, sous la houlette de son numéro deux Nicholas Burns, prépare un nouveau projet de résolution qui bloquerait les livraisons de matériels sensibles liés à l’activité nucléaire et ciblerait certains dirigeants iraniens en limitant leurs déplacements et en gelant leurs avoirs. La France et la Grande-Bretagne discutent de leur côté d’un texte voisin, qui mettrait l’accent sur «une approche progressive et réversible».

Front diplomatique uni

Mais ces efforts ne sont pas assurés d’avoir le soutien nécessaire au Conseil de sécurité. Du coup, sans prendre le temps de la négociation, l’ambassadeur américain à l’ONU, John Bolton, ouvre une autre perspective : «On peut envisager des sanctions imposées en dehors du Conseil de sécurité, a-t-il souligné lundi. Les États-Unis appliquent des sanctions unilatérales contre l’Iran et d’autres pays peuvent en faire autant.» Cette idée d’une «coalition de volontaires» est caressée par Washington depuis le début de la crise. Devant la perspective d’un nouveau blocage, les pressions de Nicholas Burns sur les alliés se font plus insistantes pour s’aligner sur les sanctions américaines en place depuis 1987, qui bannissent tout commerce avec l’Iran à l’exception des fruits secs, du caviar et des tapis. Mais, outre qu’il faudrait sans doute une décision commune des Vingt-Cinq, les Européens «seraient plus à l’aise avec un embargo décidé par les Nations unies», explique-t-on à Washington.

Alors que le Weekly Standard invite l’Administration à «indiquer clairement à l’Iran que l’option militaire est vraiment une option», le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, ne se fait pas prier : «Il serait malheureux que d’autres pays s’imaginent que parce que nous avons 136 000 soldats en Irak aujourd’hui, nous ne serions pas capables de défendre notre pays ou de faire tout ce qui serait nécessaire», a-t-il dit en réponse à une question sur l’Iran. En attendant l’échéance du 31 août, «il n’y a rien à annoncer quant à la prochaine étape», s’est bornée à commenter lundi la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino. C’est que les menaces américaines ne font pas encore une stratégie : renoncer au «front diplomatique uni» prôné jusqu’ici par George Bush pourrait même passer pour un aveu d’impuissance.

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