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«Le seul avenir de la Syrie, c’est de se débarrasser de Bachar el-Assad»

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Le Temps– Opposant de la première heure au régime baassiste syrien, qui l’a plusieurs fois emprisonné, le juriste Haytham al-Maleh s’est exilé en juin 2011, après avoir refusé de participer à une conférence sur l’avenir de la Syrie à laquelle l’avait «invité» Bachar el-Assad. Il est aujourd’hui directeur des Affaires judiciaires au sein de la Coalition nationale syrienne d’opposition (CNS). A ce titre, il a participé aux pourparlers infructueux de Genève 2. Il était de passage à Genève cette semaine pour participer à une réunion sur la situation au Moyen-Orient organisée par le Conseil national de la résistance iranienne au Palais des Nations.

Tiraillée par les rivalités entre ses soutiens du Golfe, la CNS a désigné un nouveau chef en juillet, Hadi el-Bahra. Ce dernier s’est attelé à sa remise en ordre et prépare son implantation en territoire syrien, à quelques kilomètres de la frontière turque, explique Haytham al-Maleh, qui concède que la tâche est ardue.

Le Temps: Après plus de trois ans de guerre, la Syrie ne fait plus la une. Redoutez-vous qu’on l’oublie?
Haytham al-Maleh: Trois millions de maisons ont été détruites, 10 millions de Syriens ont dû abandonner leur maison, 3,5 millions sont exilés, 300 000 personnes sont en prison et 8000 jeunes filles ont été violées. Voilà la réalité de la situation en Syrie. Des crimes de guerre et contre l’humanité y sont commis, il est indispensable que la communauté internationale les porte devant la Cour pénale internationale.

Mais la priorité n’est-elle pas d’arrêter le bain de sang?
– Cela est impossible. Le régime dispose de la force aérienne. Au sol, les combattants de l’opposition sont démunis de tout et le régime continue de larguer ses barils d’explosifs. Par deux fois nous avons essayé à Genève (Genève 1 et Genève 2) de discuter, cela nous a conduits à une impasse. L’opposition a estimé que Genève 1, qui prévoyait la mise en œuvre d’une transition politique, devait être le point de départ. Mais le régime s’y est opposé; la seule chose qu’il a voulue de nous, c’est que nous le rejoignions dans la lutte contre les terroristes. Mais qui sont ces terroristes? Le régime les a créés lui-même, en coopération avec l’Iran qui a poussé à la guerre religieuse à l’intérieur de la Syrie. L’Iran a fourni 12 milliards de dollars au régime syrien. Nous, du côté de nos alliés, nous avons perçu moins de 100 millions de dollars. D’où ma question: où est la communauté internationale?

– Quels liens faites-vous entre les événements en Irak et la Syrie?
– Lorsque j’ai quitté la Syrie en juillet 2011, j’ai fait la tournée des capitales européennes. Devant le Parlement européen, j’ai dit: «S’il vous plaît, ne laissez pas la révolution syrienne s’éterniser. Si la situation empire, plus personne ne sera en mesure d’arrêter le cours des choses, et elle contaminera toute la région.» J’ai ensuite tenu le même discours au Caire, devant la Ligue arabe: «Aidez-nous à mettre un terme à la crise en Syrie, et réglons la situation au sein de la famille arabe.» Elle n’en a pas été capable, non par manque de volonté mais parce que le régime syrien n’a rien voulu céder. Dès les premiers mois, Bachar el-Assad l’a d’ailleurs dit clairement: «Ce sera moi ou nous brûlerons la Syrie.» La Syrie est maintenant détruite. Combien de femmes et d’enfants doivent encore mourir avant que la communauté internationale intervienne?

– Que peut-elle faire?
– La voie du Conseil de sécurité est fermée; mais il existe une autre porte aux Nations unies, celle de l’Assemblée générale. En 1950, une coalition de 21 pays a pu intervenir en Corée sous mandat onusien. Pourquoi tous les amis de la Syrie ne feraient-ils pas de même?

– Regrettez-vous qu’il n’y ait pas eu d’intervention après l’attaque chimique de la Ghouta, il y a un an?
– Il n’y avait pas besoin de bombarder le régime. Il aurait suffi d’instaurer une zone d’exclusion aérienne. Sans sa force aérienne, le conflit serait terminé.

– Y aura-t-il un «Genève 3»?
– Non, je ne le crois pas. J’ai rencontré au Caire Ramzy Ezzeldin Ramzy [nommé en juillet adjoint de Staffan de Mistura, le nouvel envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie], je lui ai dit: «J’aimerais que vous réussissiez, mais vous échouerez. Non pas à cause de nous, mais à cause du régime.» C’est un régime hors la loi. Il a signé toutes les conventions internationales possibles, mais n’en respecte aucune. C’est un cancer; le seul avenir de la Syrie, c’est de s’en débarrasser.

 

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